Publié le 18 janvier 2021

ÉNERGIE

Total quitte l'American Petroleum Institute, l’un des plus puissants lobbys pétroliers, pour des raisons climatiques

L’une des plus grandes majors au monde qui tourne le dos à l’un des plus puissants lobbys pétroliers au monde pour des raisons climatiques. Il y a quelques années, cela aurait été une bonne fiction. C’est en 2021 une réalité. Le pétrolier Total sort de l’API, principale organisation professionnelle du pétrole aux États-Unis, qui soutient des déréglementations environnementales et s’oppose à l’Accord de Paris.

Raffinerie Total de Port Arthur Texas Guillaume PERRIN TOTAL
Raffinerie Total à Port Arthur au Texas.
@GuillaumePerrin/Total

Le lobby américain de l’industrie pétrolière, l’American Petroleum Institute (API), est une institution. Créé en 1919, il a fait la pluie et le beau temps pour les énergies fossiles en Amérique du Nord, soufflant bien souvent à l’oreille des Présidents étasuniens les réglementations à adopter pour favoriser le secteur. Il parait inimaginable pour un pétrolier américain de quitter cette institution, mais pas pour le géant français Total. Le 15 janvier, le pétrolier a annoncé sa décision "de ne pas renouveler son adhésion pour 2021".

La décision est globalement saluée jusque chez les défenseurs de l’environnement et les investisseurs responsables. Ils reconnaissent qu’il s’agit là de bien plus qu'un effet d’annonce. Le pétrolier français explique revoir chaque année les positions climat des associations dont il est membre. Et l’API n’était plus aligné sur la vision de Total sur trois points : la déréglementation sur les émissions de méthane "auquel le Groupe s'est opposé en novembre 2019", l’opposition aux soutiens aux véhicules électriques et les écarts de position en matière de prix du pétrole.

En plus de  ces critères formels, Total dénonce le soutien de l’API à "des candidats qui s’étaient exprimés contre le soutien des Etats-Unis à l’Accord de Paris". Sachant que le candidat nouvellement élu, Joe Biden a assuré que sa première décision à la Maison Blanche sera de revenir dans l’Accord de paris. "Dans le cadre de notre Ambition Climat publiée en mai 2020, nous nous sommes engagés à nous assurer que les associations professionnelles auxquelles nous adhérons portent des positions et des messages alignés avec ceux du Groupe dans la lutte contre le réchauffement climatique (…) C’est un gage indispensable de la crédibilité de notre stratégie", écrit le PDG Patrick Pouyanné.

Pression sur les autres pétroliers

"Grande nouvelle ce matin que le major pétrolier français Total quitte l'API, citant sa position sur la politique climatique. Cela augmentera la pression sur des pairs comme Exxon qui affirment qu'ils changent l'API de l'intérieur", explique Andrew Logan, responsable des sujets pétrole et gaz pour Ceres, l’ONG spécialiste de l’investissement responsable. En effet, Total est la première major de la planète à tourner le dos à l’API.

En réalité, cela devrait avoir peu d’influence sur les grands acteurs américains - Exxon, Chevron,… - en revanche, l’initiative de Total met la pression sur les autres majors européennes, Shell, Equinor ou BP. Elles aussi affichent des engagements environnementaux. Elles assurent également mener une revue de leurs participations dans les associations professionnelles. Pour l’heure, selon Reuters, Shell juge que ses positions et celles de l’API ne sont pas si éloignées.

Par le passé, Total, Shell et BP se sont déjà retirés de l’American Fuel & Petrochemical Manufacturers (AFPM), le lobby américain pour la pétrochimie et le raffinage. L’entreprise française avait annoncé son retrait en novembre 2019, déjà pour des raisons environnementales. Une position qui avait surpris alors que Total possède l’immense raffinerie de Port Arthur au Texas et trois usines pétrochimiques.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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