Publié le 24 février 2020

ÉNERGIE

Le premier réacteur de Fessenheim, plus vieille centrale nucléaire de France, mis à l’arrêt définitif

Promesse de campagne de François Hollande, la fermeture de la centrale de Fessenheim a débuté samedi 22 février avec la mise à l’arrêt du premier des deux réacteurs. Si les antinucléaires se sont félicités de la fin de vie d’un équipement situé en zone sensible, les tenants du nucléaire dénoncent le sacrifice politique d’une arme essentielle pour préserver le climat.

La centrale de Fessenheim est entrée en service en 1977.
@ViolettaKuhn/DPA

Samedi 22 février à 2h00 du matin, le réacteur numéro 1 de la centrale de Fessenheim a émis ses derniers électrons sur le réseau électrique français. Sa chaudière nucléaire s'est ensuite arrétée après 43 ans de bons et loyaux services. "Il faut saluer le travail remarquable des équipes, ça a été un moment très fort en émotion dans la salle de commande", assure EDF dans un communiqué alors que des salariés menacer de ne pas réaliser cette opération. C’est la première fois qu’un réacteur du parc actuellement en service de 58 tranches est mis à l’arrêt définitivement. Le réacteur numéro 2 fonctionnera, quant à lui, jusqu’au 30 juin 2020. Il aura fallu neuf ans pour aboutir à ce résultat.

Cette décision a pour origine une promesse de campagne de 2011 de François Hollande. Dans le contexte d’une défiance envers l’atome après l’accident de Fukushima, le sort de l’installation électronucléaire alsacienne a été tranché sur l’autel d’un accord politique entre le parti socialiste et les verts. Mais une fois au pouvoir, la promesse de François Hollande a été confrontée à la complexité du réel.

Transition sociale et économique

Une telle fermeture a soulevé des questions d’équilibrage électrique dans la région. Elle a imposé de calculer les indemnités à verser à EDF, à l’Allemagne et à la Suisse (ces deux pays possèdent respectivement 17,5 % et 15 % de la centrale). Surtout, cela a demandé et demande encore l’accompagnement d’une période de transition alors que la centrale génère 650 emplois directs et plus de 2 000 indirects.

Ainsi, la mise à l’arrêt de la centrale a d’abord été annoncée pour 2016, puis décalé à 2017. Finalement, François Hollande laissera le dossier à son successeur, Emmanuel Macron. La parution dans le Journal officiel d'un décret qui "abroge l'autorisation d'exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim dont EDF est titulaire" est survenue le 19 février 2020. Pour de nombreuses ONG antinucléaires, il s’agit d’une décision évidente en raison de l’âge de cette centrale et de situation en zone sismique et en contrebas du grand canal d'Alsace. "Cette centrale est grabataire, cette centrale est dangereuse, ça fait longtemps qu'elle aurait dû fermer !", tempête le président de l'association Stop Fessenheim, André Hatz.

Chantier jusqu’en 2040

À l’inverse, ceux qui comptent le nucléaire au rang des énergies d’avenir dénoncent cette décision. "Lorsque l'on considère comme défi prioritaire la lutte contre les dérèglements climatiques, il n'est pas concevable d'arrêter aujourd'hui deux réacteurs nucléaires en très bon état et de continuer à produire de l'électricité à base de charbon sur le sol français jusqu'en 2024, voire 2026", critique Raphaël Schellenberger, député républicain du Haut-Rhin.

Cette fermeture n’est pourtant qu’une première étape. "Cet événement (...) constitue une première étape dans la stratégie énergétique de la France, qui vise un rééquilibrage progressif entre l'électricité d'origine nucléaire et l'électricité d'origine renouvelable", s'est félicité Matignon dans un communiqué.

Douze réacteurs supplémentaires doivent être arrêtés d'ici 2035. À Fessenheim va venir le temps du démantèlement. L'évacuation des combustibles usés devrait en effet intervenir à l'été 2023, puis la déconstruction durera jusqu'à 2040.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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