Publié le 25 mars 2019

FINANCE DURABLE

L’Europe peut-elle devenir le phare de la finance durable mondiale?

Toutes les stars de la finance durable mondiale ou presque étaient à Bruxelles le 21 mars, en personne ou en vidéo, pour la seconde conférence de haut niveau organisé par la Commission Européenne sur ce thème. Objectif affiché : créer un réseau global permettant de mobiliser la planète finance pour qu’elle mette ses capitaux au service du sauvetage de la planète terre. Le chemin est encore long même si le plan d’action européen dessine la voie.

Mark Carney, Gouveneur de labBanque d'Angleterre, lors du sommet européen sur la finance durable le 21 mars.
@ACHT

"Avec le changement climatique, l’histoire se répète dans sa dimension la plus tragique", lance Mark Carney, aux 500 personnes réunies le 21 mars à Bruxelles pour la conférence de haut niveau organisée par la Commission Européenne sur la finance durable. Héros des financiers engagés qui a conceptualisé le lien entre changement climatique et risques financier, le Gouverneur de la banque d’Angleterre conclue une journée de débats associant des acteurs européens, indiens, japonais…  Il appelle à agir vite car "la tâche est vaste, la fenêtre d’opportunité étroite et les risques cruciaux !"

Le Chinois Ma Jun et l’américain Michael Bloomberg adressent eux aussi un message  vidéo. Ils encouragent la construction d’un marché global des capitaux verts ce qui suppose une harmonisation internationale des standards et des régulations, en particulier sur la gestion des risques climatiques. "Nous devons construire des ponts et des réseaux au service de l’accord de Paris et des Objectifs de Développement Durable (ODD) qui rassemble les acteurs autour d’un vocabulaire commun et d’une vision partagée", ajoute Olivier Guersent, directeur général de la DG marchés financiers de la Commission qui porte l’ambition européenne sur la finance durable.

La taxonomie face aux lobbies

L’urgence à agir justifie cet appel à une coopération large autour du plan d’action lancé il y a un an par l’Europe. Il est axé sur trois dimensions : une taxonomie qui permet d’avoir une définition commune des activités durables, des obligations de reporting et d’information sur l’intégration de critères environnementaux et sociaux dans la gestion d’actifs et de nouveaux standards de mesure de la performance financière à partir d’indices boursiers bas carbone. Or la mise à disposition de ces outils à la seule échelle de l’Europe est déjà très laborieuse. Si la généralisation de l’obligation d’intégrer le développement durable dans l’information financière a bénéficié d’un accord récent, ce n’est pas le cas du projet de taxonomie.

Il est menacé de blocage par de nombreux lobbies qui ne souhaitent pas voir émerger des classifications axées sur les bénéfices environnementaux apportés par une activité donnée. Ils combattent un dispositif qui, en permettant d’identifier plus facilement les apporteurs de solutions, va désigner les sources de problèmes. Au nom de la menace que ferait planer la taxonomie sur certaines filières et leurs financiers, ils tentent de gagner du temps oubliant au passage que ce sont bien elles qui doivent faire transition vers des modèles bas carbone et plus inclusifs pour qu’il soit possible de changer de modèle et rapidement !

Communication plutôt qu’action

La bataille est loin d’être gagnée. La taxonomie ne serait qu’un référentiel utilisé par les investisseurs qui s’engagent d’ores et déjà à financer une économie plus verte et pas une obligation règlementaire de flécher les actifs financiers vers ces activités plus durables. Pourtant, elle fait peur. Elle est cependant indispensable pour que l’Europe puisse espérer prendre la tête d’un futur mouvement de réorientation des flux financiers vers une économie durable. Pour l’instant, les acteurs financiers sont  engagés dans une grande bataille de communication où chacun espère être plus durable que son voisin sans que l’on sache très bien ce que cela recouvre.

Dernier avatar de cette tendance le rapport des 22 centres financiers rassemblés au sein du réseau des places financières durables. Même un paradis fiscal comme Guernesey peut y affirmer qu’il s’est organisé pour "jouer un rôle de premier plan dans la finance verte et durable" sans qu’il soit question des activités dans lesquelles celle-ci devrait être investie et quels impacts environnementaux et sociaux devraient y être associés.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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