Publié le 13 juillet 2018

FINANCE DURABLE

Le fonds souverain d’Irlande désinvestit des énergies fossiles… un symbole avant que la Norvège ne suive cet exemple

Une première mondiale, le fonds souverain irlandais va désinvestir entièrement des énergies fossiles. Pour le pays, il s’agit de participer à "éviter un changement climatique catastrophique". Toutefois, à lui seul ce pays non pétrolier ne changera pas la donne mondiale. En revanche, il ouvre la voie au plus grand fonds souverain mondial, celui de la Norvège, qui a bâti sa richesse sur le pétrole.

Le fonds irlandais va désinvestir des énergies fossiles et pourrait être suivi bientôt par le fonds norvégien.
@Statoil

Le premier pays à avoir évoqué l’idée de désinvestir des énergies fossiles était la Norvège en novembre 2017, mais c’est l’Irlande qui devient le premier état à le faire effectivement. Le 12 juillet, le Parlement irlandais a voté une loi qui va imposer à son fonds souverain, l’Ireland Strategic Investment Fund (ISIF), de vendre tous ses actifs concernant le charbon, le pétrole, le gaz "dès que possible".

La totalité de l’opération devrait être réalisée sous cinq années. Le fonds, qui gère 8,9 milliards d’euros d’actifs, détient environ 300 millions d’euros dans 150 entreprises. La loi considère comme "entreprises impliquées dans les énergies fossiles" toutes les sociétés dont les revenus proviennent au moins à 20 % de l’exploration, l’extraction ou le raffinage.

Un petit fonds souverain

Pour le parlementaire Thomas Pringle, qui a proposé le texte, "ce désinvestissement souligne la nécessité d'arrêter d'investir dans l'expansion d'une industrie mondiale qui doit être amenée à régresser pour éviter un changement climatique catastrophique". Éamonn Meehan, directeur d l’ONG Trócaire qui a mené une campagne pour le désinvestissement en Irlande, ajoute : "Aujourd’hui, le Parlement Irlandais envoie un message puissant à la communauté internationale sur la nécessité d'accélérer la sortie des énergies fossiles"

Le symbole est toutefois limité, car l’Irlande n’est pas une puissance pétrolière, contrairement à son voisin écossais par exemple. Le pays importe quasiment tous ses besoins en hydrocarbures. Quant à son fonds souverain, ses 8,9 milliards d’euros souffrent de la comparaison avec par exemple les bénéfices d’ExxonMobil générés en 2017 : 17 milliards d’euros. Pas sûr que les 300 millions d’euros désinvestis par Dublin ne fassent frémir les pétroliers.

En revanche, le pays au trèfle pourrait bien montrer la voie à la Norvège. Son fonds souverain est cent fois plus gros avec 900 milliards d’euros et a tiré sa richesse des énergies fossiles. Or, en novembre dernier, la banque centrale du pays a invité le gouvernement à engager un désinvestissement du secteur pétro-gazier. Pas une décision à prendre à la légère alors que le secteur pétrolier - hors services - représente 14 % du Produit intérieur brut (PIB).

Des raisons avant tout économiques

La comparaison entre les deux fonds souverains est d’autant plus intéressante est que si l’Irlande fait ce choix pour des raisons climatiques (le pays celte est d’ailleurs le plus mal placé en Europe du point de vue de ses engagements de réduction d’émissions), la Norvège engage cette réflexion pour des raisons économiques. Le principal argument de la banque centrale norvégienne est qu’un tel désinvestissement permettrait au pays de réduire sa vulnérabilité face à une chute durable du cours du baril.

L’argument a fait mouche puisque le gouvernement travaille sérieusement sur ce sujet et prévoit de donner une réponse à l’automne 2018. En plus de ce désinvestissement, la banque norvégienne précise qu’il faudrait désormais adopter, pour l’évaluation de sa performance financière, des indices qui excluent le pétrole et le gaz.

