Publié le 30 juin 2020

ÉNERGIE

La centrale de Fessenheim est désormais à l'arrêt mais la reconversion industrielle n’est toujours pas là

Demandée dès l’accident de Fukushima en 2011, la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim est désormais effective. Si d’aucuns craignent une hausse des émissions de CO2 sur le territoire, d’autres sont soulagés de voir ce site situé en zone sismique et inondable à l’abri de tout accident. Sur place, la pression socio-économique monte alors qu’aucun plan de reconversion n’a encore été présenté.

La centrale Fessenheim démarrée en 1977 a été définitivement éteinte le 30 juin 2020.
@ViolettaKuhn/DPA/AFP

Dans la nuit du lundi 29 juin au mardi 30 juin, le second réacteur de la centrale de Fessenheim s’est arrêté, quelques mois après la première tranche en février dernier. Pour la première fois de son histoire, la puissance nucléaire française a baissé et le pays ne compte plus que 18 centrales nucléaires actives et 56 réacteurs. L’Hexagone reste le pays le plus nucléarisé au monde avec une part de l’atome dans le mix énergétique entre 70 et 75 %. En théorie, la France aurait dû rester à son plafond de puissance nucléaire de 63 GW, comme prévu dans la loi de transition énergétique, grâce à la mise en service du réacteur EPR de Flamanville.

Graph Fessenheim @Sophie RAMIS Paul DEFOSSEUX Adrien LAC AFP

Mais des malfaçons sur le chantier ont retardé le calendrier. Ce n’est désormais qu’en 2023 que le mastodonte normand produira ses premiers électrons, avec 11 ans de retard. Pendant ce délai, il va falloir compenser la puissance perdue. Si RTE, le réseau transport électrique, exclut tout manque d’électricité, il faudra tout de même compter sur la production renouvelable, les quatre centrales à charbon tricolore dont la fermeture est prévue pour 2022 et des importations de nos voisins européens. À commencer par l’Allemagne qui vient de mettre en service Datteln 4, une méga centrale à charbon de 1 100MW.

D’aucuns s’attendent à voir les émissions de CO2 de la France grimper. C’est le cas de Maxence Cordiez, ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Il écrit dans le journal de la Société Française d’énergie nucléaire (SFEN) que "La fermeture de Fessenheim entraînera un surcroît d’émission de gaz à effet de serre en Europe correspondant à plusieurs millions de tonnes équivalent CO2 par an, équivalent à 10-20 % des émissions annuelles totales d’une région comme l’Ile-de-France". Plus généralement, beaucoup de tenants du nucléaire et de politiques locaux regrettent de mettre à l’arrêt une centrale qui répond à tous les critères réglementaires de sûreté.

5 000 Alsaciens concernés

De son côté, Greenpeace se réjouit de cette mise à l’arrêt. "Pendant les 43 années de fonctionnement de Fessenheim, de nombreuses anomalies et failles de sûreté et de sécurité, mises en évidence par l’ASN et les associations antinucléaires, ont confirmé les inquiétudes du recours à l’énergie atomique", assure l’association écologique. Mais "la fermeture de Fessenheim n’a pas été correctement anticipée et préparée. La reconversion du territoire n’est que timidement amorcée, le sort des sous-traitants reste incertain. La fermeture a été subie par les acteurs du territoire", regrette-t-elle.

En effet, environ 1 000 travailleurs, salariés d’EDF et sous-traitants, vont quitter le site. Plus généralement, l’Insee calcule que 5 000 Alsaciens dépendent de la centrale. Le long démantèlement ne demandera la présence que d’une soixantaine de salariés d’EDF et d’une centaine de sous-traitants. Si les gouvernements successifs ont promis une reconversion industrielle, aucun projet concret n’est en place pour l’heure. Le plus avancé est celui d'Européenne de Biomasse, une société française de fabrication de granulé de bois qui envisage un investissement de 50 à 90 millions d’euros.

Claude Brender, maire de Fessenheim constate : "Il n'y a aucune perspective à court terme sur le bassin d'emploi de Fessenheim". "C'est quelque chose qu'on aurait dû commencer il y a 5 ou 10 ans pour être prêt aujourd'hui", regrette le président de la région Grand Est, Jean Rottner. Pour les tenants du nucléaire comme pour les opposants, cette mauvaise prise en compte de la dimension socio-économique de la fermeture doit servir d’alerte pour la suite car le site alsacien n’est qu’un début. Emmanuel Macron a promis la fermeture de 12 autres réacteurs d’ici 2035, ce qui devrait concerner les centrales de Gravelines, de Dampierre, du Bugey, de Cruas, du Tricastin, du Blayais et de Chinon.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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