Publié le 07 mai 2018

ÉNERGIE

[VIDEO] La Russie met à l’eau la première centrale nucléaire flottante pour alimenter des projets d'extraction en Arctique

Quand les Russes en ont parlé à la fin des années 2000, le projet semblait un peu fou. Pourtant, aujourd’hui la première centrale nucléaire flottante est sur l’eau. Elle recevra son combustible dans les mois à venir. Elle sera ensuite remorquée dans l’Arctique pour alimenter les sites d’extraction de pétrole et de gaz. 

Akademik Lomonosov centrale nucleaire Rosatom copyright ChristianAslungGreenpeace
L'akademic Lomonosov est une centrale nucléaire flottante russe d'une puissance de 70 MW.
@Greenpeace

Deux réacteurs nucléaires sur une barge flottante de 144 mètres de long et large de 30 mètres de large. Il y a plus de 10 ans que le spécialiste russe de l’atome, Rosatom, travaillait à ce projet. Le 28 avril, celui-ci est devenu réalité alors que le premier exemplaire, l’Akademik Lomonosov, a pris la mer.

Dans un premier temps, ce mastodonte va être remorqué jusqu’en Sibérie orientale, à Mourmansk, où les cuves des réacteurs seront chargées en combustible nucléaire. Il s’agit de deux modèles KLT-40S, d’une puissance unitaire de 35 MW. C’est une puissance faible comparée aux 1 000 à 1650 MW des réacteurs nucléaires modernes à terre. C’est toutefois suffisant pour alimenter une ville de 100 000 personnes, affirme l’industriel russe.

Mais la barge n’a pas été pensée pour alimenter des citoyens. C’est à des projets industriels d’extraction d’énergies fossiles dans les zones les plus isolées qu’elle délivrera son électricité et sa chaleur. Ainsi, une fois prêt, le navire sera remorqué à Pevek, le plus grand port de Sibérie orientale, une étape attendue pour l’été 2019.

Une fois connectée au réseau local, la barge remplacera "la centrale nucléaire de Bilibino et la centrale au charbon de Chaunskaya, technologiquement dépassées. Elle deviendra la centrale nucléaire la plus septentrionale (5 000 km au nord de Moscou, ndr) du monde", précise l’entreprise.

Dans la feuille de route russe, l’Akademik Lomonosov n’est que la première unité d’une série d’une flotte entière de "FNPP (Floating Nuclear Thermal Power Plant -  central nucléaire flottante) et constituera une nouvelle classe de sources d'énergie reposant sur la technologie russe de la construction navale nucléaire", explique Rosatom dans un communiqué. Les modèles suivants pourraient être plus puissants et plus compacts.

Crainte de Greenpeace

Le projet inquiète Greenpeace. Son expert nucléaire Jan Haverkamp déclare : "Cette centrale déplace la menace d'une catastrophe nucléaire dans les eaux fragiles de l'Arctique. Avec sa coque à fond plat et son absence d'auto-propulsion, c'est comme équilibrer une centrale nucléaire sur un radeau et la mettre à la dérive dans certaines des eaux les plus rudes du monde". L’ONG appelle la communauté internationale à "exiger de la Russie une évaluation et une surveillance complètes et indépendantes du transport, des essais et de l'exploitation de cette centrale nucléaire flottante".

Si l’Akademic Lomonosov est la première centrale nucléaire mobile capable de se relier à un réseau électrique côtier, ce n’est en réalité pas le premier réacteur atomique à sillonner les mers. La Russie dispose déjà de toute une flotte de brise-glace à propulsion nucléaire. Le plus puissant d’entre eux, le Sibir, équipé de deux unités de 30 MW a été mis à l’eau en 2017.

Il ne faut pas oublier les sous-marins à propulsion nucléaire ou les porte-avions. Le Charles de Gaulle français affiche une puissance 150 MW, tandis que des bâtiments américains vont bien au-delà. À moyen terme, la Chine devrait également développer des centrales nucléaires flottantes.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Emmanuel Macron et Jean Bernard Levy EDF Nucleaire GuillaumeSouvant AFP

Nucléaire : le PDG d’EDF assure qu’EDF restera un groupe "intégré", malgré la réorganisation demandée par le gouvernement

EDF restera un "groupe intégré" même s'il se réorganise à l'avenir pour assurer sa capacité d'investissement, a assuré jeudi 2 mai son PDG Jean-Bernard Lévy, qui doit présenter des propositions au gouvernement à la fin de l'année.

Centrale nucleaire urcisxtrime

[Édito vidéo] 50 % de nucléaire, une marche trop haute pour la France ?

Pas plus de 50 % de nucléaire en France. Tel est l’objectif de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Si en 2035, ce taux semble accessible, à plus long terme, ce seuil sera difficile à maintenir sans décider de nouvelles constructions dès 2021. Reste à savoir si Emmanuel Macron prendra cette...

Piscine la hague CA

Nucléaire : plongée dans l'un des plus grands centres de retraitement du monde, à la Hague

C’est la première fois que les déchets et matières radioactifs vont faire l’objet d’un débat national à l’occasion de la 5e édition du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Il débute ce 17 avril pour se terminer le 25 septembre. Pour comprendre ce que deviennent les...

Dechets nucleaire iStock Jumbo2010

Nucléaire : que faire des matières et déchets radioactifs ?

Enfouissement, entreposage en piscine ou à sec...Un débat public sur la gestion des matières et déchets radioactifs, commence ce mercredi 17 avril pour six mois. Au-delà des controverses techniques, il ambitionne de poser les bases d’un débat sur un choix de société : quel héritage voulons-nous...