Publié le 20 novembre 2020

ÉCONOMIE

Made in France : les relocalisations dans les secteurs stratégiques commencent enfin

Fini le temps de l'incantation. Bercy vient d'investir dans 31 projets de relocalisation en France. Création de la plus grande usine d'insectes au monde, investissement dans l'aluminium, développement des anti-cancéreux, sécurisation de l'approvisionnement de 12 médicaments clés... Le gouvernement a choisi des secteurs d'avenir "stratégiques et à forte valeur ajoutée". Il compte ainsi lancer une dynamique à l'heure où la tendance est à la réduction d'investissement pour compenser les pertes liées à la pandémie. 

Bruno Le Maire Agnes Pannier Runacher ERIC PIERMONT AFP
Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher visitent le nouveau site de l'entreprise Senior Aerospace Calorstat pour évoquer la relocalisation industrielle.
ERIC PIERMONT / AFP

Il a fallu le Covid-19 pour que la France prenne conscience de son extrême dépendance à des pays étrangers dans des secteurs pourtant stratégiques comme la santé. Pénurie de masque, de doliprane, de respirateur… Face à ce terrible constat, un maître mot : la relocalisation. Et ce nouveau credo porté par Emmanuel Macron prend enfin forme. Le 19 novembre, Bercy a dévoilé les 31 premiers projets de relocalisation qu’il soutient. Au total, le gouvernement a mis 680 millions d’euros sur la table, dont 140 millions débloqués dès cette année. 

Les projets ont été sélectionnés dans cinq secteurs stratégiques : la santé, l’agroalimentaire, l’électronique, les intrants essentiels (chimie, métaux, matières premières) et la 5G. "Il ne s’agit pas de tout relocaliser en France ou en Europe", avancent le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et la ministre chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher. "Il s’agit d’identifier et d’agir dans les secteurs d’avenir stratégiques et à forte valeur ajoutée", expliquent-ils. 

Projets de relocalisation

Sécuriser la production de médicaments

Ainsi, le gouvernement a retenu le groupe Seqens, leader mondial français de la synthèse pharmaceutique chimique. Son projet, baptisé High Potent consiste à créer un nouvel atelier de production de principes hautement actifs, dédié en priorité à la production d’antiviraux et d’anticancéreux. Un autre projet du groupe, visant à sécuriser la chaîne logistique de principes actifs entrant dans la fabrication de médicaments luttant contre le Covid-19, a également reçu le soutien du gouvernement. Ce projet permettra d’assurer l’approvisionnement de 12 médicaments clés qui ont connu des ruptures au plus fort de la crise. Un coup de pouce bienvenu alors que 80 % des principes actifs des médicaments en France sont produits hors d’Europe. 

Du côté de l’agroalimentaire, les projets sélectionnés par Bercy sont particulièrement verts. Le gouvernement va ainsi aider B&C Yes à créer un site industriel à Pontchâteau (Pays-de-la-Loire) pour fabriquer des produits vegan imitant la charcuterie et la viande. La gamme Kokiriki est issue de matières premières à 90 % d’origine française. Un projet qui permettra de "structurer la filière des protéines végétales en France". Pour aller encore plus loin dans la transition agroalimentaire, le gouvernement mise sur Innovafeed. Cette PME compte construire le plus grand site de production et de transformation d’insectes au monde alors que la France importe aujourd’hui plus de 50 % des protéines végétales nécessaires à l’alimentation animale.

Lancer une dynamique

Du côté des matières premières, ces "intrants essentiels à l’industrie", comme les appelle le gouvernement, Bercy table sur Trimet France. Alors que l’approvisionnement en aluminium a montré des signes de tension en France, l’État va aider le producteur français à moderniser son usine d’aluminium et la rendre moins polluante en transformant son système de captation des fumées. Autre innovation importante soutenue par le gouvernement : les microcomposants microLEDS à nanofils. Cette technologie de rupture développée par la startup grenobloise Aledia permet de produire des écrans bien plus performants en termes de qualité et de consommation énergétique que les écrans qui dominent actuellement le marché.

