Une salle comble au cœur du quartier européen de Bruxelles. Des orateurs prestigieux : Emmanuel Macron, Michael Bloomberg, Jean-Claude Juncker… La conférence de haut niveau sur la finance durable, organisée par la Commission pour lancer son plan d’action, a fait du 22 mars 2018 un jour de gloire pour ceux qui espèrent faire de la finance durable la pratique dominante des marchés européens. Pourtant, le chemin est encore long pour passer à l’action.

Une conférence de haut niveau sur la finance durable était organisée le 22 mars à Bruxelles par la Commission. Elle célébrait la sortie de son plan d’action sur la finance durable tiré des recommandations du groupe d’experts de haut niveau. Elle a aussi donné toutes les raisons d’espérer de grands changements. En introduction, Michael Bloomberg a dressé le tableau des désastres environnementaux qui rendent impérative une action urgente et massive.
Emmanuel Macron, seul chef d’Etat à prendre la parole, a adopté en début d’après-midi le même ton : "Face à l’urgence climatique, il  faut changer notre modèle et mettre de la cohérence entre les diverses politiques de l’Union, à commencer par le budget et la politique commerciale". Il a affiché une forte ambition, évoquant l’idée non seulement de consacrer "40 % du budget européen au financement de la transition vers un modèle bas carbone et inclusif, mais aussi d’éviter que les 60 % restants lui nuisent".
Autre front : subordonner les accords commerciaux avec l’Union européenne à l’adhésion à l’Accord de Paris ! Sur le prix du carbone, il a plaidé pour conjuguer un prix plancher du carbone à une éventuelle taxe carbone aux frontières de l’Union.  Convaincu que "nous pouvons imposer notre modèle de finance durable et devenir le leader mondial dans ce domaine", Emmanuel Macron a déclenché une standing ovation.
Faire rentrer le fleuve finance dans son lit
Pour comprendre l’enthousiasme généré par la dynamique finance durable, il faut avoir suivi, le cheminement des instances européennes. En deux ans, elles se sont retrouvées plus loin qu’elles ne l’espéraient après avoir chargé un groupe d’experts hétéroclite de leur faire des recommandations.
Au départ, il s’agissait plutôt de développer la finance verte. Mais, les recommandations finales offrent une vision beaucoup plus globale. Il s’agit d’actions à mettre en œuvre pour faire rentrer le fleuve finance dans son lit et réorienter le courant qui l’anime afin d’irriguer une économie respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois. La publication du plan d’action  n’est que le début d’un long combat. Ce que plusieurs orateurs ont rappelé en soulignant que la très grande majorité des acteurs économiques et financiers restent loin de ces préoccupations.
Christian Thimann, président du HLEG, a évoqué le dirigeant de très grandes entreprises qui a toujours deux discours prêts. D’un côté, celui pour les analystes financiers pleins de chiffres, de profits et de dividendes à verser. De l’autre, celui pour les salariés, les politiques ou le Forum de Davos qui évoque les métiers de l’entreprise, sa finalité sociale, ses enjeux environnementaux et sociaux. La finance durable permet en principe de n’avoir qu’un seul discours.
Transparence sur le risque climat
Mais encore faudrait-il qu’elle gagne la partie ! Or des pans entiers de l’activité financière passent en dessous de ce nouveau radar comme le High-Frequency Trading, dont les serveurs produisent des échanges financiers à la nanoseconde.
Généraliser la transparence sur les risques climat et la prise en compte de dimensions environnementales et sociales chez les entreprises et les investisseurs nécessite un mélange de régulation et d’engagements des acteurs de marché. "Nous avons besoin des deux", a rappelé Olivier Guersent, Directeur général de la DG Fisma. "Sinon, nous ne parviendrons pas à financer une croissance durable ce qui suppose de changer les pratiques du secteur financier", juge-t-il.
L’un des moyens complémentaires est aussi d’associer les citoyens européens à cette grande bataille. Il faut leur proposer des produits d’épargne transparents qui financent la transition vers une économie bas carbone et des solutions environnementales. C’est un des éléments clefs des recommandations du HLEG.
C’était aussi une des pistes suivies par Emmanuel Macron. Il  a rappelé la nécessité de disposer de labels de qualité qui permettent d’éviter le greenwashing, en citant l’exemple des labels français qui doivent encourager la diffusion de ses produits financiers dans l’assurance-vie.
Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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