Publié le 04 septembre 2015

ISR / RSE

Charbon : un risque pour les investisseurs selon Standard & Poor’s

Le charbon peut constituer un investissement risqué. C’est ce qu’affirme l’agence de notation Standard & Poor’s dans un rapport publié fin août. En cause : la demande, plus faible que prévue, qui va continuer à décliner et la montée en puissance du débat sur le réchauffement climatique avec son lot de mesures environnementales. La sortie de ce rapport intervient alors même que les États-Unis et la Chine sont d’ores et déjà en train de se détourner de la plus polluante des énergies fossiles. Explications.

Siège de l'agence Standard and Poor's à New-York.
mixmotive / istock

Un porte-voix symbolique. Alors que la campagne sur le désinvestissement des énergies fossiles menée par plusieurs ONG - dont 350.org - tente de convaincre les investisseurs de se désengager des compagnies de pétrole, de gaz ou de charbon, largement émettrices de CO2 1, avec un certain succès, l’agence de notation Standard & Poor’s enfonce le clou et alerte sur le risque que représente le charbon.

Dans un rapport publié le 28 août, Standard & Poor’s analyse ce marché en déclin et prévient que certains investissements peuvent s’avérer risqués et ne pas être rentables. "Le marché du charbon a changé. Les entreprises minières doivent faire face à un effondrement des prix, dans un contexte déjà tendu et avant même que les gouvernements ne multiplient les mesures de lutte contre le réchauffement climatique", explique ainsi Michael Wilkins, co-auteur de l’étude, en charge de la recherche sur l’environnement et les infrastructures au sein de Standard & Poor’s.

 

Prix du charbon : -20 % en un an

 

Depuis début 2012, le prix du charbon a été divisé par deux, et il a perdu 20 % en 12 mois seulement. En cause, une demande plus faible que prévue et une production qui elle, reste soutenue. Les chiffres du bilan énergétique des pays du G20, dévoilés par le cabinet Enerdata en juin, montrent en effet un recul de la consommation de charbon au sein des pays du G20. Parmi eux la Chine, qui représente 45 % de la consommation mondiale, semble avoir franchi le pic de sa demande.

Pendant huit ans, la demande en charbon chinois a été importante, dépassant les 7 %. Mais pour la première fois, l’année dernière, elle s’est réduite, passant à 3,5 %. Pékin, soucieux de la pollution de l’air, est en train de prendre des mesures environnementales fortes et est même devenu en 2014 l’un des plus gros investisseurs dans les énergies renouvelables, au détriment du charbon.

Aux États-Unis, le Clean Power Plan, dévoilé début août par Barack Obama, s’attaque lui aussi au charbon.  Il prévoit la fermeture d’un tiers des centrales au charbon, qui reste encore la première source d’énergie dans une vingtaine d’États, malgré un recul là aussi de la consommation.

 

Davantage de fermetures de mines que de créations

 

Des annonces qui viennent fragiliser encore un peu plus une industrie vacillante. De 2003 à 2014, il y a eu plus de fermetures de centrales au charbon que d’ouvertures, avec une différence de 22 % selon le rapport "Boom and Bust : Tracking The Global Coal Plant Pipeline", publié en mars dernier par le réseau de chercheurs Coalswarm et l’ONG américaine Sierra Club. Par ailleurs, le Dow Jones Total Market Coal Sector Index, l’indice boursier qui rassemble les entreprises minières, affiche une baisse de 76 % sur cinq ans.

"À court terme, les mines de charbon vont devoir trouver des moyens de faire face à un prix plus faible. Nous pouvons dès lors nous attendre à de nouvelles fermetures et faillites", assure Elad Jelasko, analyste chez Standard & Poor’s. L’agence de notation n’enterre pas le charbon pour autant. Aujourd’hui, on compte 1 200 centrales au charbon dans le monde, dont 800 rien qu’en Chine et en Inde. Les décisions de ces deux géants seront donc déterminantes pour l'avenir du secteur. Un avenir que les industriels savent menacé, mais dans lequel ils veulent continuer à avoir toute leur place.

"La transition énergétique va prendre du temps et le charbon va continuer à faire partie du mix énergétique jusqu’en 2050", réagit Brian Ricketts, secrétaire général d’Euracoal, une association européenne d'industriels du charbon. "Comme le dit à juste titre le rapport de Standard & Poor’s, faute d’alternative viable, le charbon constitue pour l’heure l’énergie la plus accessible et la moins coûteuse. Il pourra par ailleurs jouer un rôle dans un monde décarboné si le captage et stockage de CO2 réussit à faire ses preuves aux États-Unis ou au Canada. Parallèlement, les industriels du charbon développent des technologies pour réduire les émissions et améliorer l’efficacité énergétique. Ce qui importe, au-delà d’un risque carbone avéré ou non, c’est que les décideurs s’assurent qu’il y ait des investissements suffisants pour que le secteur du charbon puisse se moderniser."

 

15 entreprises minières obtiennent une mauvaise note

 

En attendant, Standard & Poor’s a analysé 21 entreprises minières à travers le monde. 15 d’entre elles se sont vues attribuer une note qui se situe dans les obligations dites spéculatives, c'est-à-dire représentant un risque important pour les investisseurs. Les placements les plus risqués concernent les centrales les moins propres, ne répondant pas aux normes environnementales en cours ou à venir. Or, les auteurs du rapport, qui s’appuient sur des données publiées par BP, estiment qu’entre 50 et 60 % des réserves connues sont de médiocre qualité et constituent donc un risque. Elles sont principalement situées en Russie, aux États-Unis, en Chine, en Allemagne ou encore en Indonésie.

"Nous avons remarqué que les investisseurs sont très actifs sur cette question : ils cherchent à céder ou à vendre leurs actifs dans l’industrie du charbon. D’autres tentent également de diversifier l’activité des entreprises exclusivement dédiées à cette énergie. Il y a un réel changement d’attitude de la part des investisseurs institutionnels. Et cela est notamment dû à la campagne de désinvestissement menée par les ONG", explique Michael Wilkins de Standard & Poor’s.

La France, de son côté, continue de tergiverser sur la promesse du président Hollande de mettre fin aux garanties à l’export pour les projets de centrales à charbon les plus polluantes.

 

[1] Le charbon représente 41 % des émissions de CO2

Concepcion Alvarez
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