Sans s’engager une voie aussi radicale, d’autres fonds souverains réfléchissent à leur rôle dans la lutte contre le changement climatique. Six fonds souverains, pesant ensemble plus de 3 000 milliards de dollars (Norvège, Nouvelle-Zélande, Qatar, Arabie Saoudite, Koweït, Emirats arabes unis), se sont réunis début juillet à Paris. À l’Élysée, ils ont rendu publique une charte où ils s’engagent à encourager les entreprises dans lesquelles ils investissent à intégrer le risque climat dans leur stratégie.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles


Découvrez l'Essentiel de la Finance Durable


Pour aller plus loin

[Décryptage] Les risques financiers qui pèsent sur le pétrole et le gaz s’étendent aux indices boursiers

Le gouvernement norvégien va devoir décider s’il exclut de son fonds souverain l’investissement dans les grandes compagnies pétrolières. Cela suppose aussi de modifier les indices boursiers qui lui serve à mesurer sa performance financière. Un signal adressé au monde de la finance qui...

One Planet Summit : Accélérer le désinvestissement des énergies fossiles

À quelques jours de la semaine sur la finance climat articulée autour du One Planet Summit, Novethic publie un mode d’emploi sur le divest-invest. Il s’agit de la réorientation des actifs financiers carbonés vers l’économie verte. De nombreux investisseurs, représentant 5 500 milliards de...

Le fonds souverain norvégien, bâti sur les hydrocarbures, pourrait renoncer au pétrole et au gaz

C’est un signal majeur. Le fonds souverain norvégien, qui a bâti sa richesse sur l’exploitation pétrolière, pourrait bien renoncer aux hydrocarbures. Loin de toute considération environnementale, c’est une recommandation purement économique qui émane de la Banque de Norvège. Cela réduira...

Statoil ne veut plus "pétrole" dans son nom et se rebaptise Equinor

À l’occasion de sa dernière Assemblée générale, le pétrolier Statoil a officialisé son changement de nom en Equinor. En éliminant "Oil" (pétrole en anglais) de son nom, la major, qui extrait plus de deux millions de barils par jour, veut souligner les efforts de l’entreprise pour se...

FINANCE DURABLE

Finance durable

La finance durable est un pan de la finance qui s’attache à prendre en compte des critères ESG, c’est-à-dire liés à l’environnement, au social et à la gouvernance. La finance durable regroupe l’ISR (investissement socialement responsable), la finance solidaire, la finance verte et plus généralement de l’investissement responsable.

Climate finance day activistes Eric PIERMONT AFP

Climate Finance Day (2015-2021), histoire d’une époque qui s’achève

Depuis 2015, la place financière de Paris organise un événement annuel en lien avec les COP sur le climat : le Climate Finance Day. À vocation internationale, il réunit des dirigeants de grandes institutions financières pour qu’ils y fassent des annonces sur leurs engagements de lutte contre le...

Froid texas Ron Jenkins GETTY IMAGES NORTH AMERICA Getty Images via AFP

Le coût des catastrophes naturelles atteint des sommets... et inquiète les assureurs

Les événements climatiques du premier semestre 2021 auront causé près de 40 milliards de dollars de dommages assurés, selon une étude de Swiss Re. L’enchaînement de tempêtes, inondations, grêle, etc., en raison du dérèglement climatique fait monter le prix de ces catastrophes naturelles, qui...

Paiement monnaie CCO

Le jour où les citoyens ont imposé les monnaies locales en Europe

Dans les années 2020, les citoyens ont décidé de reprendre en main la finance, en se réappropriant leur monnaie. Les systèmes de paiement locaux se sont multipliés, puis généralisés, au point qu’en 2033, les banques centrales ont décidé d’intervenir pour valider et régulariser les monnaies locales....

Banque centrale europenne Christine Lagarde Martin Lamberts ECB

La Banque centrale européenne va prendre en compte la surchauffe climatique

Dôme de chaleur en Amérique du Nord et gouttes froides en Europe matérialisent le risque climatique. Il pèse sur les entreprises sans qu’on sache très bien comment, à l’exception du secteur pétrolier. Pour le savoir la Banque centrale européenne dirigée par Christine Lagarde a annoncé, à la surprise...