Publié le 28 novembre 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

[Objectif RSE] Chez Nespresso, une dose de neutralité carbone dans la filière café

Comment mieux diffuser la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) en interne et dans son écosystème ? Cette question, toutes les entreprises engagées se la posent. Novethic a recensé les bonnes pratiques des grands acteurs économiques, qui ont fait leurs preuves. Zoom sur Nespresso, leader du café en dosettes, qui axe sa stratégie sur l’insetting, une forme de compensation carbone basée sur l’agroforesterie directement chez ses fournisseurs. 

Pur Projet agroforesterie nespresso
L'insetting est une forme de compensation carbone qui se joue directement dans la chaîne de valeur de l'entreprise.
Christian Lamontagne / Pure Projet

Comment atteindre la neutralité carbone tout en changeant les pratiques de sa chaîne d'approvisionnement ? C'est la question que s'est posée le directeur général de Nespresso France, Arnaud Deschamps. Depuis 2016, il vise cet objectif qui consiste à compenser 100 % des émissions de carbone produites par son entreprise. Or, "avant même l'utilisation des machines, c'est la production de café qui a la plus grosse empreinte carbone", explique-t-il, chaque tasse équivalant à 46 grammes de CO2.

Pour les compenser, au lieu "d'acheter des crédits carbone sur des projets qui ne sont pas en lien direct avec Nespresso", le directeur général a choisi l'insetting, une forme de compensation carbone qui intègre des engagements sociaux et environnementaux dans sa propre chaîne de valeur grâce à l’agroforesterie. Depuis 2003 la filiale de Nestlé plante donc tous les ans 500 000 arbres au cœur des exploitations de café des fermiers du Guatemala, Éthiopie et Colombie avec qui ils travaillent. 

"Planter des arbres à l'intérieur même de son business model a beaucoup plus de sens et d'impacts", explique Tristan Lecomte, fondateur de PurProjet, une entreprise qui aide les entreprises à développé l'insetting. L'objectif de Nespresso est de planter 10 millions d'arbres d'ici 2020.

L'agroforesterie pour contrecarrer le réchauffement climatique

L'agroforesterie, qui associe les arbres et les cultures, a de multiples effets sur la terre. Elle permet d'augmenter la biodiversité et les insectes pollinisateurs, elle lutte contre l'érosion et enrichit le sol. Ce qui permet d'avoir un café "plus dense et intense", affirme Tristan Lecomte. Mais elle est aussi un moyen, pour les caféiculteurs, de lutter contre le réchauffement climatique.

"Il y a 20 ans, on n'assistait pas à ce dérèglement, les hivers étaient normaux. Maintenant, le temps est très instable. L'agroforesterie nous permet de contrecarrer certains effets du changement climatique et nous pousse à garder espoir", avance Willy Solares, producteur au Guatemala et fournisseur de Nespresso.

Les arbres plantés sont des natifs de la région, le plus souvent ils remplacent ceux qui étaient présents à la place des cultures de café. Mais les agriculteurs plantent également des arbres fruitiers pour nourrir leur famille et diversifier les cultures. "C'est un projet à court terme et à long terme", assure Willy Solares.

En 2050, 90 % de la production de café détruite

Il faut dire que les caféiculteurs sont particulièrement en difficulté. Selon une étude publiée dans la revue PNAS, la production mondiale de café pourrait diminuer de 90 % d'ici 2050 à cause du réchauffement climatique. "Il y a des zones où on ne pourra plus produire de café, de vin ou de chocolat. Mais certaines où il faut changer les pratiques pour s'adapter", affirme Tristan Lecomte.

Si MaxHavelaar salue l'engagement de Nespresso, chez Les Amis de la Terre, Sylvain Angerand est plus sceptique et craint que l'entreprise veuille se donner "bonne conscience". Surtout, le chargé de campagne pointe l'incohérence d'un tel projet avec un business model basé sur des capsules jetables composées d'aluminium.

100 % de capsules en aluminium responsable d'ici 2020

Sur ce dernier point, Nespresso a pour objectif de commercialiser des capsules fabriquées à 100 % avec de l'aluminium responsable d'ici 2020. C'est le géant minier Rio Tinto qui devrait lui fournir cet aluminium sans émission carbone développé grâce à un nouveau procédé.

"Le consommateur ne se rend pas compte de notre démarche équitable. On travaille à resynchroniser notre engagement avec notre marque", affirme Arnaud Deschamps qui espère que d'ici l'année prochaine les capsules pourront être collectées directement dans la poubelle de tri des consommateurs. 

Marina Fabre @fabre_marina


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