Publié le 10 septembre 2019

FINANCE DURABLE

Finance durable : MSCI rachète Carbon Delta, étoile montante de l’évaluation du risque climat

Le marché de la notation sur des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) se restructure une nouvelle fois ! L’annonce du rachat de Carbon Delta, fintech environnementale suisse, par MSCI confirme deux tendances majeures : l’américanisation croissante du secteur et le recours à la modélisation de données ESG par des spécialistes de l’intelligence artificielle.

Carbon delta team 2
Olivier Marchand, Elke Schaper et David Lunsford, les trois co-fondateurs de Carbon delta
@Carbon delta

Carbon Delta est sans doute, toutes proportions gardées, la licorne du marché de la notation ESG. Cette startup suisse, lancée en 2015, est dirigée par un trio – Olivier Marchand, Elke Schaper et David Lunsford - qui combine analyse pointue de données et construction de modèles d’analyses de risque climat pour marchés financiers. L’équipe compte une vingtaine de personnes et promeut un indicateur appelé Climate Value-at-Risk® (CVaR)  qui permet d’évaluer la trajectoire climat de 22 000 entreprises dans le monde.

L’analyse climatique, point clé pour les agences de notation

Après avoir levé 1,7 million de francs suisses en 2018 pour son développement, Carbon Delta a commence à faire parler d’elle au printemps. En mai 2019, le Financial Times met en lumière ses données pour affirmer que seules 15 % des 500 plus grandes entreprises cotées dans le monde ont un modèle économique compatible avec l’Accord de Paris. Pour obtenir ce résultat, Carbon Delta a comparé le volume d’émissions de CO2 des entreprises avec le nombre de brevets détenus pour des modes de production bas carbone. Ses data scientist ont ensuite correlé ces données avec le niveau de réchauffement climatique auquel conduit la stratégie actuelle des entreprises évaluées.

Trois mois plus tard, le 9 septembre 2019, MSCI a annoncé que son entité suisse allait acheter "le leader mondial de l’analyse de scénarios climatiques". "Nous croyons que le changement climatique sera le facteur déterminant pour l’investissement de long terme", a déclaré Remy Briand, Responsable de l’ESG à MSCI. "C’est pourquoi les investisseurs institutionnels doivent pouvoir mesurer les risques auxquels sont exposés leurs portefeuilles. Avec Carbon Delta, nous pourrons leur offrir une analyse de qualité adaptée à ce changement majeur dans la gestion financière."

Hégémonie américaine

La start-up suisse est donc absorbée par une entreprise américaine, ce qui confirme l’hégémonie progressive des Etats Unis sur un secteur en pleine consolidation. Moody’s, ISS ou MSCI ont acheté des spécialistes européens de la données ESG qui vont les aider à construire des modèles d’analyse de "matérialité", c’est-à-dire d’évaluation des coûts des risques environnementaux ou sociaux majeurs pour les entreprises ainsi que les éventuels bénéfices à retirer d’une stratégie orientée sur des produits durables. Pour l’instant, c’est sur le climat que les données sont le plus abouties.

Invité à Paris pour le premier évènement dédié à la régulation internationale sur la finance durable, Robert J. Jackson, commissaire démocrate de la SEC, l’autorité de contrôle des marchés américaine, a confirmé que les données ESG étaient la clef du marché : "Je suis persuadé que ces données ESG seront très bientôt un sujet économique et financier de premier plan", a-t-il affirmé devant un parterre de spécialistes de la finance durable plutôt européens. Selon lui, ces données "constituent des éléments de démonstration d’autant plus forts qu’elles sont utilisées ensuite par des actionnaires qui déposent des résolutions pour obtenir des entreprises de meilleures stratégies ESG sur le climat par exemple."

La prochaine étape de la recomposition du paysage ESG concerne la standardisation des scénarios, en particulier climatiques, fournis aux investisseurs afin qu’ils se détournent des entreprises les plus à risques et investissent sur les autres. Les Américains commencent à prendre une sérieuse avance dans ce domaine. Il serait dommage que l’Europe perde le leadership acquis ses quinze dernières années, faute d’expertises, alors qu’elle met en place un plan d’action pour la finance durable !  

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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