Publié le 05 juin 2022

ENVIRONNEMENT

L’ombre climatique, un concept clé pour évaluer la pertinence de nos actions

Alors que la nouvelle ministre de la Transition Énergétique, Agnès Pannier-Runacher, estime que "les gens n’ont pas les bons ordres de grandeur en tête", elle se trompe de cible elle-même en évoquant "l'impact des pièces jointes" des e-mails. "Il y a des exemples bien plus impactants et systémiques", avance le collectif Pour un réveil écologique qui encourage à utiliser la notion "d’ombre climatique" pour mesurer les conséquences de l’ensemble de nos choix. Explications.

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La notion "d’ombre climatique" permet de mesurer les conséquences de l’ensemble des choix individuels.
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"Ne parlons plus d’empreinte carbone, mais d’ombre climatique", somme le collectif Pour un réveil écologique. L’association d’étudiants et de diplômés s’appuie sur cette notion pour inciter les jeunes actifs à choisir leurs entreprises en fonction de leurs engagements en faveur de l’environnement. "L’empreinte carbone individuelle comme on la calcule aujourd’hui permet de mesurer avec précision la quantité de CO2 que nous émettons directement via nos modes de vie mais elle ne donne pas une image complète de notre véritable impact individuel sur la crise climatique", indique ainsi le collectif. 

En effet, "le bilan carbone d’une éminente scientifique qui voyage régulièrement en avion pour ses recherches afin d'informer sur l’urgence climatique est plus élevé que celui d’un manager qui fait des campagnes de pub pour des pétroliers mais qui ne prend jamais l’avion", indique Baptiste Eisele, membre du collectif. Pourtant, les actes de la scientifique pour lutter contre le réchauffement climatique sont plus efficaces que ceux du responsable qui travaille pour un groupe pétrolier. Pour corriger ce biais, l’association préfère donc se baser sur le concept "d’ombre climatique".

BP a popularisé le concept d’empreinte carbone

L’image est parlante puisque l’ombre qui suit chacun de nous "s’étendrait derrière nous en fonction de tous les impacts liés à nos modes de vie, notre travail, nos engagements. Comme l’ombre projetée au sol par le soleil", précise Baptiste Eisele. Cette ombre reflète ainsi l’ensemble de nos choix de vie. "La scientifique gagne des points grâce à son travail de sensibilisation et de recherche", poursuit le militant en repartant de son exemple initial.

Ce concept s'appuie sur les travaux de Mic. Le média anglophone rappelle que le géant pétrolier BP a popularisé le concept d’empreinte carbone lors d’une campagne publicitaire chiffrée à 250 millions de dollars. "En encourageant les personnes soucieuses de l'environnement à utiliser leur empreinte carbone comme 'guide' pour lutter contre le changement climatique, nous risquons de les voir consacrer toute leur énergie à des actions individuelles à faible impact et faciles à quantifier, comme le recyclage ou l'extinction des lumières", écrit Emma Patee, à l'origine de la notion d'ombre climatique. 

Selon elle, ce n'est donc pas un hasard si l'industrie pétrolière a promu la notion d'empreinte carbone car c'est aussi un moyen de détourner l'attention des vrais enjeux et de ce qui compte vraiment : l'action collective et l'activisme. "Si Greta Thunberg avait décidé de consacrer son énergie à réduire sa consommation d'eau ou à abandonner les produits laitiers au lieu de créer #FridaysforFuture", son action aurait été de plus faible ampleur, indique ainsi Emma Patee.

L'ombre climatique est difficile à quantifier

"Cette idée nous permet de rappeler que les gestes sont importants, mais que le cœur de l'action réside dans notre travail et l'impact qui y est associé", martèle Baptiste Eisele. L'ombre climatique repose ainsi sur le triptyque : consommation, choix et attention portée aux enjeux climatiques. "La puissance de votre ombre climatique est que, contrairement à une empreinte carbone, elle comprend des actions quasiment impossibles à calculer", complète Emma Patee.

En effet, il est très difficile de quantifier les conséquences de l'influence que l'on peut avoir sur ses proches lorsque, par exemple, l'on explique les effets du changement climatique. De même, l'utilité de son travail est majeure et pourtant elle ne se reflète pas dans le bilan carbone. "C'est le qualitatif qui prime sur le quantitatif", résume Baptiste Eisele. 

Mathilde Golla @Mathgolla


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