Publié le 07 juin 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

AG du CAC40 : la RSE, "moteur d’acceptabilité des rémunérations", selon Capitalcom

La saison des Assemblées Générales se termine. Contrairement à certaines anticipations, les actionnaires ont plutôt réaffirmé leur confiance envers les groupes du CAC40 et leurs dirigeants, note le cabinet de conseil Capitalcom. La prise en compte de la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) n’y est pas étrangère. Mieux intégrée dans la rémunération des dirigeants, elle leur a notamment permis d’être mieux acceptées par les actionnaires.

Danone AG 2018
Lors de son AG, Danone n'a pas expliqué les rémunérations de ses dirigeants. Celles-ci ont pourtant été approuvées avec plus de voix que l'an dernier.
@Danone

C’est l’un des phénomènes marquants de cette édition 2018 des Assemblées Générales du CAC40 : l’intégration de critères RSE se généralise dans la part variable de la rémunération des dirigeants du CAC40. Près de 70 % des grands groupes français étudiés par le cabinet Capitalcom (1), soit 18 groupes contre 12 en 2017, s’y sont ainsi pliés cette année. Certes, avec un "niveau de détails variable". 

Si certains se contentent de mentionner une présence de critères RSE, d’autres dévoilent un "pourcentage précis de prise en compte", généralement à hauteur de 30 ou 40% du variable. C’est le cas de Bouygues, Kering et Veolia.

Une forte attente des actionnaires

Cette généralisation est loin d’être anodine. Elle est un outil au service d’une "meilleure acceptabilité des rémunérations", selon Capitalcom. Or, il s’agissait d’un élément clé pour 2018."Tous les regards portaient cette saison sur les scores d’approbation des rémunérations des dirigeants et anticipaient une poursuite de la baisse amorcée depuis 2014. Le renforcement du caractère contraignant de la réglementation "Say on Pay" (droit de vote des actionnaires sur la rémunération des dirigeants, ndr) semblait devoir accentuer cette tendance à la baisse grâce à la prise de pouvoir des actionnaires sur ce sujet sensible", précise-t-il.

Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Par rapport à 2017, les taux d’approbation augmenté de 2 points, avec 88,53 % pour les rémunérations ex post (passées) et à 89,17 % pour celles ex ante (à venir). L’explication est multifactorielle. Selon Marie-Agnès Gallais, directrice générale de Capitalcom, elle est due aux "très bons résultats du CAC40 cette année, à une communication de plus en plus précise et transparente, mais aussi à la place de plus en plus importante des critères RSE".

Pour autant, l’effort des entreprises à l’égard de l’intégration des critères RSE doit être renforcé. "Les actionnaires restent en attente de précisions", souligne le cabinet. Sur les 22 questions posées au sujet des rémunérations, 32 % portent sur le calcul de la rémunération variable et les critères liés, en particulier sur le poids des critères RSE.

Un pas de plus vers la performance globale

Cette intégration de plus en plus large de critères extra-financiers dans la rémunération des dirigeants peut aussi être vue comme le symbole d’une prise en compte plus stratégique de la RSE. Preuve en est, seules un tiers des entreprises lui dédient aujourd’hui un temps spécifique, "gage d’une appropriation forte des enjeux de performance globale", selon Capitalcom.

À ce jeu, Engie, Legrand et Publicis sont distinguées comme les entreprises ayant la pensée la plus "intégrée" (integrated thinking), c’est-à-dire conciliant les dimensions financières et extra-financières dans leurs discours. Ces dernières ont notamment évoqué les risques et opportunités, un domaine très peu abordé par les autres groupes.

"C’est une partie où les entreprises doivent plus se dévoiler et il y a une certaine crainte concernant l’usage que pourraient en faire la concurrence, souligne Marie-Agnès Gallais. Les entreprises ne sont clairement pas à l’aise avec le sujet. Mais elles devront être prêtes l’an prochain car la déclaration de performance extra-financière leur demande expressément de présenter ces risques et opportunités dans leur rapport et en AG".

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) Le bilan Capitalcom des assemblées générales de 2018 porte sur les AG de 26 sociétés du CAC 40 qui se sont tenues en France entre le 12 avril et le 30 mai 2018. Sont exclus :  Airbus Group, Arcelor Mittal, Carrefour, Lafarge Holcim, Legrand, Pernod Ricard, Renault, Saint-Gobain, Sodexo, Solvay, STMicroelectronics, TechnipFMC et Total.

 

Focus : Le cas Danone

En revenant sur le projet économique et social du groupe, sa raison d’être, ainsi que sur son objectif d’être B Corp et de donner une action à l’ensemble des salariés, le patron de Danone, Emmanuel Faber, a frappé fort. Au point qu’aucune question n’a été posée oralement sur les rémunérations de ses dirigeants. "Danone est assez en avance sur la façon de penser et de présenter l’entreprise. Ce qui est intéressant, c’est que le groupe a délibérément choisi de ne pas parler de rémunération mais n’en a pas été pénalisée pour autant dans leur approbation", souligne Marie-Agnès Gallais, la directrice générale de Capitalcom.

La rémunération d’Emmanuel Faber a même été approuvé avec plus de voix que l’an dernier. Or, "le vote d’une rémunération est souvent le reflet du satisfecit sur la gouvernance en général. Les actionnaires de Danone ont voté pour un projet global et force est de constater que celui-ci intègre fortement la RSE, cela a certainement joué dans l’acceptabilité du projet".

 

 

 


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