Publié le 20 mai 2020

FINANCE DURABLE

Lors des assemblées générales, les banques françaises sont mises sous pression sur la question climatique

Le thème de l'énergie s’est invité aux assemblées générales des banques françaises. Les ONG ont publié des études alertant sur les niveaux encore élevés de financements accordés aux secteurs du charbon ou encore du pétrole et gaz de schiste. Natixis et BNP Paribas en ont profité pour renforcer leurs stratégies d’exclusion des énergies les plus polluantes. 

Petrole de schiste ETats Unis Californie DavidMcNews GettyImage AFP
Des banques commencent à sortir du financement de certaines activités de gaz et pétrole de schiste.
@AFP

Les assemblées générales des quatre grandes banques françaises auront, forcément, été marquées par la crise du Covid-19 qui a mis un coup d’arrêt à l’économie. Mais, cela n'a pas suffi à éclipser un autre thème crucial : le climat. Les ONG ont en effet mis la pression en publiant des études sur les financements octroyés aux énergies fossiles. Reclaim Finance a dévoilé un outil permettant de comparer les politiques d’exclusion du charbon de tous les acteurs financiers, qui permet aux clients des banques, assurances et sociétés de gestion de savoir quels sont les plus en avance dans ce domaine.

Les Amis de la Terre, de leur côté, ont pointé du doigt les crédits octroyés par BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et le groupe BPCE au secteur du gaz et pétrole de schiste en Amérique du Nord. Selon l’ONG, les quatre banques ont financé à hauteur de 24 milliards de dollars ce secteur depuis 2016, la palme étant remportée par Société Générale avec 11 milliards de dollars de financements sur la période. "Au moment où cette industrie paraît au bord de la faillite et où l'urgence climatique exige une action immédiate, il serait complètement irresponsable que la finance française continue à miser sur son sauvetage et la reprise de son développement sauvage", déclare Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée aux Amis de la Terre.

Mise à jour des stratégies climat

Les conseils d’administration des quatre banques ont été questionnés lors des assemblées générales sur leur stratégie climat. Des questions uniquement posées à l’écrit, la crise du coronavirus ayant imposé la tenue des assemblées à huis-clos. Mais certaines banques ont aussi pris les devants, en dévoilant quelques jours avant leur assemblée générale des politiques climat renforcées. 

Ainsi, Natixis, la filiale du groupe BPCE, a publié une nouvelle stratégie deux jours avant son événement annuel du 20 mai. La banque s’engage désormais à sortir complètement du financement du charbon thermique pour les entreprises des pays de l’Union européenne et de l’OCDE en 2030 et pour le reste du monde en 2040. La banque arrête par ailleurs immédiatement de financer des entreprises développant de nouvelles capacités de production d’électricité à partir de charbon ou de mines de charbon.

Natixis va également arrêter de financer les projets d’exploration ou de production de pétrole et gaz de schiste, et à ne plus financer les entreprises dont plus de 25 % de l’activité repose sur les hydrocarbures de schiste. L’ONG Reclaim Finance regrette à ce propos que la banque ne se désengage pas également du financement des infrastructures de transport de gaz et pétrole de schiste. 

BNP Paribas a mis à jour sa stratégie d’exclusion du charbon, en décidant de ne plus financer de nouveaux clients dont la part du charbon dans le chiffre d’affaires est supérieure à 25 %. Et de ne plus financer l’utilisation de charbon pour produire de l’électricité dans les pays de l’OCDE, et non plus seulement de l’Union européenne, en 2030.

Crédit Agricole, de son côté, avait déjà annoncé une politique de sortie du charbon parmi les plus distinguées par les ONG. Quant à la Société Générale, elle a profité de son assemblée générale du 19 mai pour dévoiler les grandes lignes de son futur plan stratégique à 2025. Dans les trois grands enjeux présentés par Frédéric Oudéa, le directeur général de la banque, figure l'intention de "préciser nos ambitions de banque responsable pour contribuer à une transition énergétique efficace". Des ambitions qui devraient se traduire dans une réduction forte du financement des énergies fossiles en 2021.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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