Publié le 26 août 2019

FINANCE DURABLE

Le ciment, prochain combat des investisseurs responsables

C’est le deuxième secteur industriel le plus émetteur de gaz à effet de serre. Une coalition d’investisseurs donne un coup de projecteur au secteur du ciment, pour enjoindre les entreprises à atteindre la neutralité carbone en 2050. CRH, LafargeHolcim, HeidelbergCement et Saint-Gobain sont ciblés, pour savoir quelles mesures concrètes ils mettent en place pour verdir leurs activités.

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La fabrication du ciment représente 7 % des émissions mondiales de CO2 du fait de l'activité humaine.
@HeidelbergCement

Cette fois, ce n’est pas le secteur du pétrole et gaz qui se retrouve dans le viseur des investisseurs. Une coalition de gérants d’actifs représentant 2000 milliards de dollars d’actifs sous gestion a décidé d’interpeller le secteur des cimentiers sur leurs émissions de gaz à effet de serre. Et ce n’est pas un hasard s’ils ont choisi de cibler cette industrie, qui se trouve en deuxième place du podium des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre.

Le ciment, qui ne représente que 7 à 20 % de la composition du béton, est responsable de 95 % de l’empreinte carbone de ce matériau de construction. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’industrie du ciment est responsable de 7 % des émissions de CO2 dues à l’homme dans le monde.

Quatre multinationales ciblées

Les signataires de la lettre, tous membres de Climate Action 100+ et du groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique (IIGC, Institutional Investors Group on Climate Change), demandent aux industriels du ciment d’établir leur feuille de route pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Quatre multinationales des matériaux de construction sont particulièrement visées : l’irlandais CRH, le franco-suisse LafargeHolcim, l’allemand HeidelbergCement et le Français Saint-Gobain.

Le passage à l’action est urgent pour les cimentiers. Le renforcement des réglementations fait peser un risque important sur son modèle économique. C’est le cas en Europe. Un rapport rédigé par l’IIGCC sur les attentes des investisseurs pour le secteur de la construction, remarque que le marché carbone a longtemps été favorable aux cimentiers. Considéré comme un secteur à risque de délocalisation, il a bénéficié de plus de permis d’émissions que les autres secteurs, lui permettant de les revendre à d’autres industriels. Mais ne l’incitant pas suffisamment à se transformer. La phase 4 sur le système européen d’échange de quotas carbone pourrait bousculer ce schéma en 2021.

Urgence à agir

"Les grandes économies comme le Royaume-Uni ou la France adoptent de plus en plus des objectifs de neutralité carbone, rappelle Stephanie Pfeifer, directrice générale de l’IIGCC. Le secteur du ciment doit prendre les devants sur la profonde transformation à laquelle il est confronté, en s’attaquant aux obstacles à la décarbonisation à court-moyen terme, si les entreprises veulent s’assurer d’un futur."

Matériaux de substitution au klinker (la matière première du ciment), nouveaux équipements moins énergivores, recours aux énergies renouvelables… Des solutions existent déjà pour réduire l’empreinte carbone de ces industriels. Restent à ce qu’ils les mettent en œuvre, et c’est ce que la coalition veut vérifier. Dans son document sur les attentes des investisseurs, l’IIGCC demande aux entreprises d’assurer une bonne gouvernance du risque climatique, de se fixer des objectifs à court, moyen et long terme de réduction de leurs émissions, basés sur des solutions scientifiques, et d’être transparents sur leurs activités de lobbying liées au climat et sur l’impact du risque climat sur leur organisation.

Arnaud Dumas @ADumas5


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