Publié le 21 décembre 2021

ÉNERGIE

Les arrêts de réacteurs nucléaires révèlent les failles de la transition énergétique

EDF vient d'annoncer la mise à l’arrêt et la prolongation de l'arrêt de quatre des plus gros réacteurs de l’Hexagone, ce qui porte le nombre total de réacteurs hors d’usage à un tiers du parc. De quoi inquiéter à l’entame de l’hiver, période où la consommation d'électricité est la plus importante. La situation vient accentuer encore un peu plus la crise énergétique que nous traversons mais révèle aussi les failles d’une transition énergétique qui peine à se concrétiser et dont le citoyen paye les pots cassés.  

Centrale nucleaire de chooz edf CC0 Raimond Spekking
Des contrôles sur d'autres réacteurs nucléaires français du même type "pourraient s'avérer nécessaires", a estimé l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
@CCO / Raimond Spekking

16 sur 56 : c’est le nombre de réacteurs nucléaires à l’arrêt en cette fin décembre. Cela représente un tiers du parc alors que l’atome assure la majorité de notre approvisionnement en électricité. La semaine dernière, EDF a annoncé la mise à l’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Chooz dans les Ardennes jusqu’à la fin janvier, et le prolongement de l’arrêt de deux réacteurs de même type à Civeaux dans la Vienne, jusqu’au printemps, en raison de défaut de soudures. Or, ces deux centrales sont les plus puissantes du réseau (1 400 mégawatts) et aussi les plus récentes – elles ont été installées dans les années 90.

Jamais le nucléaire n’aura été aussi peu productif en période hivernale. Or les mois de janvier et février inquiétaient déjà RTE, le gestionnaire du réseau électrique, avant les annonces d’EDF. La situation révèle les failles de la transition énergétique, avec un mix encore trop dominé par le nucléaire et un retard important pris sur les renouvelables. 70 % de l'électricité française provient aujourd’hui du nucléaire, une part qui devrait baisser à 50% d'ici 2035. Tandis que les renouvelables fournissent aujourd’hui 26 % de l’électricité et devraient atteindre 40 % en 2030.

"C’est l'entêtement dans le nucléaire qui nous met dans cette difficulté"

"Je veux que l'on sorte de cette opposition stérile entre le nucléaire et le renouvelable. On n'a plus le temps avec ce genre de débat" a lancé la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, invitée de "Questions politiques" le 19 décembre . "Nous avons besoin de produire plus d’électricité, et cela demande de développer massivement les renouvelables. Si on en avait plus aujourd’hui, on aurait moins de problèmes pour passer l'hiver. Nous avons besoin de ce mix équilibré" a-t-elle expliqué.

"C’est l'entêtement dans le nucléaire qui nous met dans cette difficulté" tranche de façon plus directe Julien Bayou, le secrétaire général d’EELV, interrogé par France Info le 20 décembre. "D’autres pays, avec un mix énergétique plus varié, ont moins de difficultés. Là on a un avant-goût de l’intermittence que représente le nucléaire" lance-t-il ironiquement, en référence à l’intermittence des renouvelables, souvent dénoncée par les opposants à cette énergie.

Des contrôles sur d'autres réacteurs nucléaires français "pourraient s'avérer nécessaires", a estimé l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ces incidents surviennent alors qu’EDF est de plus en plus fragilisé. La ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher avait déjà suggéré fin novembre de "relever notre niveau d'exigence pour la disponibilité du parc". La semaine dernière, Barbara Pompili "a demandé à EDF de prendre toutes les mesures pertinentes pour renforcer à court terme la sécurité d'approvisionnement, ainsi que de mener un audit indépendant sur la maîtrise industrielle et l'optimisation des arrêts de réacteurs". Un point d'étape est attendu avant mi-mars.

Concepcion Alvarez @conce1


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