Publié le 09 octobre 2020

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

[Édito] "Too big to manage", la fin des conglomérats

"Trop grand pour être managé", les conglomérats industriels géants qui ont fait la puissance de nations occidentales vivent des heures difficiles. Devenus des entités tentaculaires, tous passent depuis quelques années au peigne fins leurs actifs afin de savoir ce qui est réellement stratégique. La réorganisation d’un Engie, le démantèlement d’un Siemens, l’agonie d’un GE, les scandales d’un Samsung le prouvent chaque jour. Mais du côté de la tech, d’autres mastodontes les remplacent.

La fin des conglomerats metamorworks
Plusieurs des grands conglomérats mondiaux procèdent à une revue de leurs actifs stratégiques.
@metamorwork

L’ère des grands conglomérats, cette concentration dans une entreprise d’activités très différentes, semble avoir fait son temps. En occident et dans l’est-asiatique, plusieurs d’entre eux ont engagés ou subi une cure de rationalisation de leurs branches, leurs filiales et leurs participations. La question sous-jacente étant de se rappeler quel est leur cœur de métier. En France, le cas d’Engie en est un nouvel exemple.

Après une décennie de croissance dans de multiples directions, l’entreprise veut resserrer son activité. C’est la feuille de route donnée à la future directrice générale Catherine MacGregor qui va devoir procéder à des cessions et se concentrer sur les infrastructures et les renouvelables. Les services à l’énergie, la gestion de bâtiments et de quartiers, le nucléaire… autant de métiers qui vont devoir être élagués. C’est dans ce but aussi que le groupe a accepté l’offre de Veolia de racheter ses parts dans le spécialiste de l’eau et des déchets Suez.

Allemagne, France, Japon…

Outre-Rhin, c’est le vénérable Siemens, fondé en 1847, qui symbolise ce changement. Lundi 28 septembre, la branche Siemens energy a été séparée du groupe et introduite en bourse. En France, c’est Alstom qui a (mal) vécu sa séparation entre énergie et transports. Aux États-Unis, l’immense américain General Electric, GE, à l’agonie depuis des années, procède à des dizaines de milliards de dollars de cession d’actifs. Au Japon, les Zaibatsu (Mitsubishi, Sumitomo..), et en Corée du Sud, les Chaebol (Samsung, LG, Daewoo…) subissent les mêmes cures d’amaigrissement.

Beaucoup de ces conglomérats, dans un souci de croissance désordonnée, sont devenus trop complexes à gouverner, faute de synergies. Une gouvernance impossible qui bien souvent a prêté le flanc à des controverses industrielles (Siemens dans la mine d’Adani en Austalie) ou de mauvaises pratiques sociales (Samsung et les accusations de violation des droits humains), voire des affaires de corruption.

Les géants de la tech

Des conglomérats d’un genre nouveau font toutefois leur apparition. Portés par la transition numérique de l’économie, les entreprises de la "tech" sont à leur tour devenues des mastodontes. Google, Facebook, Amazon ont réussi à faire grossir leur cœur de métier (moteurs de recherche, publicité sur Internet, réseaux sociaux, e-commerce) et ont démultiplié leurs activités. Google en est un bon exemple : mobilité autonome, biotechnologies, drones, téléphonie, domotique, intelligence artificielle…

En 2015, la firme de Mountain View a même dû créer une holding, baptisée Alphabet, pour structurer toutes ces différentes activités. Le même type de stratégie se retrouve chez Amazon, Facebook. Mais elles ne reproduisent pas complétement le modèle de leurs ainées. Ces entreprises encore jeunes sont nées dans une économie déjà financiarisée et ont fait du capital une arme d’expansion de leur business model, et s’assurent d’être toujours ultra attractives pour les investisseurs. Il n’y a pas d’actifs non stratégiques.

Seuls maîtres à bord

L’autre avantage est leur relative jeunesse qui fait que les fondateurs détiennent dans la plupart des cas une large majorité des droits de vote. Cela permet une gouvernance plus pertinente sur ce qu’est réellement le "core business" de l’entreprise et permet de créer de réelles synergies. Ainsi Mark Zuckerberg détient toujours la majorité des droits de vote de son entreprise et est seul maître bord. Elon Musk qui a rejoint Tesla en 2008 réussit à créer une galaxie industrielle en déployant des activités de l’automobile vers le stockage d’énergie et l’espace (SpaceX).

Eux-aussi pourraient toutefois finir par être démantelés. Les autorités de part et d’autre de l’Atlantique regardent avec méfiance ces géants. D’une part pour leurs pratiques managériales parfois controversées, mais aussi pour le risque qu’ils font peser sur la concurrence.

Arnaud Dumas @ADumas5 et Ludovic Dupin @LudovicDupin


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