Publié le 09 juin 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Un nouvel outil pour inciter les entreprises à mieux protéger les océans

Si les activités des entreprises affectent les océans (surpêche, pollution plastique, marées noires…), peu d’entre elles intègrent pourtant cette question dans leur politique environnementale. Un outil inédit, créé par la Fondation de la Mer et le Boston Consulting Group, en lien avec le ministère de la Transition écologique et solidaire, devrait leur permettre de mieux évaluer leur impact sur l’océan et en informer leurs parties prenantes pour mieux le réduire.

Ocean pixabay
Acidification, surpêche, pollution...: les océans sont menacés par nos modes de production.
@CCO

Pour la journée mondiale des océans célébrée lundi 8 juin, le constat est amer : réchauffement, acidification, pollutions chimique et plastique, surpêche, artificialisation des littoraux, destruction des écosystèmes… Les dommages sur les océans causés par nos modes de vie et de production sont colossaux et s’aggravent chaque jour. Pourtant, aujourd’hui encore les entreprises se sentent peu concernées par le sujet. L’objectif de développement durable (ODD) qui vise à conserver et exploiter de manière durable les ressources marines (ODD14) fait ainsi partie des grands oubliés des ODD visés par les entreprises.

La bonne santé des océans est cependant vitale aussi bien pour la planète - il capte 30 % du CO2 anthropique - que pour notre santé - il émet 50% de l’oxygène que nous respirons - et notre économie. En France, la valeur économique des secteurs liés à l’océan équivaut à environ 14 % du PIB selon une étude du Boston Consulting Group (BCG) et de la Fondation de la mer, que ce soit à travers l’exploitation de ses ressources, son attrait touristique ou les échanges commerciaux.

Evaluer l’impact des entreprises sur les océans

Pour amener les entreprises à mieux prendre conscience de leur impact et donc à le réduire, le BCG et la Fondation de la mer, en lien avec le ministère de la Transition écologique et solidaire, lancent donc un outil, gratuit et à vocation internationale. Celui-ci est destiné aux grandes entreprises, qui ont à la fois le plus d’impact négatif et qui sont les plus à mêmes de faire bouger les lignes en "influençant les comportements de leurs fournisseurs, distributeurs et clients, en montrant l’exemple dans leur processus et en instaurant des standards dans leurs industries respectives", estiment les organisations initiatrices du projet. Tous les secteurs sont concernés. Par exemple si l’industrie du textile n’apparaît pas comme la plus impactante sur ses opérations propres, les fertilisants pour faire pousser le coton se retrouveront dans l’océan et le lavage des vêtements en fibre synthétique va libérer des microplastiques dans les eaux usées.

Le référentiel permet d’évaluer dix types d’impact des entreprises sur l’océan tout au long de la chaine de valeur comme la pollution des milieux marins, la perturbation et l’artificialisation des habitats, l’acidification des océans mais aussi la façon dont les entreprises intègrent les océans dans leur stratégie. 44 indicateurs opérationnels permettent ensuite à l’entreprise de couvrir l’ensemble des cibles de l’ODD14 et de se fixer des objectifs à atteindre en fonction de la pertinence des sujets pour son activité, de son implantation géographique ou de sa maturité.

OUTIL BCG OCEAN 3 PETIT 

Mieux connaître pour mieux agir

L’outil a été élaboré en associant la recherche scientifique pour cartographier les impacts selon les secteurs, des entreprises (Total, Amundi, Bouygues, Michelin…) et des associations de protection du monde marin (Fondation Tara, Planète mer). Une dizaine d’entreprises l’ont ensuite testé. "Grâce aux indicateurs sélectionnés, nous avons désormais des pistes d’amélioration concrètes sur l’impact que nous avons sur l’océan. Cela nous permet d’avoir des objectifs clairs et quantitatifs sur les sujets (achats responsables en poisson, recyclage des déchets, performance énergétique...) que nous avons identifiés comme matériels pour nous", se réjouit ainsi Philippe Vallette, le directeur général de l’aquarium Nausicaa. 

A ce stade, la filière des industriels de la mer, Nausicaa, Suez et le Club Med se sont déjà engagés à l’utiliser dans le cadre de leur reporting RSE. L’objectif est d’en faire un standard international. L’OCDE et des investisseurs auraient ainsi "montré leur intérêt". Ces derniers commencent effectivement à s’intéresser à la protection des océans (prêts bancaires, blue bonds…) mais ont besoin de nouveaux indicateurs, précis, pour évaluer les entreprises en portefeuille et mesurer leur propre contribution.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud


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