Publié le 20 juillet 2015

EMPREINTE TERRE

Center Parcs, villages Décathlon... Les implantations commerciales à l’épreuve du débat environnemental

Pour coller avec une image de services verts, de grands projets d’aménagements commerciaux (Center Parcs, Villages Décathlon) ciblent des zones préservées. Cette stratégie immobilière est cependant dénoncée par les associations environnementales locales, qui multiplient les recours juridiques pour s’opposer à l’artificialisation des milieux. Face au nombre croissant de blocages, à l'image de celui entourant le projet de l'aéroport de Notre-dame-des-Landes, "un droit d’initiative" pourrait bientôt permettre d’obtenir une consultation publique en amont de ces projets commerciaux.

Les oppositions aux grands projets d’aménagements commerciaux se durcissent. Les quatre projets de Center Parcs actuels font tous l’objet de recours juridiques portés par des associations écologistes (le projet de Center parcs dans l'Isère vient de subir un coup d'arrêt juridique). Le même sort est réservé aux projets de "villages sportifs" de Décathlon à Orléans et à Montpellier.

Ces implantations commerciales visent en effet des dizaines d’hectares de forêt ou de zones périurbaines agricoles et boisées : 200 hectares de forêts pour le Center Parcs de Roybon dans l’Isère, 24 hectares de terres cultivées pour le lotissement commercial de Décathlon en périphérie de Montpellier.

Pour justifier l’urbanisation de ces espaces préservés, les aménageurs affichent une étiquette verte, avec des espaces dédiés aux loisirs de plein air, voire une étiquette services d’intérêt public avec la création d’équipements sportifs ou touristiques.

 

Chronique d’une opposition annoncée

 

Mais cet affichage ne résiste pas aux critiques écologistes locales. Informées tardivement du processus d’urbanisation, "les associations environnementales sont mises devant le fait accompli, et n’ont d’autre choix que de multiplier les recours juridiques", explique Florence Denier-Pasquier, juriste et vice-présidente de France Nature Environnement (FNE).

À Montpellier, Jean-Michel Helary, de SOS Lez Environnement, une association locale mobilisée contre le village Décathlon, raconte comment il a découvert le projet grâce à un panneau sur le terrain à construire. Seule occasion de débat, l’enquête publique est favorable au projet malgré 80 % de contributions opposées à la création du village commercial, composé - entre autres enseignes - d’un Décathlon et d’une jardinerie Truffaut.

Depuis, un collectif de 13 associations environnementales s’est créé et multiplie les recours juridiques et les contre-expertises, portant notamment sur des espèces protégées oubliées dans l’étude d’impact environnemental, et sur une sous-estimation des risques d’inondation liés à l’imperméabilisation des sols.

 

Des impacts environnementaux sous-évalués

 

L’histoire se répète à chaque projet : les études d’impact environnemental arrivent tardivement dans les procédures d’autorisation, et en sous-évaluent les répercussions. Les enquêtes publiques sont par ailleurs très largement favorables, malgré les oppositions locales.

Seules les actions juridiques permettent aux associations de faire entendre leur voix. Après un recours devant la Cnac (Commission nationale d'aménagement commercial), le collectif Pour un site préservé entre Loire et forêt (SPLF 45) a réussi à faire valoir que la surface en zone humide détruite par Décathlon à proximité d’Orléans ne serait pas de 1 500 mais de 85 000 m2. La Cnac a annulé l’autorisation commerciale en novembre 2014.

Quant aux Center Parcs, "la destruction de milieux forestiers pour y implanter un demi-millier de cottages, avec une piscine chauffée dans une bulle tropicale, est une absurdité", souligne Michel Dubromel, vice-président de FNE. L’association a déposé des recours contre les quatre projets en France.

Ces projets sont aussi synonymes d’extension des réseaux routiers, d’approvisionnement en eau et d’assainissement, autant d’aménagements qui ont des impacts sur les milieux : "Dans le Jura, Center Parcs devra aller chercher de l’eau à 20 km !", s’indigne Michel Dubromel, "et aux frais du contribuable, puisque que ce sont les collectivités locales qui paient".

 

Un marché de l’immobilier commercial sur le dos des collectivités

 

C’est un autre aspect largement critiqué par les associations écologistes : la rentabilité de ces projets commerciaux repose sur les financements publics. Le Ceser (Conseil économique social et environnemental) de Midi-Pyrénées ne dit pas autre chose sur le projet de Center Parcs de Lot et Garonne, lorsqu’il s’étonne "d’une telle mobilisation de fonds publics pour assurer le financement d’un projet privé à vocation purement commerciale".

Et le Ceser de disqualifier d’un revers de la main les promesses de 300 emplois créés : "Si l’on devait prendre en compte le ratio aides publiques/emplois créés, (soit environ 130 000 € par emploi), le même niveau d’investissement, consenti sur ce territoire au profit des acteurs locaux, pourrait certainement générer une autre dynamique de développement, porteuse d’un nombre d’emplois plus conséquent".

Outre l’argent public, les écologistes dénoncent des stratégies immobilières très efficaces, avec l’achat bon marché de terrains non constructibles, qui sont ensuite transformés pour être loués au prix fort à des enseignes commerciales de loisirs, de jardinerie, de culture...

"La forêt ne coûte rien, mais Center Parcs loue ensuite des espaces au prix fort", souligne Michel Dubromel. À Orléans, Fabrice Tassard, de SPLF 45, explique que Décathlon a acquis les terrains pour 2,4 € le m2, alors qu'ils valent aujourd’hui près de 50 fois plus.

En bref, la rentabilité repose parfois moins sur l’activité commerciale que sur l’opération immobilière et la captation d’argent public. Un argument que même la Cnac a retenu contre Décathlon à Orléans, en pointant le risque de friche industrielle, face à la quantité d’enseignes sportives (dont 3 magasins Décathlon) existant déjà dans l’agglomération.

 

L’amélioration du débat environnemental en souffrance

 

C’est bien pour éviter ces situations de blocage, qui caractérisent les grands projets d’aménagement, que François Hollande avait promis, à la suite de la mort de Rémi Fraisse, tué par les forces de l’ordre à Sivens, le lancement d’un chantier sur le débat environnemental.

Parmi les propositions, un "droit d’initiative" a en particulier été salué par les associations : il permettrait aux citoyens de réclamer une consultation publique en amont du lancement d’un projet. Mais les organisations écologistes restent dans l’expectative, car les nouvelles procédures seront traduites par des ordonnances dans la loi Macron : "Il n’y aura aucun contrôle sur le contenu des ordonnances, ce qui pose un problème démocratique", épingle Florence Denier-Pasquier de FNE.

Pour l’instant, les associations environnementales ont même perdu du terrain. Depuis le 1er janvier 2015, elles ne peuvent plus déposer de recours devant la Cnac.

Magali Reinert
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