Publié le 02 mai 2019

FINANCE DURABLE

L’impact positif, nouveau Graal de la finance

La recherche de l’impact positif de l’investissement gagne l’ensemble de la finance. Des sociétés de gestion spécialisées aux plus grandes banques, toutes les institutions financières veulent en être. Un marché que le GIIN (Global Impact Investing network) estime à 502 milliards de dollars, avec une croissance extrêmement rapide. Mais, pour l’instant, il n’existe pas de définition harmonisée de cette pratique.

Finance a impact MarharytaMarko
la finance à impact représenterait déjà plus de 500 milliards de dollars.
@MarharytaMarko

Après l’investissement socialement responsable (ISR), l’heure est à la finance à impact positif. Selon le GIIN, le Global Impact investing network, le marché est en ébullition depuis son apparition il y a un peu plus de dix ans. Dans son dernier rapport d'avril 2019, il l’estime à quelque 500 milliards de dollars (1). Avec une nette prédominance du marché américain, qui concentre 60% des 1 340 acteurs recensés comme ayant une pratique "d’impact investing".

La France, et plus généralement l’Europe, suivent le mouvement. Des pionniers comme Citizen Capital aux banques classiques comme BNP Paribas en passant par des fonds de pension comme PGGM, des sociétés de gestion comme Sycomore ou M&G Investments...les acteurs financiers clament désormais que l’avenir de la finance durable est dans l’impact positif des investissements sur l’économie réelle, les hommes et la planète.

G I I Nfinal

Une contribution positive pour la planète et les populations

Il ne s’agit plus simplement à montrer que l’activité menée ou financée n’a pas causé de tort à la planète ou à la société. Il faut prouver qu’elle apporte des effets positifs (en contribuant à développer la biodiversité, les énergies propres, l'accès à la santé ou l’insertion des personnes éloignées de l’emploi par exemple), les quantifier et les projeter dans l’avenir.

Une ambition qui permet de redonner du sens à un secteur en quête de respectabilité auprès d’une population de plus en plus en demande de transparence sur la gestion de son argent et de son allocation vers l'économie réelle et durable.

Il n'existe pas à ce jour de définition officiellement actée de la finance à impact. Pour autant, quelques éléments clés se dégagent pour en délimiter les contours. L’intention d’abord : le financement ou l’investissement dans une activité doit être motivé par l’objectif de contribuer à réduire ou résoudre un problème social ou environnemental et non par le seul rendement financier, même si celui-ci reste recherché. Pas question de philanthropie ici. L’additionnalité ensuite : il va falloir montrer que cet impact n’aurait pas été possible sans le financement ou l’investissement dans l’activité. Cela suppose à la fois de la transparence et des outils de mesure (sur les bénéfices et les bénéficiaires), deux autres éléments clés de la finance à impact pour assurer sa crédibilité et son efficacité.

Garantir le changement d’échelle sans lui faire perdre son intégrité

Comme pour la finance verte, une clarification s'impose. Elle permettra de "garantir le changement d’échelle de la finance à impact sans lui faire perdre son intégrité", souligne le GIIN. Sans oublier d'offrir une meilleure évaluation du marché. Le GIIN précise que son estimation du marché comprend une marge d’erreur de plus ou moins 10 % du fait de l’interprétation laissée aux investisseurs sur ce qui relève de l’impact investing ou pas. Le cas le plus parlant étant les green bonds ou les investissements dans les énergies renouvelables que les investisseurs peuvent circonscrire à la seule finance verte sans l’intégrer dans leur déclaration d’impact investing.

Plusieurs projets en cours tentent  donc de clarifier la donne. Le Global Impact investing network, qui fait référence sur la question au niveau international, vient de publier un travail dans lequel il essaie de définir plus précisément ces différents éléments au cœur de l’impact investing et leur portée. Autre projet international porté par les poids lourds du secteur (GIIN, PRI, UNEP-FI, GRI, SASB), celui de l’Impact management project qui travaille plus spécifiquement à établir un consensus sur la mesure - plus complexe que pour la finance verte car touchant à des problématiques multiples, notamment sociales, plus difficiles à évaluer - et le reporting.

Au centre de ces travaux : les ODD, les fameux objectifs de développement durable. Ils fournissent un cadre commun aux investisseurs et aux émetteurs (les entreprises) pour évaluer leur contribution aux grandes priorités d’un développement économique respectueux des hommes et de la planète définies par consensus dans le cadre onusien. Il manque à ce jour quelque 3 000 milliards de dollars (essentiellement dans les pays en développement) par an pour espérer atteindre les 17 ODD. C’est loin d’être insurmontable – l’argent est là- et l’engouement pour la finance à impact positif montre la voie.

 Béatrice Héraud @beatriceheraud  

(1)    Le rapport « Sizing the Impact Investing Market », du GIIN, publié le 1er avril 2019, est disponible ici

 

 


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