Publié le 07 mai 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Financement de la relance économique : n’oublions pas les entreprises à impact positif !

S’il a beaucoup été question des conditions environnementales et sociales pour les aides d’États aux entreprises classiques, peu a été dit sur les entreprises déjà en transition ou à fort impact social et environnemental. Or celles-ci souffrent tout autant. Beaucoup d’entreprises en création ou en plein développement se voient ainsi en difficultés financières et pourraient mettre la clé sous la porte.

Finance verte impact covid masque iStock bob bosewell
Aussi touchées que les autres entreprises, les entreprises à impact passent parfois sous le radar des aides. Certaines craignent de disparaître, faute de financement pendant la crise.
@bob_bosewell

Les entreprises à impact positif, qui contribuent à la transition écologique ou sociale, vont-elles passer la crise ? "Certains acteurs ont vu leur activité augmenter comme celles liées à la santé, aux biens essentiels ou au confinement mais, pour d’autres, c’est bien plus compliqué, avec des baisses d’activité de 50, voire 80 %. Or beaucoup de ces structures sont en création ou en plein développement : ce n’est pas leur business model qui est en cause mais la mise à l’arrêt brutale de l’économie", alerte Santiago Lefebvre, fondateur de ChangeNow, un salon dédié aux entreprises, associations et investisseurs à impact positif. 

Des structures essentielles mais parfois hors cadre

Ainsi, si les startups bénéficient d’un fonds de soutien de quatre milliards d’euros, les critères ne permettent pas toujours d’en faire profiter les plus orientées vers l’intérêt général. "On constate un véritable laissé de côté des petites startups et associations réalisant entre 500 000 et 4 millions de chiffre d’affaires", assure Éva Sadoun, la fondatrice de la plateforme de crowdfunding Lita.co, également vice-présidente des réseaux Tech for Good France et le Mouves, sur le site Maddyness.

Or, depuis la crise, beaucoup d’entre elles se sont mobilisées pour faire face aux besoins sanitaires ou sociaux. "Nous aurons besoin des entreprises à impact dans le monde d’après, peut-être plus que de bon nombre de licornes (les entreprises valorisées à un milliard d'euros, ndr)", interpelle l’entrepreneure. Quant aux entreprises et associations de l’économie sociale et solidaire (ESS), elles peuvent désormais bénéficier du plan d’aide général de l’État. Un fonds de secours spécifique est également en test pour accompagner les très petites entreprises. Doté de 3 millions d’euros, le Haut Commissaire à l’ESS, Christophe Itier, espère le voir tripler grâce à la contribution des banques et entreprises et annonce un plan de relance spécifique d'ici fin mai. Mais, sur le terrain, les associations demandent d’accélérer la cadence et toutes les entreprises à impact ne sont pas assimilables à l’ESS…

Un milliard pour l’impact

Un constat qui a amené ChangeNow à réunir son écosystème pour appeler à la création d’un fonds d’urgence d’un milliard d’euros et des mesures de sauvegarde pour le secteur de l'impact via une tribune et une lettre envoyée aux ministères de la Transition écologique et de l’Economie. "Les plans d’aides sont orientés sur les entreprises du monde d’hier mais il n’y aura pas de relance durable sans celles déjà engagées dans la transition et le monde de demain. Or certaines, en plein développement, ont un horizon financier de trois mois en cette période de crise. Sans soutien concret, la moitié pourrait disparaître dans les prochains mois", alerte l’initiateur de la tribune signée par une centaine de dirigeants de structures.

"J’entends cette demande de reconnaissance et je la porte au sein du gouvernement et du plan de relance général, assure Christophe Itier. Mais je souhaite que l’on tienne dans la durée en répondant sur le long terme aux problèmes qui vont se révéler au fur et à mesure de cette crise qui n’est pas finie… Un milliard d’euros, c’est augmenter de 25 % l’investissement à impact français ! Il s’agit de passer à l’échelle mais cela demande de structurer et de clarifier ce type d’investissement. C’est ce que nous allons faire dans les prochains mois", assure-t-il.

Passer l’urgence, penser l’après

Pour cela, Finansol a formulé quelques propositions. "Commençons par une bonne nouvelle : les investisseurs solidaires n’ont pas de problèmes de liquidité et n’ont pas abandonné les structures financées pendant la crise", assure son directeur Patrick Sapy. Certaines entreprises, comme Spareka, qui travaille sur les pièces détachées et la réparation, ont ainsi réussi - en pleine crise - à assurer leur levée de fonds auprès d’investisseurs à impact mais pour beaucoup le processus s'est tout de même ralenti, témoigne Nicolas Soubelet, co-fondateur de Squiz, qui fabrique des gourdes à compotes recyclables.

Or "les entreprises à impact vont avoir besoin d'argent frais pour se relancer sur le long terme, souligne Patrick Sapy. On pourrait ainsi augmenter les investissements en relevant le plafond d’investissement solidaire de 10 à 15 % dans les fonds 90/10 (un produit financier solidaire, ndr) et les prêts pourraient être financés en augmentant enfin la part du Livret DDS (développement durable et solidaire) consacrée à l’ESS à 10 %". Des propositions qui permettraient de flécher les investissements de l’importante "épargne forcée" (55milliards d’euros) des français durant la crise vers l’économie à impact.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud


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