Publié le 30 juin 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

Intégrer la RSE dans la rémunération des dirigeants, un levier stratégique qui se généralise

Les grandes entreprises françaises intègrent de plus en plus la RSE comme critère de rémunération des dirigeants. C’est le constat d’une étude PwC/ORSE publiée ce 28 juin. Un marqueur de maturité sur la RSE selon les auteurs de l’étude. Mais des efforts restent à faire sur le choix, le poids et la transparence des indicateurs pris en compte.


Autrefois anecdotique, l'intégration des critères ESG - environnementaux, sociaux et de gouvernance - dans la rémunération des dirigeants est aujourd'hui, sinon la norme, du moins une vraie tendance au sein des grandes entreprises françaises. Des pionniers comme Danone, Schneider Electric ou La Poste ont été rejoints par Crédit Agricole, BNP Paribas ou Thales. Près du trois quarts (73%) du CAC40 est aujourd’hui converti contre seulement 10 % il y a 10 ans, selon une étude réalisée par le cabinet de conseil PwC et l’Orse (l’Observatoire de la RSE).

La rémunération, un symptôme du fonctionnement de l’entreprise

"Cela constitue un marqueur de maturité sur la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) car cela montre qu’il ne s’agit pas d’un sujet annexe mais d’une réalité stratégique", estime Sylvain Lambert, associé en charge du département développement durable chez PwC.

Mais encore faut-il que les critères RSE retenus soient "liés à la stratégie de l’entreprise et imbriqués avec les critères financiers", souligne de son côté Gérard Mardiné, secrétaire national de la CFE-CGC en charge de la RSE. "Et qu’ils aient un poids minimum (au moins 10%) car la rémunération doit être vue comme un symptôme qui révèle le fonctionnement de l’entreprise", ajoute Michel de Fabiani, le président du Club rémunération de l’IFA (Institut Français des administrateurs) et lui-même administrateur de sociétés.  

Peu de critères, essentiellement sur le variable de court terme

Sur le poids des critères, le compte y est : la majeure part des entreprises ont établi la quote-part de la RSE à hauteur de 10 à 30 % de la rémunération variable de leurs cadres dirigeants (parfois aussi de leurs managers et dirigeants mandataires sociaux). Certaines entreprises, comme Danone, vont jusqu’à 50% pour certaines catégories de dirigeants.

Mais "bien que les enjeux RSE soient considérés comme des enjeux de moyen à long terme, la grande majorité des démarches du CAC40 visent uniquement la rémunération variable court terme", pointe l’étude. De fait, les 29 sociétés ayant intégré des critères RSE dans leur politique de rémunération l’ont toute fait sous forme de bonus annuel et 72% uniquement sous cette forme. Peu d’entreprises l’ont intégré dans les variables de long terme, pluriannuelles ou leurs dispositifs d’intéressement.

Si l’on entre un peu plus dans le détail des indicateurs pris en compte, ceux-ci restent essentiellement liés à l'atténuation des risques en matière de santé (taux d’accidents du travail), et de climat (émissions de gaz à effet de serre). Mais, de plus en plus, la création de "valeur verte" (par le chiffre d’affaires lié aux produits et services verts) est prise en compte.

La plupart des entreprises se limitent à un ou deux indicateurs pour éviter une dilution du message. Certaines prennent en compte un indicateur composite comme La Poste qui a élaboré le sien à partir de ses notations Vigeo/Oekom/Ecovadis/CDP/IPC (indice sectoriel des groupes postiers mondiaux).

Un manque de transparence

D’autres, comme Crédit Agricole, se basent sur un indice qui leur est propre. La banque utilise l’indice FreD qui mesure les progrès des 240 actions RSE déployées au niveau du groupe et des filiales. Une décision qui peut s’avérer pertinente pour le déploiement et la valorisation de la politique RSE mais qui n’est pas toujours comprise par les actionnaires qui peuvent avoir des réticences sur la valeur de méthodologies internes, nuance Sylvain Vanston, ESG Integration manager chez Axa.

Car c’est aussi l’un des enseignements de l’étude : les entreprises doivent faire preuve d’une plus grande transparence. A ce jour, la moitié seulement du CAC40 communique sur la méthodologie et un tiers ne donne aucune information sur le niveau de performance atteint, ni le montant variable attribué sur la base de ces critères.

Pour leur défense, elles restent encore peu interrogées sur ce sujet, notamment par les investisseurs (hors investisseurs ISR) ou les actionnaires classiques (hors ONG).

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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