Publié le 05 février 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Loi Pacte : bienvenue à l'AG du futur, l’assemblée générale des entreprises à mission

C’est une assemblée générale un peu particulière qui s’est tenue lundi 4 février au théâtre du Gymnase, à Paris. Mirliton y est devenue la première entreprise cotée française à se transformer en entreprise à mission, grâce au vote positif de 84% de ses 673 actionnaires. Un exercice théâtral pour montrer "l’énorme responsabilité" des actionnaires à l’heure où la loi Pacte, examinée au Sénat, doit offrir cette possibilité.

Lors d'une assemblée générale-spectacle, une entreprise cotée, appelée Mirliton, demande à ses actionnaires de voter son changement de statut en entreprise à mission.
@Béatrice Héraud

Il est 19h, à Paris. Une foule se presse devant un grand théâtre de la capitale mais c’est un spectacle un peu particulier qui s’y déroule ce soir. On y joue l’assemblée générale d’une entreprise fictive, qui a décidé de se transformer en entreprise à mission. Une possibilité qui devrait être offerte avec la loi Pacte, actuellement examinée en première lecture au Sénat. 

L’objectif du cabinet Prophil, de la société de gestion Sycomore et du media Usbek & Rica, à l’origine de l’initiative : montrer, en situation, l’importance du rôle des actionnaires, qui sont amenés, dans le cas où une entreprise voudrait suivre cette voie, à valider la démarche par deux tiers des voix.

AG du futur brochures BH

Le kit pour les actionnaires d'un soir : une brochure sur l'histoire de Mirliton, les résolutions du jour et un boîtier pour voter. 

Acte I : Une entreprise cotée au service du bien commun

Depuis ses débuts en 1952, la société Mirliton, connue pour ses petits pots pour bébés et ses soupes aux légumes, a bien grandi. Cette société, restée familiale, est cotée en bourse depuis 2002, affiche deux milliards d’euros de chiffre d’affaires et compte plus de 11 000 collaborateurs dans le monde.

Mais cette croissance n’a pour elle de sens que si elle contribue "au mieux manger", dans le respect de l’environnement et des hommes et femmes de son écosystème. Depuis quelques années, son directeur a donc engagé son entreprise dans la voie d’une transformation durable, en favorisant les circuits-courts, l’intégration d’invendus des supermarchés dans une nouvelle gamme de soupes, ainsi que le lancement de produits à base d’insectes.

AG du futur marketing BH

 Le directeur général de Mirliton explique le nouvel axe de développement basé sur des gammes insectes ou utilisant des invendus de supermarchés.

Acte II : la transformation en entreprise à mission

Les chiffres annoncés lors de l’assemblée générale ont de quoi satisfaire les actionnaires présents, de même que les objectifs de croissance. Mais l’entreprise veut aller plus loin et leur demande de valider son changement de statut, en entreprise à mission. Le conseil d’administration a déjà adopté la raison d’être élaborée pendant neuf mois avec les collaborateurs de la boîte : "Donner le goût de la biodiversité alimentaire, dans le respect des limites de la planète".

Un groupe d’actionnaires, engagés dans l’investissement responsable va même plus loin. Il a déposé une résolution demandant aux actionnaires de voter pour que la mission de Mirliton prenne forme à travers trois engagements statutaires. Il s’agit de soumettre les grandes décisions d’investissement à l’accord du comité d’évaluation de la mission, de soutenir l’écosystème des producteurs à travers des relations de long terme et d’opérer un partage équitable de la valeur.

Le programme est ambitieux mais pas au goût de Redstone, actionnaire de Mirliton, qui se fend de tweets rageurs pendant la séance. Ce fonds activiste craint que le changement de statut ne fasse perdre de la valeur à l’entreprise. En quelques minutes, le cours de bourse de Mirliton plonge de 5 %.

Tweet redstone

 Pendant la séances, des tweets du fonds activiste Redstone démontent la stratégie présentée par l'entreprise familiale.

