Publié le 01 mai 2022

ÉCONOMIE

Le transport maritime s'associe aux chercheurs pour venir au secours des océans

Les compagnies maritimes collectent depuis longtemps des données météorologiques. Aujourd’hui, poussées à agir pour réduire leurs impacts environnementaux, certaines entreprises vont plus loin en contribuant à des programmes de recherche sur le climat et la biodiversité. 

Transport maritime
La simple collecte de données ne suffira pas pour préserver le climat et la biodiversité, les entreprises maritimes doivent faire évoluer leurs pratiques.
Pixabay

Température, taux d'oxygène, position des baleines... sont des données cruciales pour comprendre les océans. Les navires collectent depuis longtemps des données météorologiques, utiles pour éviter les tempêtes et améliorer la sécurité à bord. Aujourd’hui, pressées de réduire leurs impacts environnementaux, certaines entreprises vont plus loin en contribuant à des programmes de recherche sur le climat et la biodiversité. Elles intègrent de nouveaux capteurs à bord, dispersent des bouées de mesure dans l'océan... Parfois, les  partenariats scientifiques incitent à modifier les pratiques, par exemple pour éviter les collisions avec des baleines ou réduire la pollution sonore des hélices.

Étudier l’impact environnemental, c’est une demande forte des clients dans certaines compagnies. "Des passagers nous ont demandé de calculer notre empreinte carbone, ce que nous allons faire", note Caroline Sassier, coordinatrice scientifique de la compagnie de croisière Hurtigruten. Une activité scientifique de plus pour cette entreprise qui propose déjà de nombreux programmes de sciences participatives, comme recueillir des phytoplanctons, prendre en photo des nuages, identifier des baleines… afin d’aider des chercheurs.  

Faire évoluer ses pratiques

Les équipages eux-mêmes, en contact direct avec l’océan, demandent plus de protection de la biodiversité. Les collisions sont la cause d’une baleine sur cinq échouée en mer, selon le Cerema. Choqué par les multiples collisions avec des baleines, un commandant des lignes à grande vitesse de la SNCM a imaginé REPCET, une application collaborative de surveillance des baleines en mer, en s’associant avec un chercheur. "Les timoniers et mécaniciens viennent aux formations que l’on propose sur les navires à quai. Ça les intéresse beaucoup", s’enthousiasme Morgane Ratel, chargée de projet de l’association MIRACETI, qui assure le suivi scientifique et pédagogique du programme REPCET.

La simple collecte de données ne suffira pas pour préserver le climat et la biodiversité. Les chercheurs poussent également les entreprises maritimes à faire évoluer leurs pratiques. MIRACETI recommande aux navires de réduire leur vitesse dès l’apparition d’une baleine ou d’une zone à risque, ce que tous ne font pas."Je pense qu’en premier lieu, ils se déroutent, prenant le risque d’entrer en collision avec une autre baleine" note la chargée de projet de MIRACETI. Face à cela, Armateurs de France, l’organisation professionnelle du secteur, soutient la création d’une Zone Maritime Particulièrement Vulnérable entre la Corse et le continent pour réglementer les comportements des navires de toute provenance.

Donner de l’ampleur aux projets

Il faut structurer une réponse collective pour inciter plus d’entreprises à participer, selon Morgane Ratel, de MIRACETI. "Il faut de l’interopérabilité", c’est-à-dire que les données d’une solution doivent pouvoir être partagées entre plusieurs applications. AR Consulting, le partenaire technique de REPCET, envisage ainsi d’ajouter, en même temps que la position des baleines, d’autres informations comme un indicateur du bruit sous-marin, qui augmente avec la vitesse et est également perturbant pour les écosystèmes.

"Nous encourageons les approches communes pour donner de l’ampleur aux projets", confirme Aslak Ross, responsable des standards maritimes de Maersk, engagé dans la collecte de données sur la météo et le climat. Il a signé le 8 février la déclaration de Brest au cours du One Ocean Summit. Outre la collecte des données pour les prévisions météorologiques et climatiques, les signataires s’engagent à soutenir le projet Odyssey de l’Unesco qui vise à associer chercheurs, industriels et citoyens pour mieux protéger l’océan et gérer les ressources exploitées.

Fanny Breuneval


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