Publié le 24 février 2020

ENVIRONNEMENT

Salon de l'agriculture : entre financiarisation des terres et bas revenu, le métier d’agriculteur en voie de disparition

Le Salon de l'agriculture vient d'ouvrir ses portes à Paris. Cette grande fête de la ruralité cache toutefois une préoccupante réalité. Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux en France. En 30 ans, leur nombre a été réduit de moitié. Et la situation devrait s’aggraver avec un nombre massif de départs à la retraite d'ici 2030, au moment où les jeunes n'ont pas les moyens pour reprendre des exploitations de plus en plus grosses et chères. 

Vache Ideale Egerie salon de l ariculture 2020 SIA2020
Cette charolaise de 6 ans, baptisée Idéale, est l'égérie du salon de l'agriculture 2020.
@SIA

Il fut un temps où les tracteurs, les vaches, les machines agricoles faisaient rêver les enfants. Le métier d’agriculteur a pourtant perdu de sa splendeur à en croire les chiffres sur le renouvellement des nouvelles générations. D'ici 10 ans, la moitié des exploitants agriculteurs devraient partir à la retraite et la majorité ne trouve pas de repreneur. La France perd en moyenne 1,5 % à 2 % de chefs d’exploitation par an. Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, veut faire du renouvellement des générations une priorité. Mais la tâche s’avère ardue.

"Vu la misère dans laquelle nous vivons, je comprends que les jeunes fuient notre métier. On travaille tous les jours, sans exception, pour presque rien", raconte Gérard, éleveur de bovin. Cette filière est particulièrement touchée par la précarité financièrement. En 2017, la Mutualité sociale agricole (MSA) révélait qu’un tiers des agriculteurs avait un revenu inférieur à 350 euros par mois, alors que la profession traversait une crise. Un chiffre à mettre en perspective avec un autre, qui a marqué les mémoires : chaque jour, un agriculteur se suicide.

Des aides qui favorisent des grosses exploitations inaccessibles

Le principal syndicat agricole, la FNSEA, dénonce l’agribashing, le fait de dénigrer la profession, comme frein au renouvellement. Les agriculteurs sont de plus en plus diabolisés, accusés de polluer les sols à coups de pesticides et de maltraiter les animaux dans les élevages. Le gouvernement vient d'ailleurs de créer la cellule "Demeter" pour lutter contre les atteintes au monde agricole et l'intrusion dans les exploitations, devenue de plus en plus courante avec l'association L214.

Ce facteur est évidemment à prendre en compte dans la crise du métier d'agriculteur, mais c'est aussi vers l'enjeu des prix du foncier et de la taille des exploitations qu’il faut se tourner. En un peu plus de 30 ans, le nombre d’agriculteurs sur le territoire français a fondu de plus de la moitié passant de 1,1 million en 1988 à près de 450 000 en 2018. La faute, notamment, à la politique agricole commune de l’Union européenne qui favorise les grosses exploitations. 

Le vice-président des Jeunes Agriculteurs, Aurélien Clavel, a ainsi qualifié ce système d’attribution d’aides européennes à l’hectare de "poison" qui "favorise l’agrandissement des exploitations et défavorise les jeunes et ceux qui ont moins de moyens", rapporte l’AFP. Il demande que les subventions ne soient "plus versées à l’hectare mais à l’actif", c'est-à-dire en fonction du nombre de personnes employées dans l'exploitation. Une position soutenue par un syndicat concurrent, la Confédération paysanne qui appelle "urgemment à la fin des soutiens à l’agriculture industrielle et à la réorientation des politiques publiques en faveur de l’emploi agricole et agroalimentaire et de la transition agroécologique vers l’agriculture paysanne". 

55 000 hectares de terres agricoles artificialisés 

La FNSafer, Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, dont le rôle est de réguler les achats de terres agricoles, a alerté, en mai dernier, de la financiarisation des terres agricoles. "On se rend compte que de plus en plus de personnes morales achètent ces terres au détriment des agriculteurs", expliquait Emmanuel Hyest, président de la FNSafer. "Il s'agit d'investisseurs français mais aussi de holdings étrangères dont le montage est opaque", décrivait-il.

Un phénomène, favorisant la spéculation du foncier et la flambée des prix, qui est d’autant plus inquiétant que les terres agricoles continuent d’être artificialisées. Chaque année, près de 55 000 hectares deviennent des routes, des lotissements, des centres commerciaux… C’est l’équivalent de la surface agricole d’un département qui disparaît tous les cinq ans alors même que le chef de l’État, Emmanuel Macron, s’était fixé comme objectif, il y a un an, "zéro artificialisation nette de sols agricoles".

Samedi, lors de sa visite au Salon de l'agriculture, le Président de la République a tenté d'apaiser les tensions. Alors qu'il revenait de Bruxelles où les négociations pour une nouvelle PAC se sont soldées par un échec, Emmanuel Macron a présenté les agriculteurs comme "des acteurs de l'environnement". Selon l'AFP, il a dénoncé les "actions contre les exploitations" tout en considérant "l'impatience d'une partie de la société française" pour une "transformation historique" de l'agriculture. "Mon rôle est de réconcilier tout ça", a-t-il résumé. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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