Rio Tinto fait son mea culpa pour la destruction, en mai dernier, d’un site aborigène vieux de 46 000 ans dans l’ouest australien. Le conseil d’administration a décidé de sanctionner trois dirigeants, dont Jean-Sébastien Jacques, le directeur général du groupe, en supprimant leurs bonus. Une sanction que certains investisseurs trouvent bien légère.

Trois hauts dirigeants de Rio Tinto devront s’asseoir sur leurs bonus, cette année. Le géant minier a en effet causé la destruction de grottes dans les Juukan Gorges, en Australie, dans lesquelles se trouvait un patrimoine aborigène vieux de près de 46 000 ans. Par mesure de sanction, le conseil d’administration de Rio Tinto a décidé de supprimer pour près de quatre millions de dollars de bonus à Jean-Sébastien Jacques, le directeur général du groupe, Chris Salisbury, le directeur général en charge de l’activité minerais de fer, et Simone Niven, responsable de la communication.
Les faits remontent à la fin du mois de mai dernier. Rio Tinto a fait détonner plusieurs charges d’explosifs afin d’étendre sa mine de fer située dans la région de Pilbara, dans l’ouest australien. L’objectif était de mettre à jour un gisement d’une valeur de 135 millions de dollars. La destruction des sites aborigènes a aussitôt provoqué l’indignation dans la population australienne, obligeant les dirigeants de Rio Tinto à s’expliquer sur leur décision. L’entreprise anglo-australienne a d’abord fait valoir l’autorisation que lui avait donnée le gouvernement pour étendre sa mine. Cela n’a pas suffi à la dédouaner.
Revue interne par le conseil
L’entreprise connaissait en effet la valeur archéologique du site, un rapport qu’elle avait commandé l’avait souligné dès 2018. Les dirigeants ont déclaré ne pas l’avoir lu et appris l’intérêt historique et culturel des grottes qu’après leur destruction… Face au tollé général, le conseil d’administration a décidé de mener une revue interne sur les causes de la décision. Celle-ci a conclu qu’"aucun individu ou aucune erreur seule n’était responsable de la destruction des grottes de Juukan, mais il y a eu de nombreuses occasions manquées, pendant près d’une décennie, et l’entreprise n’a pas réussi à défendre l’une des valeurs fondamentales de Rio Tinto, le respect des communautés locales et de leur patrimoine".
Le conseil ne met donc personne en cause directement, et ne prévoit a priori aucun licenciement. Il sanctionne cependant les trois dirigeants du groupe qui, selon lui, ont la responsabilité ultime de la gestion du patrimoine culturel. Ils ont donc fauté par omission… La suppression des bonus pour une raison liée au patrimoine historique des communautés locales est plutôt rare.
Mais la réaction de l’entreprise a paru bien légère, notamment pour les investisseurs qui demandaient à Rio Tinto de prendre ses responsabilités. Louise Davidson, la directrice générale de l’ACSI, l’association des fonds de pension australiens (Australian Council of Superannuation Investors), regrette que la revue des processus de décisions n’ait pas été faite par un tiers indépendant. Cela aurait permis aux investisseurs d’être plus certains de la bonne proportionnalité des sanctions.
"La destruction des grottes a engendré une perte culturelle dévastatrice", regrette-elle. Elle s’inquiète également du risque que cela entraîne pour les investisseurs dans Rio Tinto. "Cela fait peser un risque sur la relation de Rio Tinto avec ses parties prenantes clés et sur sa licence sociale pour opérer", souligne-t-elle.
Arnaud Dumas, @ADumas5

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