Publié le 24 août 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

Fairphone, le seul fabricant de téléphone éthique, veut capter le grand public

La marque Fairphone vient de lever 2,5 millions d'euros grâce au financement participatif. Un moyen pour le fabricant de téléphones éthiques et durables, de partir à la conquête du grand public. Objectif : vendre 150 000 Fairphone 2 par an et sécuriser encore plus son approvisionnement en minerais responsables, après avoir échoué pour son premier modèle. 

Fairphone grand public levee de fonds
Fairphone veut assurer la traçabilité de chaque minerais contenu dans son téléphone.
©Fairphone

C’est le seul téléphone éthique au monde et il va enfin pouvoir partir à la conquête du grand public. Cinq ans après sa création, Fairphone vient de lever 2,5 millions d’euros, explosant son objectif de collecte de 1 million d’euros. Fait rare : cette opération a été réalisée grâce à du financement participatif. De quoi conforter la société dans ces choix. 

L’an dernier, Fairphone avait déjà connu un fort succès auprès d’investisseurs à impact, en levant 6,5 millions d’euros. Mais avec cette levée de fonds grand public, Fairphone veut permettre à sa communauté et, plus largement, à toutes les personnes intéressées par le projet, de s’impliquer dans la mission de l’entreprise. Les 1 827 investisseurs privés qui ont répondu présents pourront en effet convertir leurs dons en actions.

La mission de Fairphone : des téléphones plus responsables

Cette levée de fonds "montre que les citoyens ont conscience des enjeux liés à la chaîne d’approvisionnement des produits électroniques", assure le fondateur de la marque Bas Van Abel. Qui rêve de voir l'engouement pour les produits bios et équitables trouver sa place dans l'électronique. 

Car l'objectif de Fairphone, est de "créer un marché pour des produits électroniques plus éthiques et plus durables", précise le fondateur. L'entreprise travaille en effet avec des partenaires qui extraient les minérais comme l’étain, le tungstène ou l’or, de manière éthique donc issu du commerce équitable. La marque refuse de participer aux "minerais du sang", zones dans lesquelles ces ressources financent les conflits armés. Mais la tâche est loin d'être simple. 

Le défi de l'approvisionnement

"Le problème principal a été la complexité des chaînes d’approvisionnement : les smartphones sont des produits très globalisés car ils intègrent des minerais provenant de quatre coins de la planète", justifie Fabian Hühne, membre de l’équipe. "Aujourd’hui, aucun fabricant n’est en mesure de remonter la trace de tous ses composants jusqu’à la mine d’origine. Le travail de recherche, qui a été très conséquent, doit nous permettre de connaître l’origine exacte de chaque substance".

Et les mines garantissant ces conditions de production éthiques sont loin d'être légions. Et la concurrence est rude: ceux-ci doivent en effet satisfaire un nombre croissance d'entreprises (notamment dans la joaillerie pour l'or) souhaitant responsabiliser leur chaîne d'approvisionnement.

Fairphone a "appris de ses erreurs"

Mais la marque a "appris de ses erreurs" selon Bas Val Abel, notamment après l’arrêt forcé de la production du Fairphone 1. En cause : la pénurie de composants électroniques additionnée au coût trop élevé des pièces détachées. Cette fois, l’approvisionnement est sécurisé, assure la société.

L'objectif, pour le Fairphone 2, débarqué en France en septembre 2017 et vendu 525 euros, est d’en écouler 150 000 exemplaires par an contre 25 000 aujourd'hui. On est encore bien loin des millions d’Iphone vendus par Apple. Mais là n’est pas l’objectif, assure la marque, qui cherche au contraire à diminuer la consommation de portable en proposant un appareil qui dure et dont chaque pièce peut être remplacée facilement. En 2019, près de 5 milliards de personnes devraient posséder un téléphone portable dans le monde.

Marina Fabre @fabre_marina 


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