Publié le 25 novembre 2020

ÉCONOMIE

Les violences économiques faites aux femmes, une forme de violence conjugale méconnue

Impossibilité d'avoir accès à ses comptes, à son salaire, contrôle de toutes les dépenses par le conjoint... Les violences économiques sont une forme méconnue des violences conjugales. En ce 25 novembre, Journée internationale pour l'élimination de la violence faites aux femmes, la lutte contre ces violences n'a jamais été aussi importante alors que la pandémie les a accentuées.

Violences conjugales economiques Pixabay
Lors de la tenue de son Grenelle contre les violences conjugales, le gouvernement avait promis de s’atteler à la lutte contre les violences économiques.
CC0

Partout dans le monde, à l’ombre de la crise sanitaire, les violences conjugales explosent. Fin septembre, l’ONU femmes évaluait qu’en France, le nombre de plaintes ou d’appels aux autorités liés aux violences domestiques avait augmenté de 30 %. "À toutes celles qui ont encore peur de quitter leur foyer, je veux qu’elles sachent qu’elles ne se retrouveront pas seules, quand elles claqueront la porte de leur domicile", a prévenu Emmanuel Macron sur Twitter à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence faites aux femmes. Mais les freins sont nombreux. À commencer par les violences économiques, une violence conjugale particulièrement méconnue. 

Une domination financière 

Car au-delà des coups portés (violence physique), des insultes (violence psychologique), du viol conjugal (violence sexuelle), la perte totale d’indépendance financière participe au système d’emprise dans lequel la femme touchée est enfermée. Concrètement il s’agit pour le conjoint d’empêcher sa partenaire d’utiliser son salaire, de contrôler ses dépenses, d’engager des crédits à son insu, de lui interdire de travailler, de lui retirer un accès à son compte en banque… Une domination financière dont il est difficile de se libérer.

"L’auteur de violences économiques peut commencer par réaliser des opérations bancaires importantes sans consulter sa conjointe ou exiger des justificatifs de ses dépenses, ne donner qu’un montant minime par semaine ou par mois", explique dans une tribune l’avocate spécialiste Janine Bonaggiunta, qui a notamment défendu Jacqueline Sauvage. "Cette situation, qui est très brutale, accentue l’isolement et l’endettement qui rend difficile pour ces femmes de sortir de l’emprise et de s’échapper - sans carnet de chèques, sans carte bancaire, sans revenus", plaide-t-elle.

La reconnaissance des violences économiques en cours

Lors de la tenue du Grenelle contre les violences conjugales, il y a un an, le gouvernement avait promis de s’atteler à la lutte contre ce type de violence. La députée européenne En marche, Chrysoula Zacharopoulou voulait codifier cette violence dans la loi afin de permettre des poursuites, former les banques pour prévenir les risques, ou encore créer un fonds d’indemnisation. Pour l’instant, les amendements visant à reconnaître les violences économiques ont été refusés par le gouvernement mais un groupe de travail issu du Grenelle des violences conjugales se penche sur le sujet.

En attendant, en juin dernier, une mesure visant à permettre aux femmes victimes de violences conjugales d’être plus indépendantes financièrement a été publiée dans le Journal officiel. Ce dispositif, permet de débloquer par anticipation de l’épargne salariale. Une personne pouvait déjà débloquer son épargne salariale en raison d’un mariage, d’un divorce ou d’un Pacs. Elle pourra désormais le faire en cas de violences conjugales. Une avancée qui ne pourra bénéficier qu’à une partie des victimes puisque 51 % d’entre elles n’ont pas d’emploi. 

Marina Fabre, @fabre_marina 


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