Publié le 20 décembre 2018

FINANCE DURABLE

Rapport Canfin/Zaouati : des idées pour financer un plan vert à 10 milliards d’euros en France

Bousculée par le mouvement des gilets jaunes qui remet en cause son modèle de développement économique et urbain, la France s’interroge sur le financement d’une transition juste sur un plan social. Dans ce contexte, Pascal Canfin, Directeur général du WWF, et Philippe Zaouati, Président de Finance for Tomorrow, ont remis un rapport aux ministres de l’Économie et de la Transition écologique, pour mobiliser 10 milliards d’euros d’investissements privés.

Fonds transition ecologique Zaouati Canfin
Bornes électriques, méthanisation, énergies renouvelables et rénovations des logements... il manque 10 à 30 milliards par an pour financer ces grands chantiers.
DR

Selon le panorama des financements climat d’I4CE, 41,2 milliards d’euros ont été consacrés au financement de la transition en 2017, investissements des particuliers compris. C’est mieux que les années précédentes, mais les écarts avec les besoins restent compris entre 10 et 30 milliards d’euros par an (voir tableau ci-dessous). De leur côté, les investissements plutôt nuisibles au climat seraient toujours de l’ordre de 70 milliards d’euros par an. Ce gap est un nouvel angle d’attaque sur le financement de la transition juste.

C’est tout le sujet du rapport de Pascal Canfin, Directeur général du WWF et Philippe Zaouati, Président de Finance for Tomorrow et Directeur général de Mirova, commandé par les ministères de l’Économie et de la Transition énergétique. Remis le 14 décembre à Bruno Lemaire et Francois de Rugy, entourés des secrétaires d’État, Brune Poirson et Emmanuelle Wargon, ce document d’une centaine de pages décrit les mécanismes qui permettraient de mobiliser 10 milliards d’euros d’investissements privés.

Tableau I4CE écart transition écologique

Évaluation des besoins de financement de la transition - Source : I4CE Institute for Climate Economics

Maximiser l’effet de levier des fonds publics

Selon les auteurs, il faut trouver des "dispositifs financiers innovants de partage du risque, pour maximiser l’effet de levier des fonds publics". Ils ont rédigé une demi-douzaine de recommandations concernant la "mise en place d’instruments financiers et d’un dispositif destiné à amplifier l’implication des investisseurs privés dans le financement de filières de transition dans lesquels ils ne sont pas encore assez présents". L’idée est, à l’image du plan Juncker en Europe, d’attirer les financements privés en investissant d’abord de l’argent public.

Pour faire jouer de 1 à 10 cet effet multiplicateur, leur idée forte est de mettre en place une nouvelle structure, appelée "France Transition". Elle agrégerait les moyens et compétences d’ores et déjà mis au service de la transition par les institutions publiques, que sont la Caisse des dépôts, BPI, l’AFD et l’ADEME. "France Transition" se verrait confier un mandat du gouvernement pour "identifier les besoins et préfigurer les instruments financiers pour chaque secteur, au regard des besoins de la transition, dans une optique de maximisation de l’effet d’additionnalité financière et environnementale".

Analyser et identifier les besoins

Concrètement, elle analyserait les déficits d’investissement au regard des objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone et identifierait les structures de financement. Mais elle laisserait ensuite aux quatre organisations concernées la mise en œuvre opérationnelle. Un domaine concerné serait par exemple l’agroécologie pour laquelle le rapport estime qu’il faudrait convertir 700 exploitations au bio sur la période 2019-2021. Autre sujet : l’installation sur tout le territoire français de 15 500 bornes de recharges pour voitures électriques dont le montant pourrait dépasser le milliard d’euros.

Les ministres ont remercié chaleureusement les deux figures emblématiques de la finance climat française ainsi que leurs deux rapporteurs (Laurene Chenevat pour Mirova et Guilain Cals pour l’Ademe) pour la qualité de leur travail. Ils leur ont donné rendez-vous début janvier, après analyse des services concernés pour décider de la suite à donner. La Caisse des dépôts et BPI, ont toutes les deux déjà fait savoir qu’elles n’étaient pas favorables à ce projet de "France Transition". Elles sont elles-mêmes en train de structurer leurs politiques de financement de la transition au sein de leurs organisations.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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