Acte III : les petits actionnaires ont la parole

Si les réseaux sociaux s’agitent, l’assemblée semble rester confiante. La directrice juridique l’affirme : ce choix, c’est celui de près de plus de 5 000 entreprises dans le monde et les risques juridiques d’une attaque de l’entreprise sur le choix d’un équilibre entre profit et bien commun sont minimes. Aucune jurisprudence n’est connue à ce jour. Le comité d’évaluation de la mission, qui travaille dans l’ombre depuis des mois et qui doit être officialisé par le vote des actionnaires pendant cette séance, est aussi là pour rassurer sur la pertinence du choix de Mirliton. "Ce qui serait criminel, ce serait de ne pas changer de modèle", assure l’un de ses membres.

C’est au tour des actionnaires de prendre la parole. Certains salariés sont inquiets. "Comment va-t-on impliquer les salariés ? Et comment va-t-on définir la croissance de l’entreprise si celle-ci n’est plus uniquement tournée vers le profit ?", s’inquiète l’un d’entre eux venu d’Allemagne. D’autres proposent d’aller plus loin et de "caper" (plafonner) l’écart de rémunération des dirigeants à 20 fois la rémunération médiane des salariés. Une actionnaire, engagée depuis 10 ans auprès de Mirliton, s’inquiète d’une baisse de ses dividendes qu’elle réinvestit habituellement dans des startups…

AG du futur questions BH

Lors de la séance de questions, les actionnaires veulent tout savoir des conséquences du changement de statut. 

Epilogue : des actionnaires conquis

Les questions s’enchaînent et les réponses de Mirliton tout autant. L’entreprise sait trouver les mots et convainc les 673 actionnaires présents, un public déjà acquis à la cause. Avec leurs boîtiers, ils votent à près de 85 % la résolution sur la modification des statuts, à près de 80 % celle de l’officialisation du comité d’évaluation et à 75 % les propositions des investisseurs responsables. Ça y est Mirliton est officiellement consacrée première entreprise cotée française à mission. Et cela plaît aux investisseurs : son cours de bourse a grimpé de 8 %.

Dans la vraie vie, une seule entreprise cotée au monde, Laureate Education, a franchi le pas, sous le statut de Public benefit corporation aux États-Unis. En France, Danone ou Bonduelle, qui ont sans doute inspiré le cas Mirliton, regardent de près cette possibilité, via une première étape de labellisation B Corp.

AG du futur vote resolutions BH

Convaincus, les 673 actionnaires votent l'ensemble des résolutions à une écrasante majorité. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Pour leur première déclaration de performance extra-financière, les entreprises associent mieux stratégie et gestion des risques

Les premières déclarations de performance extra-financière des entreprises françaises, issues de la réforme européenne du reporting, ont été publiées cette année. Plusieurs cabinets de conseil ont décortiqué la façon dont les entreprises se sont livrées à l’exercice. Si les rapports permettent...

FDJ Capture ecran

[À l’origine] De la tombola pour les Gueules cassées à la Française des Jeux

À la fin de la Première guerre mondiale, les soldats mutilés de la Face se retrouvent démunis. Rejetés par la société, ils ne bénéficient pas de pensions d’invalidité. Pour subvenir à leur besoin, ils ont l’idée d’une tombola. Face au succès, elle donnera lieu à une entreprise d’État : la Française...

Eric Zemmour Concention de la droite SameerAl Doumy AFP

Ferrero, Groupama, Monabanq, la Maif, la Maaf et PSA ne veulent pas associer leur marque à Éric Zemmour

Le retour d’Éric Zemmour sur CNews ne passe pas inaperçu alors que celui-ci a tenu un discours très virulent sur l’immigration lors de la Convention des droites fin septembre. Bien que la chaîne du groupe Canal+ assure qu’il ne s’agit pas d’une tribune ouverte, plusieurs marques mises sous pression...

À partir de 2025, le géant de l’agroalimentaire Unilever veut collecter plus de plastique qu’il n’en vend

La pression devient grande sur l’abus d’emballages en plastique dans l’agroalimentaire. Véritable risque pour les entreprises, deux mastodontes, Coca et PepsiCo, avaient déjà annoncé vouloir diminuer leur empreinte. Cette fois-ci, l’une des plus grandes entreprises agroalimentaires veut...