Publié le 05 octobre 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

L'interdiction d'Uber à Londres prouve que la RSE devient la nouvelle "licence to operate"

Fin septembre, Uber se faisait retirer sa licence d’exploitation par l’autorité de transports de Londres. Une décision motivée par un manque de responsabilité sociale de l'entreprise (RSE). Une première qui pourrait bien faire école.

En décidant de ne pas renouveler la licence d'exploitation d'Uber par manque de RSE, l'autorité des transports de Londres a marqué un tournant en matière de "licence to operate"
Pixabay

Fin septembre, l’autorité des transports londonienne (TFL) signifiait à la compagnie de voitures avec chauffeur Uber le non-renouvellement de sa licence d’exploitation. Conséquence : interdiction d'exercer dans les rues de Londres. La raison en est "a lack of corporate responsibility" (un manque de responsabilité sociétale), c'est-à-dire un défaut de RSE !

La TFL dénonce des failles en matière de "sûreté et de sécurité" comme un manque de fiabilité des certificats médicaux, de mauvaises vérifications des casiers judiciaires, l’utilisation d’un logiciel permettant aux chauffeurs de ne pas se faire repérer quand ils exercent dans des lieux interdits... En conséquence, l’entreprise pourrait être privée d’un de ses marchés les plus profitables, qui compte près de 3,5 millions de clients… Depuis Uber a fait appel et des discussions se sont engagées avec le maire de Londres, Sadiq Khan.

D'autres villes préoccupées

Les questions soulevées par la capitale britannique ont touché d’autres villes, comme Québec. La ville canadienne a également retiré la licence d'opérer en dénonçant les conditions d’emploi et de travail de ses chauffeurs, ainsi qu'une concurrence déloyale envers les taxis. Cette fois-ci, la stratégie de l'entreprise ne fut pas la même. Le marché n’étant pas aussi juteux, Uber a décidé de quitter les lieux.

En Europe, la compagnie est régulièrement visée par des lois ou des décisions de justice remettant en cause son droit d’exercer. Il s’en est fallu de peu pour que la compagnie sorte du marché italien. Au Danemark ou en Hongrie, de nouvelles lois, renforçant les obligations des VTC et des taxis en matière notamment de sécurité, ont conduit Uber à provisoirement jeter l’éponge. En Inde, ce sont des scandales liés à des viols commis par des chauffeurs qui ont conduit au bannissement temporaire de la compagnie à New Delhi. 

Les manquements en matière de RSE se retrouvent au niveau de la gouvernance de l’entreprise. Des dérapages, notamment sexistes, ont conduit le fondateur d’Uber à démissionner. Et Uber est visé par plusieurs enquêtes judiciaires en raison de soupçons de corruption de responsables étrangers. Des scandales qui ont sans doute eu raison de la motivation de Jo Bertram, la responsable des opérations de la firme à Londres qui vient d’annoncer sa démission…

Un cas d’école ?

Dans son spot TV diffusé en France depuis mi-septembre, la compagnie fait son mea culpa : "Nous sommes allés parfois trop vite et nous n’avons pas toujours su écouter… Chaque projet est une leçon. Il faut avoir tort, se perdre, revenir en arrière, s’arrêter… pour mieux repartir". Dans le métro parisien, des affiches publicitaires en 4X3 mettent en avant la volonté de l'entreprise de dialoguer avec les chauffeurs, la prise en compte de leurs attentes…

La firme joue gros. L’acceptabilité sociale est cruciale pour son avenir. Que ce soit auprès des chauffeurs, des autorités, des citoyens et des consommateurs. Rappelons que si la compagnie fait régulièrement l’objet de commentaires dithyrambiques sur son succès, au deuxième trimestre 2017, celle-ci affichait tout de même des pertes de 600 millions de dollars…

L’affaire de Londres marque un tournant. Quand bien même la marque a reçu le soutien des consommateurs à travers une pétition signée par plus de 800 000 Londoniens, "c’est la première grande décision d’une autorité de régulation qui met la RSE au cœur du contrat commercial", estime ainsi EY.

Un signal "à rapprocher des décisions de justice qui se multiplient pour rejeter des demandes d’aménagement ou d’exploration par des opérateurs pris en défaut d’engagement développement durable", ajoute le cabinet de conseil. Celles-ci concernaient jusqu’alors plutôt les grosses infrastructures ou les industries extractives (comme par exemple le cas emblématique de Vedanta en Inde). De quoi nous inciter à penser que le cas Uber pourrait bien faire école et concerner des secteurs jusque-là relativement épargnés.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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