Publié le 05 mai 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Les grands patrons appellent à "mettre l’environnement au cœur de la reprise"

Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, près d’une centaine de grands patrons appellent à mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique. Une initiative lancée par Jean Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas et président d’Entreprises pour l’environnement (Epe), à laquelle se sont joints l’Afep et le Medef.

La Defense Paris Augustin Lazaroiu
Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, près d’une centaine de grands patrons appellent à mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique.
@AugustinLarazoiu

Oublier la transition écologique dans la relance serait une "erreur historique", explique depuis quelques jours le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Dans une tribune publiée ce lundi 4 mai dans le journal Le Monde, les grands patrons veulent montrer qu’ils ont compris et affirment "leur engagement collectif".

À l’initiative de Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP Paribas et président d’EPE (Entreprises pour l’environnement), celle-ci réunit la signature de plus de 90 grands patrons. Parmi eux, on retrouve Patrick Pouyanné de Total, Thomas Burbel d'Axa, Éric Lombard de la Caisse des Dépôts (dont Novethic est une filiale), Emmanuel Faber de Danone, Jean-Bernard Lévy d'EDF ou encore Geoffroy Roux de Bézieux du Medef.... Un vrai revirement pour ce dernier qui jusque-là visait plutôt un moratoire sur toute nouvelle obligation en matière d'environnement. 

Vers une transformation plus profonde de la production et des modèles d'affaires ? 

"Nous croyons qu’il est aujourd’hui possible de faire des moyens financiers un accélérateur d’une relance verte et inclusive. Les plans de relance à venir constituent autant d’occasions pour que les investissements nécessaires confortent les trajectoires de transformation", écrivent-ils. Parmi ces trajectoires : la décarbonation via la rénovation énergétique des bâtiments, les mobilités douces et électriques, le développement des énergies renouvelables et nucléaire, un approvisionnement en circuit plus courts, une industrie plus résiliente grâce à l’économie circulaire… Sans oublier la "justice sociale".

La relance doit aussi viser le long terme : "le traitement de la crise doit se prolonger par une mobilisation de l’intelligence collective sur le monde d’après cette pandémie, avec des transformations plus profondes à envisager dans nos façons de produire et nos modèles d’affaires, des changements de comportements de consommation et de modes de vie, un rapport à la nature à revoir."

Une exigence sociétale, politique et économique

Si le message va dans le bon sens, selon Philippe Zaouti, le CEO de la société de gestion responsable Mirova y voit deux bémols. "D’abord, cette tribune insiste sur la continuité, en laissant croire que la transition était déjà en marche et que le virus vient en quelque sorte la freiner, c’est évidemment pour le moins exagéré. Ensuite, elle comporte peu, pour ne pas dire aucun, engagement de transformation au niveau des entreprises, si ce n’est 'un rapport à la nature à revoir', c’est plutôt maigre", écrit-il dans un post LinkedIn. 

De fait, l'engagement fait figure de revirement pour certains des signataires qui ne convainc pas plusieurs ONG. "On rit jaune", commente ainsi Greenpeace dans un tweet qui liste les noms de sociétés, qui, selon l'organisation militante, n'ont pas embrassé la cause climatique. 

 

Parmi les signataires qui font mine d'avoir enfin vu la lumière : LVMH, InVivo, Air France, Vallourec, BNP - Paribas, ArcelorMittal, Saint Gobain, Danone, Airbus, BASF, Total, le Medef...

On rit jaune.https://t.co/cDpYMgxXyb

— Greenpeace France (@greenpeacefr) May 4, 2020

 

Mais cette tribune des grands patrons s'inscrit dans un contexte où la transformation des entreprises n'est plus une option. Lors de la présentation des aides d’État à l’économie, les débats ont tourné autour de la conditionnalité des aides aux exigences de transition écologique et de RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Et le plan de relance de l’Economie, attendue pour septembre ou octobre, devrait intégrer ces dimensions, assure le ministre. Pour ne pas être les seuls à s’engager et à en payer le prix face à des pays moins scrupuleux, les grands patrons soutiennent donc aussi le "Pacte vert européen" visant à la neutralité carbone d'ici 2050, qui pourrait être remis en cause à la faveur de la crise du Covid-19. 

Béatrice Héraud, @beatriceheraud


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