Publié le 05 septembre 2022

ÉCONOMIE

Crise de l’énergie : pourquoi Duralex et le groupe Arc vont réduire leur production cet hiver

Duralex va réduire son activité en raison de la flambée des prix de l’énergie pendant au moins quatre mois à compter de novembre. Quant à ses salariés, ils seront placés en chômage partiel. C'est en partie aussi le cas pour le groupe Arc, mais d'autres entreprises qui n'ont pas encore sécurisé leurs approvisionnements énergétiques pourraient faire des annonces comparables. 

Duralex AFP ok
Duralex va réduire son activité en raison de la flambée des prix de l’énergie
GUILLAUME SOUVANT/AFP

"La sobriété c’est la chasse au gaspi, ce n’est pas une baisse de la production industrielle", a assuré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, à l’issue du conseil de défense sur l’énergie. Pourtant, certaines entreprises comme Duralex et le groupe Arc, deux fabricants de verre, sont contraintes de réduire leur activité en raison de la flambée des prix de l’énergie.

La célèbre verrerie a annoncé qu’elle suspendra l’activité de l’un de ses fours pendant au moins quatre mois à compter de novembre pour économiser de l'énergie et préserver ses finances. Quant à ses salariés, ils seront placés en chômage partiel. "Limiter notre consommation d'énergie dans la période qui s'amorce nous permet donc de préserver l'activité et l'emploi de Duralex", affirme le président de Duralex, José-Luis Llacuna.

Difficile de rester compétitifs

"Le secteur du verre est très consommateur d’énergie mais il n’est pas unilatéralement touché par la flambée des prix de l’énergie. Les flaconneries de parfum par exemple ont des marges plus élevées qui leurs permettent d’absorber plus facilement les hausses de coûts", détaille Nicolas de Warren, président de l'Union des industries utilisatrices d'énergie (Uniden).

Ce n'est pas le cas pour les produits de Duralex, aux marges moins élevées qui ne permettent pas d'absorber l'augmentation du prix de l'énergie tout en restant compétitif. "La hausse des coûts de l'énergie pénalise davantage les entreprises dont le prix de l’énergie pèse dans le coût de revient", abonde Jean-Sébastien Degouve, président et cofondateur d’Opéra Energie, un courtier en énergie.

La production au sein de l'usine historique de Duralex, située à la Chapelle-Saint-Mesmin dans le Loiret, ne devrait reprendre qu'au deuxième trimestre 2023, la société disposant d'une "couverture tarifaire déjà contractée sur l'électricité", souligne le groupe. Les entreprises peuvent en effet conclure des contrats à terme, sur les trimestres ou les années à venir, afin de sécuriser le prix et les volumes d'énergies. Les industriels ont l’habitude de couvrir leurs approvisionnements pour se protéger contre la volatilité et la hausse des prix.

Des taux de couverture réduits

"Comme dans le cas de Duralex, certains sites sont déjà couverts, d’autres pas", explique Jean-Sébastien Degouve. Alors que certaines entreprises ont réussi à acheter leur énergie pour 2023, beaucoup ne l'ont pas encore fait et risquent de se retrouver en difficulté. "Les taux de couverture sont réduits par rapport aux années précédentes et la sensibilité aux hausses de prix de ces entreprises est forte", abonde Nicolas de Warren.

Alors que les prix de l'énergie culminent à des sommets, ces entreprises sont particulièrement vulnérables. Le porte-parole des industries utilisatrices d'énergie plaide ainsi pour la mise en place par l'État de mesures protectrices pour faire baisser les coûts de l’électricité. D'autant que "aujourd’hui, la hausse est alimentée par la spéculation où certains anticipent les défaillances à venir d’EDF, ce qui alimente la spirale inflationniste", déplore l’expert. "L’Etat peut agir, on peut par exemple sortir du mécanisme de marché. Il ne faut s’interdire aucune solution", ajoute le responsable. 

"Les mesures prises par l’Espagne ou le Portugal sur les prix du marché de gros se révèlent pertinentes", estime Nicolas de Warren. Ces pays ont récemment plafonné le prix du gaz pour fabriquer de l’énergie, ce qui a permis de contenir les hausses de coûts pour les industriels. La présidence tchèque de l'Union européenne convoquera une réunion d’urgence des ministres de l’Énergie le 9 septembre prochain, "afin de discuter de mesures d’urgence spécifiques pour faire face à la situation énergétique", a déclaré le premier ministre Petr Fiala.

Mathilde Golla @Mathgolla 


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