Publié le 23 février 2015

ISR / RSE

Attentes des Français en matière de RSE : priorité aux mesures sociales

À quelques jours d’intervalle, deux baromètres tentent d’identifier les attentes des Français en matière sociale, environnementale et de gouvernance (ESG) vis à vis des entreprises. Cette année, la tendance est claire : les Français attendent les entreprises en priorité sur le terrain social.

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ʺLa demande à l’égard des entreprises est claire : ne pas nuire, contribuer à la vie sociale et assurer le progrès environnemental et sociétal ! Les enjeux liés à la sécurité et la santé s’imposent.

L’équité, l’intégration des jeunes et la question du bien-être au travail, viennent bien avant les enjeux environnementaux et sociétaux, l’emploi figurant à un niveau élevéʺ, c’est ce que pointe la première édition d’une étude publiée par l’observatoire des enjeux RSE publiée en février 2015 par l’Institut RSE.

 

Une demande sociale plus forte que l'attente environnementale

 

Selon un sondage réalisé fin 2014 pour ce cabinet de consulting(1), les 5 enjeux de RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) les plus importants aux yeux des Français sont, dans l’ordre: assurer la sécurité des consommateurs et des salariés (39%), maintenir ou augmenter les effectifs de l’entreprise (37%), réduire et gérer ses déchets, surtout les plus dangereux (37%), partager équitablement la valeur créée (32%) et favoriser la vie locale où l’entreprise est implantée.

Les attentes environnementales – comme contribuer à diminuer les émissions de CO2 (22%) – sont bien plus faibles.

C’est aussi ce que note un autre observatoire, celui de la performance responsable, au cours d’un sondage réalisé à la même période(2), mais cette fois par Capitalcom. ʺLes sujets prioritaires pour le grand public sont la santé et le bien-être au travail, l’emploi et le développement économique local. Le grand public se désintéresse sensiblement des impacts environnementaux des activités des entreprises: le premier enjeu environnemental concerne l’innovation produitsʺ, analyse l’agence de communication.

 

Les entreprises plus optimistes que les Français sur la prise en compte des enjeux RSE

 

Surtout, pour Capitalcom, ce qui importe c’est que l’on ʺconstate désormais une corrélation entre le niveau des attentes et la rentabilité estimée pour les entreprises. Tous secteurs confondus, l’analyse comparée des enjeux pour le grand public et pour les entreprises – dite "analyse de matérialité" – fait apparaître une convergence d’intérêts sur 4 thématiques phares: santé et bien-être au travail, emploi et développement économique local, produits accessibles et à bénéfices environnementaux. Il y a aussi une relative cohérence entre ces 4 thématiques et les objectifs chiffrés du CAC40 en matière de RSE."

Un tableau un peu trop idyllique, selon l’Institut RSE. Car le cabinet de consulting insiste, lui, sur le grand écart observé entre la perception du public et celle des acteurs de la RSE sur à la fois l’importance et la réalité des enjeux. ʺIl y a des décalages significatifs entre l’appréhension des enjeux RSE par la communauté économique(3), plutôt pro-environnementale, et la communauté grand public qui exprime nettement une demande sociale dont elle dit qu’elle n’est pas assumée aujourd’hui au travers de la RSE en France.ʺ

Ce décalage est particulièrement marquant pour les émissions de CO2, qui arrivent en 2e position des préoccupations des cadres dirigeants et en 7e position du grand public, ou l’innovation en produits et services responsables (3e chez les cadres et 8e chez le grand public). Mais aussi concernant l’emploi: le maintien ou l’augmentation des effectifs n’apparaît ainsi qu’en 8e position des préoccupations RSE des cadres dirigeants !

Par ailleurs, la problématique des relations équitables entre les donneurs d’ordres et les fournisseurs (notamment les PME) est largement sous-estimée par les Français. En fait, la communauté économique ʺa le sentiment de contribuer beaucoup plus au social/sociétal que l’opinion ne le perçoit !ʺ, juge l’Institut.

  

La corruption, un enjeu émergeant  

 

Les deux observatoires se rejoignent toutefois sur une autre tendance: la montée en puissance de l’enjeu corruption et évasion fiscale. ʺLes récents scandales en matière d’éthique des affaires semblent en effet avoir significativement dégradé la perception des Françaisʺ, note Capitalcom.

Et pourtant, selon l’agence de notation extrafinancière Vigeo, qui a analysé les résultats de l’enquête à l’aune de sa propre expertise, ʺmalgré de fortes marges de progrès, cet enjeu reste l’un des mieux maîtrisés par les entreprises françaises ʺ, du moins si l’on prend en compte les systèmes de contrôle et la formation mis en place…

(1) Sondage réalisé auprès de 1032 personnes représentatives de la population française en décembre 2014 effectué par Opinion Way pour le compte d’Institut RSE. (2) Enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la société française (1003 répondants) par Internet, du 25 novembre au 1er décembre 2014, pour le compte de Capitalcom.
(3) Panel de la communauté économique: 4000 cadres dirigeants sondés par Internet et ayant suscité 80réponses exploitables.    

Béatrice Héraud
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