Publié le 07 janvier 2015

ENVIRONNEMENT

Pollution pétrolière dans le delta du Niger : Shell verse 70 millions d’euros aux victimes

Le procès de Shell devant la Haute Cour de Londres n’aura pas lieu. C’est finalement un arrangement à l’amiable qui a été trouvé entre la compagnie et la communauté nigériane Bodo au sujet des fuites de pétrole de 2008 qui ont provoqué une large pollution sur leur territoire. Shell était sous le coup d’une action en justice au Royaume-Uni. Elle a annoncé le 7 janvier qu’elle versait 70 millions d’euros (55 millions de livres sterling) à la population affectée. Une victoire saluée par Amnesty International.

Delta du Niger. Un village de la Communauté Bodo victime des fuites de pétrole de Shell, le 24 juin 2010.
© pius Utomi Ekpei / AFP

La compagnie pétrolière, traînée en justice par la communauté nigériane Bodo, victime de deux grandes fuites de pipelines appartenant à la firme en mai 2008, a préféré conclure un accord à l’amiable pour éviter de passer devant le tribunal anglais en mai prochain.

Dans un communiqué, Shell annonce qu’elle leur versera 70 millions d’euros (55 millions de livres sterling) en compensation des pertes liées aux fuites de pétrole. 45 millions d’euros iront aux 15 600 victimes individuelles. Les 25millions restants iront au bénéfice de la communauté Bodo qui vit principalement de la pêche et de l’agriculture.

 

Les travaux de nettoyage enfin programmés

 

Shell a toujours reconnu sa responsabilité. Mais elle en a longtemps minimisé l’importance de la catastrophe. Ce n’est qu’en novembre dernier, sous la pression des ONG (organisations non gouvernementales) comme Amnesty International et de l’action en justice intentée par la communauté Bodo, que Shell avait reconnu l’ampleur des fuites.

A l’époque, celle-ci avait affirmé que 4000 barils s’étaient déversés tandis que, à la suite d’une enquête réalisée en 2012, Amnesty a estimé la fuite à 100000 barils. Et si Shell a revu à la hausse la quantité de pétrole déversée lors de ces fuites, elle n’a, à ce jour, toujours pas donné de chiffre précis. 

"Nous avons toujours voulu dédommager la communauté équitablement et nous sommes heureux d’avoir trouvé un accord " a déclaré le directeur général de Shell Petroleum Development Company of Nigeria (SPDC), Mutiu Sunmonu, dans le communiqué d’annonce. L’accord permet aussi de lancer les travaux de nettoyage qui n’ont toujours pas été entrepris. Ils se dérouleront sous la supervision de l’ancien ambassadeur des Pays-Bas au Nigeria.

Mais fidèle à son argumentaire principal de défense, la compagnie ajoute qu’"à moins que des mesures concrètes soient prises pour mettre fin au fléau du raffinage illégal – qui reste la principale cause de pollution de l’environnement et est la véritable tragédie du delta du Niger – les zones qui sont nettoyées seront de nouveau souillées par ces activités illégales".

 

Un dédommagement très tardif

 

Audrey Gaughran, la directrice du programme Thématiques mondiales à Amnesty International, souligne de son côté que "si cette décision est une victoire très attendue par les milliers de personnes ayant perdu leurs moyens de subsistance à Bodo, le versement d’une indemnisation un tant soit peu équitable n’aurait pas dû prendre six ans. Si Shell n’avait pas été contrainte à révéler cette information dans le cadre de l’action en justice engagée au Royaume-Uni, la population de Bodo aurait été complètement escroquée. Dans les faits, Shell savait qu’un accident finirait par arriver à Bodo. L’entreprise n’a pris aucune véritable mesure pour le prévenir, puis elle a fait de fausses déclarations sur la quantité de pétrole qui s’est répandue".

Pendant la procédure, Shell a reconnu qu’elle avait connaissance dès 2002 que la plupart de ses oléoducs étaient anciens et que certaines sections présentaient "un risque et un danger majeurs". Dans un document, Shell déclare même qu’un remplacement intégral des oléoducs était nécessaire en raison d’une corrosion étendue, affirme Amnesty. Pourtant, la compagnie "n’a pris aucune mesure" en ce sens, selon l’ONG.

Pour Styvn Obodoekwe, le directeur des programmes du Centre pour l’environnement, les droits humains et le développement (CEHRD), "cette indemnisation est un pas en avant pour la population de Bodo, mais justice ne sera pleinement rendue que lorsque Shell aura correctement nettoyé les ruisseaux et marais fortement pollués des alentours, afin que ceux qui tirent leurs revenus de la pêche et de l’agriculture puissent commencer à reconstruire leurs moyens de subsistance".

Dans un rapport publié en août 2011, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) prévoyait qu’il faudrait 25 à 30 ans pour dépolluer le delta. Depuis 50 ans, cette zone est le théâtre d’une pollution colossale, qui couvre la surface du Portugal, selon Amnesty. 

Béatrice Héraud
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