Publié le 13 mai 2019

FINANCE DURABLE

Investissement durable : les épargnants sont prêts mais pas leurs conseillers financiers

Un baromètre réalisé par Deloitte montre que les épargnants connaissent la finance durable, souhaitent y investir leur épargne mais ne bénéficient pas encore des bons conseils. Les conseillers financiers, eux, sont plus prudents et préfèrent encore miser sur la gestion traditionnelle. Au risque de ne plus répondre correctement à la demande de leurs clients.

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Les épargnants français sont prêts à investir dans des produits responsables, selon le baromètre de Deloitte.
CC

Les conseillers financiers français semblent encore réticents à proposer à leurs clients des produits d’épargne responsable. Un baromètre réalisé par Deloitte et CPR AM à la fois sur les épargnants et sur leurs conseillers (banques privées et Conseillers en gestion de patrimoine), souligne l’écart d’appréciation entre les deux populations.

Les épargnants montrent en effet un certain appétit pour la finance durable. Selon Deloitte, 67 % d’entre eux ont déjà entendu parler de l’investissement responsable et 66 % pensent que la finance durable est de nature à renforcer leur confiance dans la gestion de leur épargne. "Les épargnants ont même devancé la loi Pacte, puisque 57 % d’entre eux disent que l’on devrait imposer des enjeux de développement durable dans les produits d’épargne", remarque Pascal Koenig, associé en charge de l’asset management chez Deloitte.

Un appétit pour l’investissement responsable à satisfaire

Le dernier indicateur Novethic sur le marché des fonds durables montre que l’offre se développe rapidement. Les encours des fonds durables ont progressé de 11 % en 2018, quand ceux de la gestion traditionnelle régressaient de 6%. Les fonds thématiques font encore mieux, avec une progression de 18 % de l’encours.

Les épargnants ne sont cependant encore que 21 % à avoir investi une partie de leur patrimoine dans des produits durables. Peut-être parce que l’offre n’est pas suffisamment mise à leur disposition… Sur les 55 % d’épargnants ayant recours à un conseiller pour leur gestion, seuls 12 % ont eu une proposition d’investissement dans un produit responsable.

Les Conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et les conseillers des banques privées ont pourtant déjà été sensibilisés à la question. Près de 90 % d’entre eux connaissent bien ou un peu l’investissement responsable. Mais le cœur n’y est pas. Seuls 28 % en parlent à tous leurs clients, 41 % seulement aux clients qui le demandent. Ce qui signifie, en creux, que 51 % des conseillers n'ont pas de réponses à apporter quand on leur pose la question.

Assez logiquement, l’investissement dans des fonds durables ne représente selon eux qu’une opportunité de diversification de l’épargne (pour 49 % d’entre eux), et non une véritable alternative à la gestion traditionnelle (seuls 31 % le pensent). Pire : 40% des conseillers estiment qu’il ne s’agit que d’un effet de mode !

Encore de la pédagogie à faire

Là où les conseillers et les épargnants se rejoignent, c’est sur le manque d’information sur les produits d’épargne responsable. 46 % des conseillers et 38 % des épargnants estiment qu’il s’agit d’un frein à leur développement. Mais, alors que seulement 11 % des épargnants craignent une sous-performance de l’investissement durable, 33 % des conseillers gardent cette idée reçue en tête.

La pédagogie auprès des CGP et des chargés de clientèle des banques privées sur le développement de la finance durable semble donc cruciale s’ils veulent pouvoir répondre aux attentes de leurs clients. L’offre doit également être plus lisible pour être plus facilement compréhensible par des épargnants dont la finance n’est pas le métier. Les épargnants plébiscitent d’ailleurs à 61 % les labels comme gage de confiance pour leur investissement.

Arnaud Dumas @ADumas5


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