Publié le 09 mars 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

Loi pacte : le rapport Notat/Sénard appelle à prioriser l’intérêt de l’entreprise avant celui des actionnaires

Un rapport remis au gouvernement vendredi 9 mars propose de modifier le code civil pour y introduire la notion de "raison d'être" de l'entreprise ainsi que la prise en compte des impacts sociétaux et environnementaux de ses activités.


@beatriceHeraud

"Nous voulons inscrire dans (le) marbre le principe que l'entreprise n'est pas seulement au service de ses actionnaires mais qu'elle doit être attentive aux enjeux sociaux et environnementaux de son activité", a déclaré jeudi à des journalistes le président de Michelin, Jean-Dominique Senard, co-auteur de ce texte avec l'ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat.

Les deux rapporteurs, mandatés par l'exécutif pour plancher sur "l'entreprise et l'intérêt général", ont auditionné pendant trois mois "plus de 200 personnes (...) de tout bord", patrons, juristes, organisations professionnelles et associations entre autres, a souligné pour sa part l'ex-patronne de la centrale syndicale.

"Beaucoup nous ont dit qu'il y avait une urgence à remettre l'image de l'entreprise au bon niveau, considérant qu'elle était aujourd'hui dépréciée", a remarqué Nicole Notat. Et des dirigeants d'entreprises ont aussi émis, selon elle, le souhait d'être "moins soumis aux pratiques très court-termistes de leurs actionnaires".

Enjeux sociaux et environnementaux

Dans ce contexte, "il était important que le droit ne soit pas décalé par rapport (...) à la réalité des choses", a plaidé Jean-Dominique Senard, chantre d'un "capitalisme empreint d'humanisme". Parmi les notions que les co-auteurs proposent d'intégrer au code civil, rédigé à l'époque napoléonienne, figurent les "enjeux sociaux et environnementaux", l'"intérêt propre" de la société, nuance de taille avec celui des actionnaires, et la "raison d'être" de l'entreprise, détaille-t-il.

Ainsi de l'article 1833 du code, disposant que "toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés". Il serait amendé ainsi : "la société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité". Ce sera aux conseils d'administration de traduire ces dispositions dans les statuts, a précisé Nicole Notat. Pour ce faire, le rapport préconise de faire aussi évoluer le code du commerce pour y introduire la "raison d'être" de l'entreprise.

Cette notion, "inusitée en droit", a reconnu le rapporteur, va au-delà de l'objet social : "c'est ce qui donne de la perspective" à l'entreprise et définit sa stratégie. Pour Nicole Notat, il s'agit de permettre à l'entreprise de "concevoir son action dans le moyen et long terme".

Une boîte de Pandore pour le Medef

Les auteurs proposent en outre, toujours dans l'idée de prendre en compte le "temps long", de renforcer la présence des salariés dans les conseils d'administration, une revendication de la CFDT. Ils souhaitent enfin voir les critères sociaux et environnementaux entrer dans le calcul de la part variable de la rémunération des dirigeants d'entreprise.

Le rapport de 115 pages formule une dizaine de propositions au total. Il a été remis aux ministres de l'Economie Bruno Le Maire, de la Transition Ecologique Nicolas Hulot et du Travail Muriel Pénicaud. Même si les deux auteurs ont fait part de leur optimisme jeudi quant à l'idée de voir le gouvernement reprendre leurs pistes à son compte, le toilettage de l'objet social des entreprises ne fait pas l'unanimité. Le président du Medef, Pierre Gattaz, a notamment mis en garde contre l'ouverture d'une "boîte de Pandore".

La Rédaction avec AFP


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

CAC40 impact iStock Fokusiert

Découvrez les 10 entreprises du CAC 40 qui ont le plus d'impact positif sur la planète et la société

222/1000 : c’est le score d’impact environnemental et social moyen du CAC 40 selon une nouvelle agence de notation franco-québécoise, Impak Finance. Elle a dévoilé le 19 février sa méthodologie basée sur la mesure d’impact et son classement des grandes entreprises françaises dont le cœur de métier...

Se chauffer ou se déplacer pour moins cher... 35 banques et grandes entreprises s’engagent pour les plus fragiles

Il y a un an, Emmanuel Faber, le DG de Danone et Thomas Buberl, celui d'Axa, lançait le "collectif d’entreprises pour une économie plus inclusive". Il réunit aujourd'hui 35 grandes entreprises. Après des premières annonces sur l’emploi des jeunes, ce sont les ménages les plus modestes qui sont...

Reporting verte entreprises UE matejmo

Le Big Data ESG des entreprises européennes n’est pas à la hauteur de l’urgence climatique

Le reporting des entreprises européennes sur les dimensions environnementales et sociales n’est pas à la hauteur des attentes de leurs parties prenantes et de l’urgence climatique. C’est le constat sans appel dressé par la coalition "Alliance pour la transparence des entreprises" qui publiait son...

Fabrice Bonnifet

"La RSE traditionnelle doit faire place à la Responsabilité morale des Entreprises", Fabrice Bonnifet, Président du C3D

2020 doit être une décennie décisive pour le changement de système économique. Face au dérèglement climatique, à l'effondrement de la biodiversité et à la montée des inégalités, les entreprises ont un rôle à jouer mais doivent bouleverser leurs business models. Et les directeurs développement...