C'est la chute d'un géant. WeWork auparavant valorisé à 47 milliards de dollars a déposé le bilan lundi 6 novembre. Une descente aux enfers pour l'ancienne star du coworking mais surtout le symbole de la faillite des marchés financiers qui ont investi des milliards dans une entreprise qui n'avait aucune rentabilité dont le business model restait à prouver.
C’est une entreprise de gestion immobilière qui s’est déguisée en licorne* de la tech. Une "startup alimentée par la poussière de lutin de la Silicon Valley", titrait même le Wall Street Journal en 2019. L’entreprise en question est WeWork, le géant américain du coworking. Chouchoute des marchés pendant une décennie, la startup est aujourd’hui en faillite. Lundi 6 novembre, elle a déposé le bilan et été placée sous la protection du régime des faillites, le fameux Chapter 11 américain. La procédure ne concerne pour l’instant que le marché américain et canadien du groupe, le reste des "opérations mondiales vont se poursuivre comme d’habitude", a annoncé le groupe. 
L’annonce était attendue, son cours ayant été suspendu à la Bourse de New York toute la journée. Début août WeWork avait déjà averti le gendarme boursier américain, la SEC, qu’elle craignait pour sa survie : "Il existe un doute substantiel sur la capacité de l’entreprise à poursuivre ses activités". Fin octobre, l’ex-champion lourdement endetté a déclaré n’avoir pas réussi à payer ses intérêts et indiqué avoir entamé des discussions avec ses créanciers. Un retard tel que l’agence de notation Standard and Poor’s l’a classé dans la catégorie "défaut partiel". Deux jours plus tard, le Wall Street Journal et l’agence Reuters révélaient que l’entreprise envisageait une procédure de mise en faillite.


Une chute de 99% de sa valeur


Il faut dire qu’après avoir atteint des sommets avec une valorisation à 47 milliards de dollars, la chute est plus que lourde pour WeWork qui a perdu, en seulement un an, 99% de sa valeur. L’idée était pourtant belle : louer des immeubles, les transformer en espace de coworking ambiance "startup", avec baby-foot et tireuses à bières, et les sous-louer à des indépendants. Si le Covid-19 et la culture du télétravail ont mis un frein aux belles ambitions de WeWork, les facteurs de sa descente aux enfers sont plus nombreux. Son histoire est même devenue un cas d’école qui a inspiré une série sur Apple TV+, WeCrashed. 


Pendant des années, l’entreprise a multiplié d’énormes levées de fonds, poussées notamment par le japonais Softbank et des investisseurs aveuglés par les grands discours d’Adam Neumann. Le PDG de WeWork, véritable gourou au charisme magnétique, relate la presse américaine, est très controversé pour sa gouvernance et ses excès alimentés par l’alcool. The Guardian résume sèchement : "Les ambitions de Neumann étaient aussi ridicules que sa personnalité".


La bulle éclate 


Car en 2019, la bulle éclate. Alors qu’Adam Neumann, veut introduire son entreprise en Bourse, des documents remettent en question le business model de l’entreprise. WeWork est allée trop vite avec ses 777 bureaux dans 39 pays et plus de 900 000 postes de travail. Si au début Adam Neumann se focalisait sur des "petits" locataires, il a voulu cibler des grands groupes comme Amazon ou Microsoft. Or, en pleine crise immobilière, le départ d’un seul "grand" locataire met en péril toute la location d’un immeuble. D’autant que les baux de WeWork courent sur du long terme, restant sur les bras de l’entreprise quand les locataires s’en vont.


La gestion d’Adam Neumann est alors remise en cause. Le PDG est poussé à la sortie avec un parachute doré de 1,7 milliard de dollars en 2021. C’est SoftBank qui sauve les meubles et réinjecte alors 5 milliards supplémentaires. Mais la bulle dégonfle en seulement deux mois, signe au départ de la valorisation trop excessive d’une entreprise non rentable. Finalement, en 2021, WeWork fait son entrée en bourse avec une valorisation ramenée à 120 millions de dollars.
WeWork n’est pas tout à fait mort pour autant. Le premier locataire de New York envisage une restructuration de sa dette. C’est David Tolley, le PDG de l’entreprise qui a émis cette idée lundi soir après l’annonce du dépôt de bilan. Un accord d’aide à la restructuration a été signe avec les "créanciers clés" a t-il indiqué. 
*Une licorne est une startup valorisée à plus d’un milliard de dollars et pas (encore) cotée en bourse

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