Publié le 10 mai 2022

ÉCONOMIE

Apple, Levi's, Amazon... Ces entreprises américaines qui s'engagent pour le droit à l'avortement de leurs salariées

C'est un changement de ton pour les entreprises américaines. Longtemps tabou, le droit à l'avortement est désormais défendu par de grandes sociétés alors que la Cour suprême menace l'accès à l'interruption volontaire de grossesse. Uber, Amazon, Yelp et des centaines d'entreprises s'engagent ainsi à couvrir les frais d'avortement des salariées obligées de se déplacer dans un autre État pour le pratiquer. 

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Tabou pendant longtemps, le sujet du droit à l'avortement est désormais défendu par les grandes entreprises américaines.
JIM WATSON / AFP

C’est un véritable séisme. Un projet de la cour suprême des États-Unis remettant en cause le droit à l’avortement a fuité dans la nuit du 2 au 3 mai. Mis en application, il pourrait renforcer les lois anti-avortement déjà en vigueur dans plusieurs états comme le Texas, la Géorgie, l’Alabama… Face à la détresse de leurs salariées, plusieurs entreprises ont pris les devants. L’éditeur d’applications de rencontre, Match, a créé un fond pour couvrir les coûts d’avortement de ses employées et de leurs personnes à charge, dont le voyage nécessaire hors de l'État.

Une décision prise en septembre 2021, directement après la promulgation au Texas de la loi SB8 dite du "battement de cœur" qui interdit, même en cas d’inceste ou de viol, d’avorter après 6 semaines. Une période durant laquelle les femmes ne savent souvent pas qu’elles sont enceintes. "D’habitude, nous ne prenons pas de positions politiques à moins que cela ne soit pertinent pour notre commerce", commente Shar Dubey, la directrice de Match, dans une note interne. "Cette loi est tellement régressive pour la cause du droit des femmes que je me sens obligée de parler publiquement de mon opinion personnelle."

Protéger la santé et la carrière des femmes

Yelp, Apple, Levi’s, Amazon… De nombreuses entreprises ont pris de mesures similaires. De leur côté, les géants du VTC Lyft et Uber s’engagent à payer les frais des poursuites judiciaires des chauffeurs ayant aidé des femmes à trouver un lieu pour avorter, un acte désormais répréhensible au Texas. Enfin, une soixantaine d’entreprises ont signé l’appel "Don’t Ban Equality" pour protéger la santé et la carrière des femmes, rappelant que les plus précaires sont les premières victimes de lois anti-avortement, ne pouvant se payer de trajet lointain.

Ces prises de position sur les droits reproductifs sont nouvelles. Elles contrastent avec le silence des entreprises en 2019, quand la Géorgie et l’Alabama avaient déjà promulgué de drastiques lois pro-vie. S'exprimer, c'est en effet courir le risque d'une confrontation avec les pouvoirs locaux. Disney a perdu des avantages fiscaux en Floride après s’être prononcé contre une loi prohibant l’évocation de l’homosexualité à l’école primaire, un sujet également clivant.

Forcés de se positionner

Si ces entreprises sont aussi audacieuses c'est aussi que l'opinion publique a évolué. "Les gens favorables au droit à l'avortement sont plus nombreux que ceux qui y sont opposés", rappelle à l'AFP Neeru Paharia, professeure à l'université de Georgetown. Une tendance qui ne se limite pas à l'accès à l'IVG. Dans un contexte politique particulièrement tendu, les marques ont multiplié sous l'ère Trump les prises de position. À la mort de Georges Floyd, de nombreuses sociétés ont fait des dons à des associations. Nike a misé sur la viralité en publiant un vidéo vue plus de 7 millions de fois où son célèbre slogan "Don’t do it" est remplacé par "For once do it". 

Il s'agit aussi de retenir les talents de demain, avec une génération Z très attachée aux valeurs de l'entreprise. Les salariés, consommateurs et observateurs sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à exercer une pression sur les réseaux sociaux, obligeant les entreprises à se positionner. Le tag #BansOffOurBodies, créé pour protéger l'avortement, sert autant aux salariés qui demandent à leur entreprise d'agir qu'à des boycotts extérieurs. Certaines entreprises finançant des associations conservatrices, ouvertement anti-avortement. 

Dans un sondage de la Tara Health Foundation passée sur 1804 diplômés américains, deux tiers des répondants ont indiqué que la "loi du battement de cœur" les découragerait de prendre un travail au Texas. Enfin, à plus grande échelle, interdire l’avortement coûterait à l'économie américaine 105 millions de dollards par an selon le Institute for Women's Policy Research. En cause : la réduction de la masse de travailleurs, estimée à 500 000 femmes qui perdraient leur emploi, la réduction de leurs salaires et le coût du turnover.

Fanny Breuneval


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