Publié le 18 juillet 2022

ÉCONOMIE

Rendez-vous ratés avec les limites planétaires : l'alerte était lancée dès 1972 par le rapport Meadows

Des entreprises inscrivent leurs actions dans le cadre des limites planétaires. Elles sont considérées comme des pionnières alors que ce réflexe aurait pu être instauré depuis 50 ans, si on avait suivi le rapport Meadows. En 1972, des chercheurs du MIT avaient alerté sur les risques d’une croissance économique infinie dans un monde aux ressources limitées. Toute la semaine, Novethic revient sur ces rendez-vous historiques ratés avec l’écologie qui auraient pu être déterminants pour nos modes de vie.

Denis Meadows Ok
En 1972 le rapport Meadows a eu l'effet d'une bombe.
COO

Les entrepreneurs de la Convention des Entreprises pour le Climat veulent "réinventer l'entreprise, l'aligner sur les limites planétaires et entrer dans une économie régénérative". Même discours de Fabrice Bonnifet, président du Collège des directeurs de développement durable (C3D), pour qui "réinventer le business à l'aune des limites planétaires est inévitable". Des appels qui font échos à ceux de l’ONU qui prône une transformation en profondeur de notre façon de produire, distribuer et consommer. Des recommandations qui avaient déjà été clairement formulées par le rapport Meadows, 50 ans auparavant.

Sorti en mars 1972, le livre est publié en France sous le titre "Les limites de la croissance (dans un monde fini)" coécrit par les époux Meadows, Donella et Dennis, et Jorgen Randers. Le but du rapport commandé par le Club de Rome était de s’interroger sur les limites de la croissance économique.

La réponse est implacable : une société qui consomme et produit toujours plus, pollue aussi toujours plus et sera confrontée à la raréfaction des ressources. Ainsi, les auteurs du rapport estiment que quels que soient les scénarios envisagés, la croissance infinie se heurtera nécessairement à des pénuries de matières premières.

En 1972, ils estiment que le monde dispose de 50 ou 100 ans avant d’être confronté à un manque de ressources non renouvelables, à commencer par le pétrole, le gaz, les minerais ou même l’eau. Les auteurs de l’ouvrage conseillent donc aux dirigeants de réguler la croissance s’ils ne veulent pas assister à une multiplication des crises, des famines et même des guerres.

En pleine Trente glorieuses, une difficile remise en question 

Lors de sa sortie, le livre fait un tabac. Il s'agit cependant surtout d'un succès de librairie. En pleine Trente glorieuses, les usines tournent à plein régime pour satisfaire les aspirations de la société de consommation. Dans ce contexte, une remise en question du modèle basé sur une croissance infinie du PIB est peu audible. "Quand j’ai fait cette étude, confie Dennis Meadows à France Culture, je n’avais que 29 ans, j’étais jeune et naïf, et je pensais que si je publiais mes recherches, on en tiendrait compte, on agirait en conséquence, comme quand on voit un iceberg en bateau et qu’on le contourne, c’était mon espoir. Mais voilà, 50 ans après, les dégâts s’empilent les uns sur les autres et nous entrons dans une ère de bascule".

Aujourd’hui, l’idée d’un monde plus sobre en ressources fait toutefois son chemin. Les appels à des restrictions de consommation se multiplient. Récemment, 84 dirigeants d'entreprise ont appelé à "faire de la sobriété énergétique un choix collectif". Ces entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire, mais aussi des dirigeants de grandes entreprises comme Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, Hélène Bernicot, directrice générale du Crédit Mutuel Arkéa, ou encore Pascal Demurger à la tête de l'assureur Maif encouragent à "passer d’une "sobriété d’urgence", subie, à une sobriété organisée".

Le rapport Meadows qui conseillait déjà aux dirigeants de ne pas courir après la croissance, reste une référence pour le monde économique. "Les travaux de recherches sur ces thèmes sont plus nombreux mais ils restent encore minoritaires", indique Dominique Méda, directrice de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (Iris). Reste à espérer que les recommandations soient maintenant mises en application.

Mathilde Golla @Mathgolla


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