Publié le 21 juin 2019

ENVIRONNEMENT

L’Union européenne incapable de s’accorder sur un objectif de neutralité carbone en 2050

Quatre États, face à 24, ont réussi à bloquer les discussions. Réunis en Conseil européen jeudi 20 et vendredi 21 juin, les pays membres de l’Union européenne n’ont pas réussi à s’accorder sur un objectif de neutralité carbone en 2050, conformément à ce qui est inscrit dans l’Accord de Paris. La dynamique était pourtant bien partie.

La France, l'Espagne et l'Allemagne ont plaidé en faveur d'un objectif de neutralité carbone d'ici 2050.
@Union européenne

Au départ, ils n’étaient que neuf pays (Belgique, Danemark, Espagne, France, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suède) à demander la mention claire de la neutralité climatique au plus tard au milieu du siècle. Ils ont peu à peu fait tâche d’huile jusqu'à convaincre 24 pays au total. L’Allemagne avait fini par céder face au mouvement des jeunes pour le climat et à la percée des Verts aux Européennes.  

Mais c’était sans compter sur la réticence des pays les plus dépendants du charbon, à savoir la Pologne, soutenue par la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie dont la position est restée ambiguë. Dans le texte final adopté lors du Conseil européen du 20 juin, les 28 se sont finalement contentés d’appeler à "assurer une transition vers une UE climatiquement neutre". La référence à 2050 est reléguée en note de bas de page, indiquant qu’une majorité de pays soutient la neutralité climatique avant cette échéance.     

Fonds européens supplémentaire 

"La dynamique est réduite à une note de bas de page" fulmine le WWF. Pour Wendel Trio, directeur du Climate Action Network (CAN) Europe, "il est difficile de croire que quatre gouvernements, conduits par les petits intérêts de leurs industries polluantes sont parvenus à s’opposer à une augmentation largement soutenue et indispensable de l’ambition climatique de l’UE. Il est irresponsable de ne pas fixer de nouveaux objectifs climatiques plus élevés pour l’UE, étant donné l’urgence climatique à laquelle nous sommes confrontés" a-t-il ajouté.

Varsovie réclamait un engagement précis des autres capitales lui garantissant le versement de fonds européens supplémentaires pour financer sa transition, jugée plus coûteuse, car encore très dépendante du charbon. "Si nous ne savons pas à quoi peut ressembler le mécanisme de compensation, nous ne pouvons pas donner notre accord", a ainsi expliqué une source polonaise à l'issue de la discussion.

"Il faut aider ces pays à faire la transition, qui est plus difficile que pour d'autres, plus avancés en matière d'énergies propres", a souligné une source à l'Elysée. Mais cela ne doit pas "servir d'alibi pour de faibles engagements climatiques", a-t-on ajouté de mêmes sources. "Ce nouvel échec marque une fracture grandissante sur le climat en Europe. Seule une plus grande solidarité, notamment à travers le budget, pourra donner des garanties aux pays les plus réticents qu’ils sont soutenus face à cette transition" a également réagi le Réseau Action Climat (RAC).  

Mains vides au sommet de l'ONU

Les États ont donc renvoyé à 2020 l'objectif de neutralité carbone lors de l’adoption de la stratégie à long terme de l’UE. C’est donc les mains vides que le troisième pollueur au monde, derrière la Chine et les États-Unis, se rendra le 23 septembre au sommet sur l’ambition climatique organisé à New York par le secrétaire général des Nations-Unies.

L’Union européenne présentera les mêmes objectifs que les années précédents, à savoir une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030 et de 80 % d’ici 2050. Or, selon la trajectoire actuelle, elle n’atteindrait qu’une baisse de 60 % d’ici le milieu du siècle. Selon la Commission européenne, aucun État membre ne présente actuellement de plan national énergie-climat respectant intégralement les objectifs fixés.  

Concepcion Alvarez, @conce1 


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