Publié le 17 octobre 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

[Objectif RSE] Chez Solvay, chaque innovation doit prouver sa durabilité face aux enjeux sociaux et environnementaux

Comment mieux diffuser la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) en interne et dans son écosystème ? Cette question, toutes les entreprises engagées se la posent. Novethic a recensé des bonnes pratiques des grands acteurs économiques, qui ont fait leurs preuves. Cette semaine, nous vous présentons le cas de Solvay. Pour mieux orienter ses décisions d’investissement, d’innovation et de développement, le groupe chimique a développé une grille d'évaluation de ses produits pour promouvoir les plus durables.

Solvay est le plus important industriel de la chimie.
@SolvayGroup

Comment faire les bons investissements ? Comment miser sur les produits de demain qui sauront à la fois remplir les exigences d’un développement durable et les attentes des clients ? Pour répondre à ces questions, Solvay a son outil : le « Sustainable Portfolio Management » (SPM). Lancé il y a une dizaine d’années, le groupe chimique en voit aujourd’hui les fruits.

Élaboré en interne et perfectionné avec des organismes indépendants, le SPM permet d’évaluer la durabilité et l’adéquation avec le marché de 90 % des 2 000 couples produits/applications du groupe, comme l'utilisation de fibre carbone pour l’automobile ou l’aviation.

Miser sur le vert…

Première étape : Mesurer l’empreinte environnementale du produit. Celle-ci est basée sur une analyse de cycle de vie, de l’extraction des matières premières à la sortie de l’usine. Elle regroupe des critères climatiques, énergétiques, d’utilisation d'eau, de toxicité...

Deuxième étape : Évaluer le produit comme solution aux enjeux environnementaux et sociaux. Il est ensuite classé selon une échelle de durabilité, allant d’une zone verte - le plus durable - à rouge. Dans ce dernier cas, il s'agit de solutions risquées, en contradiction avec les attentes des clients ou ne répondant pas aux critères RSE (responsabilité sociétale des entreprises).

Solvay SPM bon format 

@Solvay - Cliquez ici pour agrandir.

…ça rapporte

"Notre intention est clairement de faire croître la zone verte et de réduire au maximum la rouge", souligne Pascal Chalvon, directeur RSE et énergie de Solvay. Chaque patron de Business Unit doit présenter ses idées et innovations au Comex sous ce prisme du SPM. "Si l'une est dans la zone rouge, il faudrait, pour avoir un Go, qu'elle corresponde à une forte demande, qu’il n’y ait pas d’alternative et que nous soyons en train de développer une alternative".

"En trois ans, nous avons réussi à diviser par deux ceux de la zone rouge (8 % de l’offre) et à multiplier par deux ceux de la zone verte. Ces derniers représentent 49 % de l'offre, sachant que notre objectif était d’atteindre 50 % en 2025 !", se réjouit-il. "Se maintenir va déjà représenter un challenge car les lignes de démarcation entre zones sont loin d’être immuables : en fonction de la réglementation, des pressions, de la demande clients, les produits peuvent changer de catégorie", précise Pascal Chalvon.

Mais le jeu en vaut la chandelle. "Le développement durable permet de créer de la valeur sur le long terme pour la planète, les hommes mais également d'un point de vue financier, pour le business de l'entreprise", assure Karim Hajjar, directeur financier du groupe. La croissance des solutions durable est aujourd’hui bien supérieure à celle des produits rouges, de l’ordre de 10 % par an.

Une vitrine de la pensée intégrée

L’outil s’inscrit dans une démarche d’"integrated thinking" ou pensée intégrée. "Le développement durable est au cœur de nos décisions stratégiques. Il guide au quotidien notre manière d’agir", assure Pascal Chalvon. Au-delà du SPM, cela s’incarne aussi dans le Solvay Way (la stratégie RSE), le reporting intégré mêlant indicateurs financiers et extra-financiers et l’intégration de critères RSE dans les rémunérations.

"On ne peut plus aujourd’hui développer une stratégie durable qu'en y intégrant des critères extra-financiers et en replaçant l’entreprise au sein de son écosystème, surtout dans de tels secteurs, à forts impacts", assure Anne-Marie Jourdan (1), membre du jury des Integrated Thinking Awards (2), dont l’un est décerné cette année à Solvay."Lorsque nous avons auditionné son président, Jean-Pierre Clamadieu (3), nous avons apprécié son implication et son impulsion. Beaucoup de rapports intégrés sont très bien faits mais pour que cela soit efficace, la gouvernance reste absolument clé tant au niveau du board que du management", souligne-t-elle.

Cette démarche est pourtant née d’un événement "plutôt négatif" : le recul du groupe dans les notations des agences type DJSI (Dow Jones Sustainability Index). "Nous nous sommes demandé ce qui nous manquait. C’était la capacité à intégrer cette approche dans notre stratégie et notre management", rapporte Karim Hajjar. Grâce au SPM et aux autres outils, "le climat, l’économie circulaire ou les droits fondamentaux font leur entrée dans le dialogue avec nos clients, avec nos investisseurs et aussi dans la rémunération de tous nos employés", assure-t-il. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1)   Anne Marie Jourdan est Membre du Board de l’ICGN (International corporate gouvernante network), Directrice Juridique et Communication du FRR (fonds de réserve pour les retraites).

(2)   L’Integrated Thinking Awards lancé par l'Institut du Capitalisme responsable, l'IFaci (Institut français de l'Audit et du contrôle internes), le Medef et Capitalcom, a récompensé Solvay dans la catégorie capitalisation supérieure à 7 milliards d’euros, Nexans dans la catégorie des capitalisations de moins de 7 mds € et sociétés non cotées, et Engie pour son reporting intégré.

(3) Jean-Pierre Clamadieu sera remplacé par Ilham Kadri en mars 2019.

 

Retrouvez d'autres bonnes pratiques RSE d'entreprises sur la plateforme BIPIZ, soutenue par Novethic


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