Publié le 18 février 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Le Big Data ESG des entreprises européennes n’est pas à la hauteur de l’urgence climatique

Le reporting des entreprises européennes sur les dimensions environnementales et sociales n’est  pas à la hauteur des attentes de leurs parties prenantes et de l’urgence climatique. C’est le constat sans appel dressé par la coalition "Alliance pour la transparence des entreprises" qui publiait son second rapport le 17 février à Bruxelles. Cela rend d’autant plus inévitable la réforme de la Directive sur le Reporting Non Financier (NFRD) annoncée par la Commission qui devrait normaliser ce reporting à géométrie variable.

Reporting verte entreprises UE matejmo
Lundi 17 février, l'Alliance pour la transparence des entreprise a remis son rapport sur le reporting non financier des entreprises.
@Matejmo

"Le temps des démarches volontaires est terminé. Elles ne fonctionnent que pour les meilleurs élèves. Nous avons besoin de leadership politique et de standardisation européenne". La députée travailliste néerlandaise, Lara Wolters, ouvre ainsi la réunion organisée à Bruxelles le 17 février pour la publication de l’analyse du reporting de 1000 entreprises européennes appartenant à une dizaine de secteurs.

Réalisé par l’Alliance pour la transparence des entreprises qui réunit une vingtaine d’organisations parmi lesquels WWF et Transparency International, le rapport dresse un constat sans appel. Les entreprises européennes ne sont pas à la hauteur des attentes en termes de reporting ESG (environnemental, social et de gouvernance). Elles publient bien des données et pour 96 % d'entre elles font des déclarations d'engagement sur l’environnement et le social. Mais moins de 40 % d’entre elles proposent une structure claire. Si près d’un quart d’entre elles identifient des risques environnementaux et sociaux, elles n’y associent ni des politiques adaptées, ni des indicateurs pertinents.

Pire qu’imaginer

Deux exemples sont particulièrement criants : la biodiversité et les droits humains. Dans le premier cas, 75 % des entreprises ne la mentionnent même pas alors que la disparition de la biodiversité est classée par le rapport du Forum de Davos sur les risques, comme l’une des toutes premières menaces. Dans le second cas, seules 4 % des entreprises affirment gérer les aspects les plus sensibles du respect des droits humains.

"La situation est pire que je ne l’imaginais", explique Sébastien Godinot, économiste en charge de la politique européenne du WWF. "L’urgence climatique est partout dans le discours européen mais le reporting des entreprises est en complet décalage avec cette urgence. Il ne faudrait pourtant plus en faire un sujet de reporting mais bien de gouvernance stratégique des entreprises", ajoute-t-il. On n’en est pas encore là, mais toutes les parties prenantes de l'Alliance appellent à une refonte de la Directive sur le Reporting Non Financier (NFRD).

Le vice-président Valdis Dombrovskis les a déjà entendues puisqu'il a annoncé le lancement de cette rénovation fin janvier. Alain Deckers qui dirige l’unité reporting et audit des entreprises à la Direction générale marchés financiers de la Commission, a confirmé à Bruxelles en clôture de l'événement de l'Alliance que son service était sous pression pour programmer cette révision dès 2020. "Je reconnais que l’Alliance voit juste et que nous ne sommes pas ou nous devrions être !", a-t-il affirmé. Une consultation sur la question vient tout juste d'être lancée, la Commission attendant les réponses des experts d'ici le 14 mai 2020.

Besoin de standards

"Nous devons certes aller vite mais prendre malgré tout le temps de réfléchir au cadre que nous devons mettre en place. Il doit s’articuler avec les régulations d’ores et déjà adoptées sur la taxonomie et les obligations de reporting. Ces dernières devront répondre à trois exigences : la comparabilité des données ESG, leur fiabilité et enfin leur pertinence", décrit Alain Deckers.

S’il n’y a pas consensus sur les indicateurs clefs du reporting environnemental et social, tous s’accordent à considérer que le volume et la très grande hétérogénéité des données ESG créent de nombreux problèmes, y compris pour les entreprises qui croulent sous les questionnaires de parties prenantes diverses et variées. Elles se plaignent aussi de devoir répondre à des standards de notation, ce qui leur coûte cher. Avec humour, le responsable de la Commission a souligné auprès des organisations d’entreprises qui mettaient en avant ces difficultés que le meilleur moyen d’alléger leur charge était d'en finir avec les démarches volontaires et d’installer un seul et unique standard européen imposé par une directive aux attentes clarifiées.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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