Publié le 13 août 2019

FINANCE DURABLE

La Norvège recule sur la sortie du pétrole de son fonds souverain

Il y a deux ans, le fonds souverain norvégien a marqué les esprits en annonçant un désinvestissement des hydrocarbures, un message fort venant du fonds qui a bâti sa richesse sur le pétrole de la mer du nord. Mais le plan final qui se dessine ne concernerait que 5,7 milliards de dollars sur un portefeuille de 1 100 milliards.

Le fonds souverain norvégien possède 2,5 % du capital de Shell et compte garder cette participation.
@Shell

[Cet article est tiré de l’Essentiel de la Finance Durable, la nouvelle publication de Novethic]

Le fonds souverain norvégien (GPFG), le plus grand au monde, bouscule sérieusement le monde de la finance depuis deux ans. En 2017, il avait annoncé son projet de se désinvestir du pétrole afin de se préserver des fluctuations de ce marché. Un objectif ambitieux qui concernait 37 milliards de dollars d'actifs, pour un fonds qui gère 1 100 milliards et qui a bâti toute sa fortune sur les réserves fossiles de la mer du Nord. Il avait fallu deux ans au gouvernement, organe de tutelle de ce fonds public géré par la banque centrale norvégienne, pour rendre sa copie sur le sujet. Avec des ambitions revues à la baisse... 

En mars 2019, Siv Jensen, la ministre des Finances norvégienne, confirmait cette stratégie et annonçait un désinvestissement progressif. Mais seules les entreprises spécialisées dans l’exploration et la production pétrolière et gazière étaient ciblées. Les majors, comme Shell ou Total, n’étaient pas concernées car très diversifiées, entre autres dans les énergies renouvelables. L’ambition, toujours remarquable sur les marchés, ne représentait toutefois déjà plus que 7,8 milliards de dollars.

Mais face à l’opposition politique de deux partis plus favorables à l’industrie pétrolière, le gouvernement vient encore de baisser d’un cran son ambition. Selon les informations de Bloomberg, l’exclusion ne concernerait plus que les purs producteurs de pétrole brut et ne touchera ni les entreprises intégrées, ni les sociétés de services, ni les raffineurs, ni les pétrochimistes, etc. L’agence financière calcule que cela ne représente plus que 5,7 milliards de dollars. À titre de comparaison, cela fait moins que les 2,5 % que le fonds possède au capital de Shell, soit 5,9 milliards d’euros.

Une mesure symbolique

"C’est la montagne qui accouche d’une souris", déplore Knut Anton Mork, économiste qui a dirigé un comité stratégique du GPFG. Harald Magnus Andreassen, économiste et membre de la commission gouvernementale sur le sujet, assure qu’il ne reste rien de la volonté originelle : "Ce compromis n'a plus rien à voir avec une assurance sur le prix du pétrole (…). Cela ressemble à une mesure symbolique".

Interrogée par Bloomberg, Marianne Groth, secrétaire d’État auprès du ministère des Finances norvégien, réaffirme la pertinence du désinvestissement mais confirme que l’impact "sera limité". "Étant donné que les revenus pétroliers de l’État proviennent principalement de l’upstream (extraction de fossiles), il est plus judicieux de sortir des entreprises de l’upstream plutôt que de sortir d’un secteur de l’énergie largement diversifié", ajoute-t-elle.

Comprendre : les revenus de l’État étant déjà largement exposés aux variations du cours de barils de brut, la stratégie consiste à faire en sorte que le fonds y soit, quant à lui, moins exposé. Cela confirme aussi, comme l’avait dit la banque centrale norvégienne dès 2017, que cette stratégie de désinvestissement n’est pas liée à un enjeu environnemental mais "s'appuie exclusivement sur des arguments financiers". Le plan définitif devrait être annoncé par le ministère des Finances mi-septembre.

Ludovic Dupin @LudovicDupin

Bannière essentiel de la Finance Durable


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles


Découvrez l'Essentiel de la Finance Durable


FINANCE DURABLE

Finance durable

La finance durable est un pan de la finance qui s’attache à prendre en compte des critères ESG, c’est-à-dire liés à l’environnement, au social et à la gouvernance. La finance durable regroupe l’ISR (investissement socialement responsable), la finance solidaire, la finance verte et plus généralement de l’investissement responsable.

10 downing street CCO

À l'approche de la COP 26, le Royaume-Uni multiplie les annonces pour verdir son système financier

Nouvelle banque publique pour financer les infrastructures vertes, mobilisation de l’épargne des citoyens, lancement du premier Green bond souverain… En amont de la COP26 à Glasgow, le gouvernement britannique multiplie les projets pour financer sa transition écologique. Un moyen pour lui de montrer...

Helios carte visa helios

Helios ouvre le bal des néobanques vertes et digitales

C’est une banque digitale d’un genre nouveau qui voit officiellement le jour, ce 23 février. Helios lance son offre de compte bancaire en ligne qui assure à ses clients de ne pas financer d’activités nuisibles pour le climat. La jeune éco-banque, qui a adopté le statut d’entreprise à mission, entend...

Wall Street Bourse CCO

Affaire Gamestop : quand la Bourse devient (encore plus) folle !

Des particuliers investisseurs ont réussi à faire grimper le cours de Bourse de GameStop, un distributeur de jeux vidéo en difficulté. Et mis sur la touche plusieurs vendeurs à découvert, dont la spécialité consiste à parier sur la chute d’une entreprise. Cette fronde contre les fonds spéculatifs...

Larry Fink PDG BlackRock oBlackRock

Le puissant gestionnaire d'actifs BlackRock appelle les entreprises à la neutralité carbone et à la justice sociale

BlackRock est le plus grand gestionnaire d’actifs de la planète. Alors chaque année, la lettre ouverte du PDG Larry Fink aux entreprises dont il est actionnaire est très attendue. Cette année, celui-ci frappe fort en appelant toutes les sociétés à la neutralité carbone d’ici 2050. Il lie aussi de...