Publié le 20 avril 2020

FINANCE DURABLE

Le Covid-19 freinera-t-il la financiarisation de l’économie ? Les actionnaires en décideront

En stoppant net l’organisation mondiale d’entreprises qui ont externalisé au maximum leurs activités dans des pays à bas coût et à faible fiscalité , la crise du COVID-19 a montré aux citoyens du monde entier les rouages d’un système dont ils pourraient ne pas espérer le retour. Dans cette période de remise à plat de l’économie, les Assemblées générales de grands groupes montreront jusqu’à quel point le primat actionnarial peut être bousculé par d’autres parties prenantes.

Le capital au 21e
Le capital au XXie siècle est l’adaptation du livre éponyme de l’économiste Thomas Piketty.

Le débat autour du monde d’après crise sanitaire n’oppose pas seulement des scenarios économiques, environnementaux et sociaux mais trouve aussi une traduction très concrète dans les nombreux bras de fer qui émergent autour du versement des dividendes ou des engagements climatiques à demander aux entreprises bénéficiant de l’aide de l’État. Les défenseurs d’un monde d’après plus durable ont publiquement regretté que le nouveau projet de loi de finances se contente d’inciter les entreprises à renforcer leur politique RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et climat, sans les obliger à le faire.

Cette consécration des démarches volontaires des entreprises laisse présager le retour de réflexes dangereux pour l’émergence d’un monde plus résilient. La mobilisation de tous les moyens financiers pour relancer une machine à l’arrêt, sans lui demander d’effort au nom de la préservation de l’emploi, est préoccupante. D’autant plus que celles dont l’activité pose les problèmes environnementaux les plus importants profitent de la crise pour essayer d’obtenir de l’argent public et un allègement de leurs contraintes environnementales. Selon l’ONG environnementale Mighty Earth, c’est particulièrement vrai pour les lobbys américains de l’agro-industrie, de l’automobile, de l’aéronautique et des énergies fossiles et les responsables de la déforestation en Indonésie.

Demander des comptes aux entreprises

Les Assemblées générales des grandes entreprises cotées qui vont se tenir dans les semaines à venir vont mettre au pied du mur leurs actionnaires. Seront-ils capables de sacrifier leurs dividendes sur l’autel de la transformation durable dont 2020 leur offre la possibilité ? C’est ce qu’espère Fiona Reynolds, la directrice des Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) : "Il est temps, pour nous, de demander des competes aux enterprises dont nous sommes actionnaires pour qu’elles soient plus durables à long terme et qu’elles mettent en oeuvre ce capitalisme des parties prenantes, proné par la Business RoundTable". Cette organisation, qui rasssemble les plus grandes entreprises américaines, a appelé l’été dernier à ce que l’entreprise ne se contente plus de servir l’actionnaire mais répartisse mieux la valeur économique créée.

Dans une phase d’assèchement des revenus des entreprises parce que production et consommation sont à l’arrêt sur une bonne partie de la planète, la capacité des actionnaires à renouveler leur vision de l’entreprise sera clef. C’est en leur nom qu’ont été externalisées tout ce qui peut l’être dans des pays à bas coût et que bon nombre d’entreprises recourent massivement à l’optimisation fiscale pour maintenir des niveaux de profitabilité élevée dans des périodes de croissance faible. Jusqu’où les risques sanitaires, environnementaux et sociaux générés par ce modèle toujours en position de force, seront-ils encore acceptés ?

C’est le débat que vont devoir affronter les actionnaires des grands groupes cotés lors des prochaines Assemblées générales. Il va prendre de multiples formes mais pour le groupe pétrolier français Total, il a d’ores et déjà conduit à une grande première : le dépôt d’une résolution climat. Les votes de tous les grands fonds qui en sont actionnaires seront scrutés attentivement, plus particulièrement ceux qui appartiennent à la coalition Climate Action 100 +, une coalition d’actionnaires engagés pour transformer les entreprises le plus polluantes de la planète.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles


Découvrez l'Essentiel de la Finance Durable


FINANCE DURABLE

Finance durable

La finance durable est un pan de la finance qui s’attache à prendre en compte des critères ESG, c’est-à-dire liés à l’environnement, au social et à la gouvernance. La finance durable regroupe l’ISR (investissement socialement responsable), la finance solidaire, la finance verte et plus généralement de l’investissement responsable.

Avec son modèle disruptif, Tesla devient le constructeur le plus cher du monde

Tesla semble avoir passé la crise du Covid-19 sans heurts, et a même vu son cours de Bourse atteindre des sommets. Le constructeur américain, qui va annoncer ses résultats du deuxième trimestre, est depuis quelques semaines devenue la première capitalisation boursière automobile du monde, devançant...

Carte bancaire CCO

Plusieurs banques s’allient pour renforcer la souveraineté européenne des moyens de paiement

La crise sanitaire a mis en relief la dépendance du Vieux Continent aux systèmes de paiement internationaux. Seize banques de la zone euro se sont associées pour proposer une solution purement européenne, proposant notamment une carte bancaire et un portefeuille électronique. Elles sont activement...

Entrepot amazon jordan stead

Amazon lance un fonds de deux milliards de dollars pour réduire son empreinte carbone

Le géant américain de l’e-commerce et des services informatiques vient de créer un fonds d’investissement pour financer des technologies permettant de réduire les émissions de CO2. Ce fonds doté de deux milliards de dollars vient compléter l’engagement pris par Amazon à l’automne dernier d’atteindre...

BlackRock wikicommons 01

La médiatrice de l'UE ouvre une enquête sur un contrat attribué à BlackRock par la commission européenne

La médiatrice de l'Union européenne veut interroger la Commission sur sa décision d'attribuer un contrat à BlackRock. La mission du groupe américain consiste à réaliser une étude sur la prise en compte des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans la supervision bancaire.