Publié le 24 mars 2021

ENTREPRISES RESPONSABLES

[Entreprise à mission] Pour la Maif, la solidarité se place avant la rentabilité

Des résultats en baisse par rapport à 2019 ? La Maif assume, elle le clame même haut et fort. Ce sont les conséquences des différentes mesures de solidarité prises depuis le début de la crise du Covid-19 et la preuve de l'engagement de l'entreprise sur le long terme. Cette semaine notre série sur les entreprises à mission se focalise sur "l’assureur militant".

Maif entreprise mission Alex Giraud MAIF
Si la Maif affiche un résultat net en baisse pour 2020, c'est notamment parce qu'elle a remboursé ses 2,3 millions d'assurés automobiles qui n'ont pas pu circuler en raison des mesures sanitaires liées au Covid-19.
Alex Giraud / Maif

"Un dirigeant peut-il être fier d'annoncer des résultats divisés par quatre ? Oui quand c'est la preuve que notre préoccupation était avant tout d'être solidaires ! Aussi bizarre que cela puisse paraître pour certains, nos résultats sont à la hauteur des objectifs que nous souhaitions atteindre : solidarité et participation à l’effort national".

C’est par ces mots que Pascal Demurger, directeur général de la Maif, a commenté les résultats 2020 du groupe d’assurance sur Linkedin, le 4 mars. Une position d'autant plus forte qu'elle a lieu en plein pendant la polémique Danone, dont le PDG engagé Emmanuel Faber a été remercié faute de résultats financiers suffisants. 

Un message crédibilisé par la société à mission

"Le fait d’être société à mission (depuis juillet 2020, ndr) amplifie le message et le crédibilise mais c’est surtout le résultat d’une culture d’entreprise partagée à tous les niveaux et qui nous a justement permis d’endosser avec légitimité cette qualité", assure le dirigeant à Novethic quelques jours plus tard. Car si les résultats plongent en 2020, c’est en grande partie parce que La Maif a décidé de rembourser 100 millions d’euros à ses 2,3 millions d’assurés automobile qui n’ont pas pris leur véhicule en raison des mesures de confinement.

"J’ai décidé cela dans la nuit du 24 mars. Le lendemain, je prévenais mon équipe de direction et cinq jours plus tard, je présentais la mesure au conseil d’administration. A chaque fois, la proposition, qui représentait presque le résultat net de 2019 (127 millions d’euros, ndr), a été accueillie avec enthousiasme", assure Pascal Demurger. "Cela s’est imposé comme une évidence car tous ont vu qu’il s’agissait de la seule chose à faire pour la Maif".

Cette mesure a été complétée par le maintien du salaire des collaborateurs sans recours au chômage partiel et des mesures de solidarité envers l'écosystème de l'assureur comme les carrossiers ou les réparateurs automobiles. Pour Dominique Mahé, Président du groupe, il s'agit d'un investissement de long terme qui va "conforter la fidélité et le sentiment d’appartenance des sociétaires, porteurs de développement pour l’avenir". En 2020, l’attractivité de la Maif a été supérieure au marché avec 66 000 nouveaux sociétaires et 200 000 contrats supplémentaires.

Créer un cadre favorable à l'entreprise à mission

Si la Maif a pu tenir cette conduite, c’est en grande partie en raison de son statut de mutuelle qui permet à l’entreprise de rendre compte à des sociétaires qui sont aussi des clients et non à des actionnaires, en recherche de dividendes, reconnait Pascal Demurger. "Société à mission ou pas, si nous avions été cotés, je ne suis pas sûr que j’aurais suscité le même enthousiasme car cela aurait entraîné une perte de dividendes".

"Malgré la possibilité de devenir société à mission, la loi Pacte n’a prévu aucun mécanisme pour protéger les entreprises qui privilégieraient le long terme. Il s’agit désormais de mettre en place un environnement fiscal et réglementaire qui privilégiera les entreprises alignant leur intérêt financier avec un impact social et écologique positif", prône-t-il dans une tribune publiée par Le Monde.

Cela implique "un changement radical, une nouvelle manière d’appréhender notre relation aux entreprises et à la création de richesses", plaide-t-il. A son échelle d’entreprise à mission, la Maif va ainsi proposer aux petites entreprises qui ont un label de responsabilité sociétale (type Lucie, Afnor ou B corp) des avantages tarifaires pour les assurances multirisques ainsi qu’un service d’accompagnement à la transition RSE.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud

 

Pour en savoir plus sur les sociétés à mission, consultez notre page pédagogique ! 


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Raison d etre cible Dilok Klaisataporn

Découvrez sept raisons d’être qui ont vraiment du sens

De plus en plus d’entreprises adoptent une raison d’être. Ce dispositif de la loi Pacte doit être un mantra de la structure sur son rôle dans la société, au-delà de ses seuls impératifs économiques. Si beaucoup sonnent creux, d’autres, issues de concertations globales avec les équipes, ont un sens...

Biodiversite nature renard Xeppo

Donner une valeur à la nature, le défi à relever pour les entreprises

Et si les services rendus par la nature ou les impacts des entreprises sur l’environnement étaient intégrés dans les comptes des entreprises ? Des méthodologies de comptabilité multi-capitaux, prenant en compte le financier, l’environnement et l’humain, ont vu le jour pour pousser les entreprises à...

Camif bannit produits hors union europeenne

Pour être plus responsable, Camif retire de son catalogue tous les produits fabriqués en dehors de l’Union européenne

C'est un changement radical pour Camif. Le distributeur de meubles et d'appareils électroménagers a banni de son catalogue tous les produits fabriqués en dehors de l'Union européenne. L'entreprise mise sur le local et le durable quitte à ce que cette décision plombe à court terme son bilan. Une...

RSE Adeolu Eletu on Unsplash

La RSE s'engouffre dans les Conseils d'administration des grandes entreprises

La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) atteint de plus en plus les Conseils d'administration du SBF 120. Dans une nouvelle étude, l’Institut français des administrateurs dessine la forte croissance des comités dédiés à la RSE dans les conseils, l'indexation sur des objectifs climatiques...