Publié le 18 septembre 2019

FINANCE DURABLE

La cryptomonnaie Libra de Facebook fait l’unanimité… contre elle

Les représentants de la cryptomonnaie de Facebook ont rencontré un aéropage de banquier centraux. Dans une ambiance peu chaleureuse… Les gouvernements et les autorités de régulation financières ne cessent d’afficher leur inquiétude face au libra qui pourrait être une menace aussi bien pour la souveraineté nationale que pour les épargnants, selon Bruno Le Maire. En réaction, le ministre propose de créer une monnaie numérique publique.

Libra facebook iStock CHENG FENG CHIANG
Le libra, la cryptomonnaie de Facebook, est prévue pour 2020.
@iStock

Décidément le libra ne passe pas. La cryptomonnaie que Facebook veut lancer en 2020 agite de plus en plus la sphère des ministres des Finances mondiaux, ainsi que des autorités de régulation. Le lundi 16 septembre, les représentants de la fondation Libra ont rencontré les responsables de 26 banques centrales, les autorités publiques chargées de réguler la monnaie, au cours d’un événement organisé sur les "stable coins" (cryptomonnaies stables).

L’objet de cette réunion consistait à mieux comprendre les intentions de Facebook. Et permettre aux banquiers centraux de rédiger un rapport qu’ils remettront aux ministres des Finances du G7 en octobre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les banquiers centraux ne sont pas convaincus.

"En tant que nouvelle technologie, les stablecoins sont très peu testées, particulièrement à une échelle nécessaire pour diriger un système de paiement global, déclare Benoît Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne. Ils mettent en lumière de nombreux risques sérieux liés aux priorités des politiques publiques. La barre pour une approbation réglementaire sera haute."

Rejet des États

La Chine a déjà fait savoir qu’elle n’accepterait pas le libra sur son sol. Dès le début du mois de septembre, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des finances, a lui-aussi marqué son rejet d’une monnaie Facebook. "La France refuse qu’une entreprise privée se dote des moyens de la souveraineté d’un État", a-t-il asséné dans une interview au journal La Croix. Il ajoute qu’il n’a rien contre les innovations financières, mais que "cette innovation ne doit jamais se faire au détriment du consommateur ou de l’épargnant".

Bruno Le Maire n’est pas le seul en Europe à s’inquiéter de l’arrivée de le libra. La France et l’Allemagne ont publié une déclaration commune, le 13 septembre, pointant du doigt les risques potentiels engendrés par cette cryptomonnaie : la sécurité financière, la protection des investisseurs, le risque de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, la protection des données et la souveraineté nationale. Tout y est !

Le projet de Facebook demeure encore assez flou aux yeux des autorités publiques. L’association basée à Genève, qui réunit 28 membres (dont de grandes entreprises comme Via, Mastercard, Uber, Iliad, etc.), n’a pas encore édité sa charte qui régira son fonctionnement. Elle a cependant laissé filtrer quelques informations. La valeur de ce stablecoin reposera sur un panier de devises composé du dollar (qui en représentera la majorité), l’euro, la livre Sterling, le yen, le dollar de Singapour et peut-être d’autres. La réserve de monnaies que gérera l’association Libra pourrait atteindre jusqu’à 200 milliards de dollars.

Une puissance colossale

Cette assise financière, combinée aux deux milliards d’utilisateurs des différents services de Facebook et ses filiales (WhatsApp, Instagram, etc.) pourraient conférer une puissance de feu colossale à cette initiative. Les États craignent qu’elle ne devienne une monnaie alternative susceptible de s’imposer dans des pays où la monnaie est instable.

Pour contrer l’initiative de Facebook, les États ne se reposent pas uniquement sur la réglementation. Bruno Le Maire a plusieurs fois évoqué la possibilité d’une monnaie numérique publique en Europe. Si l’idée n’a pas encore été évoquée par le ministre, cette monnaie électronique publique serait en théorie gérée directement par les banques centrales à destination des internautes. Elle permettrait notamment de faciliter les payements à l’international et d’en réduire les coûts, deux problèmes que les cryptomonnaies tentent de résoudre.

La Chine pourrait toutefois devancer l’Europe sur ce point. Pékin travaille également sur un projet de monnaie numérique, qui pourrait notamment s’échanger sur les plateformes chinoises de e-commerce. Et ce projet pourrait voir le jour très vite, d’ici la fin de l’année. Dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis, la Chine veut pouvoir contrer la toute puissance américaine, aussi bien dans le monde réel que dans le monde des monnaies numériques.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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