Publié le 08 juin 2022

ÉCONOMIE

Grande démission : Face à la fronde de ses salariés, Apple les augmente jusqu'à 45 %

Alors que la colère des salariés d'Apple gronde, l’entreprise s’est résolue à sortir le carnet de chèques. Aux États-Unis, elle va revaloriser le salaire minimum dans ses magasins à 22 dollars de l’heure. L’objectif est d’éviter une hémorragie de ses forces vives mais aussi d’éteindre la tentation syndicale des salariés dans un contexte d'inflation galopante et de taux de chômage historiquement bas. 

Apple oridnateur CCO pexels
Face à la fronde de ses salariés, Apple va augmenter le salaire minimum.
@CCO

Après le bras de fer, l’heure est à l’apaisement entre Apple et ses salariés. La firme de Cupertino a annoncé une augmentation des salaires de ses employés dès cette année. La rémunération des plus bas salaires aux États-Unis passera à 22 dollars de l'heure, et même plus en fonction des régions, soit une augmentation de 45% par rapport à 2018, selon le Wall Street Journal

"Soutenir et retenir les meilleurs éléments au monde, nous permet de fournir les meilleurs produits et services les plus innovants à nos clients", a confié un représentant d'Apple à CNBC pour justifier cette décision. "Cette année, dans le cadre de notre processus d'examen annuel des performances, nous augmentons notre budget global de rémunération", ajoute-t-il.

Les entreprises rivalisent d’efforts pour attirer et garder leurs salariés

Ces revalorisations interviennent dans un marché du travail en grande tension aux États-Unis avec un taux de chômage bas de 3,6%. Parallèlement, le niveau de l'inflation atteint 8,3% en avril, le taux le plus élevé depuis 40 ans. Cette combinaison de facteurs incite de nombreux travailleurs, en particulier dans les domaines à forte demande comme le secteur technologique, à rechercher un meilleur salaire ou des conditions plus flexibles dans d'autres entreprises. Résultat, les États-Unis sont confrontés à une "Grande Démission" avec 4,5 millions d'Américains qui ont quitté leur emploi en mars, c’était déjà le cas en novembre dernier.

Les répercussions de ce phénomène sont multiples. Les entreprises doivent rivaliser d’efforts pour attirer et garder leurs salariés dans un contexte de vieillissement de la population. Ainsi, avant Apple, d’autres grandes entreprises comme Google, Amazon ou encore Microsoft avaient aussi décidé de rémunérer davantage les travailleurs. "Les travailleurs veulent de meilleurs salaires et avantages, bien sûr, mais ils exigent également de l'autonomie et de la flexibilité, notamment dans leurs horaires de travail. Et les employeurs - grands et petits - doivent simplement réagir", estimait récemment l’économiste en chef de Linkedin, Karin Kimbrough qui constate un boom des offres. Ces attentes sont prises en compte par la firme de Cupertino qui, en plus des hausses de salaires, a également annoncé une plus grande flexibilité des horaires de travail du personnel de vente dans les boutiques de la marque.

Opposition de la direction aux créations de syndicats

Au-delà de cette crainte de "grande démission", ce sont aussi les ambitions syndicales des salariés qui sont clairement redoutées par la direction. En effet, la revalorisation des salaires a été annoncée seulement quelques semaines après qu'un magasin Apple du Maryland est devenu le troisième point de vente aux États-Unis a dévoilé son intention de se syndiquer, après des magasins de Géorgie et de New York. 

Dans un premier temps, Apple avait tenté de lutter contre ces initiatives. "Je m'inquiète de ce que cela signifierait de mettre une autre organisation au milieu de notre relation", avait notamment déclaré Deirdre O'Brien, vice-présidente, patronne des magasins et des ressources humaines. Ainsi, la première élection syndicale devait se tenir début juin dans un magasin d’Atlanta, mais elle a été annulée en raison d’une campagne d'intimidation de la direction, estiment les organisateurs de l’élection.

D’autres grands groupes sont confrontés à la même situation comme Amazon ou Starbucks qui ont aussi vu naître leur premier syndicat récemment, en dépit d'une vive opposition de la direction. "Nous observons un renversement du rapport de force avec d’un côté des salariés qui ont été qualifiés d’essentiels et de l’autre un besoin de main d’œuvre", avance Mohamed Lounas, conseiller espace international à la CGT, pour expliquer ce printemps syndical Outre-Atlantique. Le prochain test pour Apple se tiendra le 15 juin prochain où les travailleurs d'un magasin Apple à Towson, dans le Maryland, organisent la première élection syndicale du groupe. En cas de succès, le magasin serait le premier à se syndiquer dans l'entreprise américaine.

Mathilde Golla @Mathgolla


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