Publié le 24 janvier 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Démission de Carlos Ghosn : Renault doit éviter la sortie de route sur la question des indemnités de départ

Carlos Ghosn, PDG de Renault a annoncé sa démission, après deux mois d'incarcération au Japon. Le Conseil d’administration du constructeur se réunit ce jeudi 24 janvier pour acter son départ. C’est un duo Thierry Bolloré/Jean-Dominique Senard qui est pressenti pour le remplacer. Reste les épineuses questions des droits à la retraite et de la rémunération du président sortant dans un contexte de grogne sociale…

Carlos Ghosn (à droite) a démissionné de son poste de PDG de Renault. Thierry Bolloré (à gauche) va prendre la direction générale.
@AFP

[Mis à jour le 24 janvier 2019] Le PDG du constructeur automobile français Renault, Carlos Ghosn, incarcéré au Japon depuis plus de deux mois, a démissionné jeudi 24 janvier. Philippe Lafayette, l'administrateur référent de l'entreprise, a reçu hier soir la lettre de démission de l'homme d'affaires. Le ministre de l'Économie a déclaré qu'en tant qu'actionnaire de référence, l'État sera "extrêmement vigilant sur les conditions de départ de Carlos Ghosn qui seront fixées par le conseil d'administration".

Alors que le conseil d'administration, réuni le même jour, s'apprête à nommer un nouveau Président, celui-ci va devoir être très vigilant sur les conditions de départ de l'ancien patron. Car il y a un vrai risque de dérapage incontrôlé du gouvernement français, actionnaire de référence de Renault, et des actionnaires en pleine crise sociale des Gilets jaunes. 

Un million d'euros

Des tensions pourraient faire jour concernant le coût du départ du dirigeant. S’il semble acté que Carlos Ghosn ne touchera pas d’indemnité de départ, ses droits à la retraite et sa rémunération différée pourraient dépasser le million d’euros. Un montant difficilement acceptable au vu des soupçons judiciaires qui pèsent sur Carlos Ghosn.

Selon Les Echos, le calcul de ces rémunérations s’apparenterait à un véritable "casse-tête" car celles-ci sont soumises "à des conditions de performance et/ou de présence dans la société" donnant lieu à interprétation. Premier volet de ces rémunérations, les droits à la retraite. Ils sont soumis à une condition de présence et d’ancienneté de cinq ans. S’il bénéficiait entièrement de ces droits, le dirigeant, qui va avoir 65 ans, devrait percevoir près de 800 000 euros par an.

Mais c’est surtout sur le salaire variable que le dirigeant doit toucher au titre de l'année 2018 que cela se complique. Finalement acté en Assemblé générale en juin dernier malgré des contestations fortes, celui-ci avait été plafonné à 100 % de son salaire fixe, soit près de 1 million d’euros. Selon les calculs des Echos, il pourra toutefois ne pas dépasser le quart de ce montant, une grande partie étant comptabilisée en actions, dont le bénéfice est lié à des critères de présence dans l’entreprise. Et pour qu’il soit approuvé, il faudra passer sous les fourches caudines des actionnaires en Assemblée générale.

Les actionnaires en arbitre

Enfin, si le futur ex-PDG ne devrait pas toucher d’indemnité de départ, il pourrait toutefois percevoir une indemnité de non-concurrence. En théorie, cela pourrait représenter deux ans de rémunération brute totale. Mais, là encore il faudrait pour cela que les actionnaires approuvent un tel "parachute" en Assemblée générale.

À l’inverse, le magnat de l’automobile pourrait avoir à rembourser près de 8 millions d’euros qui lui auraient été "indûment versés" par une filiale de l’alliance établie au Pays-Bas, selon les dirigeants de Nissan et Mitsubishi. Les deux constructeurs envisagent de porter plainte pour récupérer la somme.

Un tandem pour une meilleure gouvernance

Pour ce qui est de l'entreprise, c’est un tandem composé de Thierry Bolloré, adjoint et dauphin désigné de Carlos Ghosn, et de Jean-Dominique Sénard, patron de Michelin, qui est pressenti pour prendre les commandes du constructeur. Le premier serait directeur général, le second président. 

Bercy a délimité les contours de leur périmètre : "le président s'occupe de la stratégie de long terme, le directeur général de l'entreprise au jour le jour", a ainsi déclaré le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Une organisation qui permettrait de répondre aux critiques sur la gouvernance du constructeur sur la concentration des pouvoirs chez un seul homme.

Béatrice Héraud @beatriceheraud 


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