L’enjeu global pour le gouvernement est de lancer la dynamique autour de la relocalisation, alors que la tendance est plutôt à la baisse des investissements en raison de la pandémie de Covid-19.  "Les dirigeants ont le pied sur le frein", estime dans les Échos Marc Lhermitte. Le cabinet EY, dont il est associé, vient de publier un sondage auprès d’investisseurs internationaux qui montre qu’un tiers d’entre eux n’envisagent pas de changement majeurs dans leurs chaînes de production et d’approvisionnement. 

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

L’Europe appelée à créer une "pharmacie européenne d’urgence" pour assurer sa sécurité sanitaire

Pénurie de masques, antibiotiques périmés, antiviraux insuffisants... Le Covid-19 a mis en lumière la mauvaise gestion des stocks en matière de santé. Pour que cette situation ne se reproduise plus, le Parlement européen appelle à créer une "pharmacie européenne d'urgence" soit une réserve...

Automatisation, repli, coût... l'appel à la relocalisation confronté à d'importantes limites

Le Covid-19 a mis un coup de projecteur sur les défaillances des chaînes d'approvisionnement mondialisées dans des secteurs essentiels comme la santé. Emmanuel Macron a appelé à "rebâtir une souveraineté stratégique" en relocalisant certaines activités. Mais cet appel se heurte à de...

Plan de relance : la relocalisation des usines en France ne réduira pas drastiquement l'empreinte carbone du pays

La relance verte passe par la relocalisation d’usines sur le sol français pour réduire la part de nos émissions de CO2 importées – qui ont presque doublé entre 1995 et 2018. L'enjeu est de créer des emplois sur notre territoire en s'appuyant sur cinq secteurs stratégiques comme la santé,...

Avec le Coronavirus, la relocalisation vers la France pourrait (vraiment) avoir lieu

Le Covid-19 a mis un coup de projecteur sur les défaillances des chaînes d'approvisionnement trop éclatées. Un quart des entreprises envisagent désormais de relocaliser une partie de leurs achats en France ou en Europe pour sécuriser leur approvisionnement et limiter leur impact...

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Vaccin Covid 19 Byjeng

[Édito] Emmanuel Macron renonce au vaccin obligatoire pour ménager une opinion publique devenue sceptique à la science

Pour mettre fin à la pandémie mondiale du Covid-19, il faut que 80 % de la population soit immunisée. Une réalité atteignable en 2021 avec une vaccination massive. Mais le gouvernement prend le risque de retarder un retour à la normale en ne rendant pas cette vaccination obligatoire. Une trop forte...

Europe union europeenne artJazz

L’État de droit, pomme de discorde européenne en pleine négociation budgétaire du plan de relance

Avant la seconde vague de Covid-19, l’heure était à la relance économique et l’Union Européenne avait, pour la première fois, acté le principe d’un plan de 750 milliards d’euros qui doit apporter 40 milliards à la relance verte française. Mais la Pologne et la Hongrie ont bloqué le processus parce...

Elisabeth Borne Conference covid 12 novembre teletravail LudovicMarin AFP Pool

Le gouvernement maintient le confinement en l'état et appelle à un effort "citoyen" sur le télétravail

Comme promis, 15 jours après la mise en place du deuxième confinement, le gouvernement est venu devant les Français faire état de son effet sur l'épidémie de Covid-19. Si les signes sont positifs, il n'y aura pas d'allégement du dispositif alors qu'une hospitalisation due au Covid-19 a lieu toutes...

MSNBC coupe Trump Capture

Donald Trump, diffuseur en chef de fake news, battu par Biden et les médias traditionnels

Pendant quatre ans, Donald Trump aura publié plus de 10 000 tweets en tant que Président. Il s’est agi, en 140 signes, d’un savant cocktail d’affirmations plus ou moins fausses, souvent en majuscules et point d’exclamations. Longtemps les réseaux sociaux ont laissé ses messages se propager. Mais...