Orly, c’est fini… Air France a annoncé le 18 octobre dernier le transfert de ses vols domestiques de l’aéroport Orly vers Roissy d’ici à 2026. À l’exception de ceux vers la Corse. Et cela s'effectuera au profit de Transavia, sa filiale low-cost plus rentable sur ce marché des vols intérieurs. 

Une page vieille de 70 ans se tourne. À compter de l’été 2026, les avions de la compagnie Air France quitteront définitivement le tarmac de l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne), où ils étaient présents depuis 1946. L’annonce a été faite par la directrice générale d’Air France Anne Rigail le 18 octobre dernier lors du comité social et économique. La raison de cette décision ? "Une chute structurelle de la demande".
Au total, six lignes à partir d’Orly seront supprimées : trois vers l’Outre-mer (Pointe-à-Pitre, Fort-de-France et Saint-Denis de la Réunion), et trois autres en France métropolitaine (Toulouse, Marseille et Nice). Sauf une exception, les liaisons vers la Corse. "Conformément au cahier des charges de la Délégation du Service Public (DSP) : les liaisons Air France de/vers la Corse resteraient assurées depuis Paris-Orly", peut-on lire dans le communiqué d’Air France.

Un changement des usages


Pour Air France, il s’agit avant tout d’un "plan d’adaptation", car la compagnie peine à retrouver les niveaux de fréquentation d’avant 2020 sur les courtes liaisons. "Le développement de la visioconférence, la réduction des déplacements professionnels sur le domestique et le report vers le train (…) conduisent à une chute structurelle de la demande sur le réseau domestique point-à-point d’Air France", a justifié la compagnie, qui a déjà réduit son nombre de rotations quotidiennes entre Orly et Marseille, aujourd’hui réalisable en train en 3h15.
"Entre 2019 et 2023, la baisse du trafic sur les liaisons domestiques au départ d’Orly est de -40%, et même de -60% pour les allers-retours dans la journée", a révélé la compagnie, expliquant cette désaffection à "l’effet de sobriété et des politiques de RSE des entreprises". Cela correspond pour Air France à la perte d’environ 400 000 voyageurs. Des chiffres cohérents avec ADP, le gestionnaire des aéroports de Paris, qui lors des neuf premiers mois de l’année 2023 n’a retrouvé sur les liaisons intérieures que 75,7% des passagers comparés à 2019. 

Le pari du low-cost


Ces mauvais résultats pèsent sur la santé du groupe, l’obligeant à accélérer cette réorganisation engagée dès 2020. Mais hors de question de quitter l’aéroport d’Orly. Il est inimaginable pour Air France d’abandonner ses slots – créneaux de décollage – au profit de la concurrence. Son transfert vers son hub de Roissy s’effectuera donc au profit de sa filiale low-cost, Transavia.
La compagnie à bas coût deviendra "l’opérateur de référence du groupe Air France au départ de l’aéroport Paris-Orly (…) et poursuivra sa trajectoire de développement, notamment grâce à la montée en puissance de sa nouvelle flotte". Transavia, qui compte aujourd’hui 71 appareils, devrait à terme reprendre les liaisons vers Toulouse, Marseille et Nice, tout en ouvrant vers de nouvelles destinations afin d’utiliser les slots laissés par Air France.
Une trajectoire à l’opposé de ce que préconisent certains experts du climat. L’aérien est aujourd’hui l’un des secteurs les plus pointés du doigt pour son impact environnemental. En France, il représente 7,3 % de nos émissions de carbone. Or, si l’on souhaite atteindre la neutralité carbone, comme ratifié par l’Accord de Paris, il faudrait diminuer le nombre de passagers entre 2,5 et 4% par an, selon l’étude publiée en 2020 par le cabinet B&L. Le but étant de réduire de moitié le nombre de passagers d’ici 20 ans maximum. Les comptes ne sont donc toujours pas bons.
Blandine Garot

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