Une chute de presque 60% en Bourse. C’est un record que vient de battre Worldline, le spécialiste des systèmes de paiements, qui venait d’annoncer des prévisions de résultats moins élevées qu’attendues. L’accident boursier de Worldline montre la nervosité des marchés financiers face à ce secteur dont l’activité très liée au niveau de consommation fait figure d’avant-poste de la croissance économique.

C’est du jamais vu. Worldline, l’entreprise française spécialisée dans les systèmes de paiement, a vu son cours de Bourse chuter de près de 60% en une journée, quand les marchés ont été pris de panique par l’annonce de résultats financiers moins bons que prévus. Les résultats du troisième trimestre de cet ex-entité d’Atos ne sont pourtant pas catastrophiques, le PDG Gilles Grapinet a annoncé une progression du chiffre d’affaires prévue entre 6 et 7% pour l’ensemble de l’année 2023, au lieu des 8 à 10% attendus. Mais ces annonces arrivent après plusieurs mois chahutés pour l’entreprise.
Les services de paiement font en effet moins recette, notamment depuis la hausse des taux d’intérêt. "La banque traditionnelle et ennuyeuse est récompensée aujourd’hui : alors que les taux d’intérêt remontent et que les marges d’intérêt sont les moteurs de la croissance des banques, les fintechs sont soudainement moins désirables", constate dans Bloomberg Janet Mui, la responsable de l’analyse de marché de la société de gestion britannique RBC Brewin Dolphin. Le moindre accroc dans leur activité est immédiatement sanctionné.

Les effets du repli de l’économie


Worldline a par ailleurs été bousculé le samedi 21 octobre par une panne de ses services qui a affecté plusieurs de ses clients dans la grande distribution, comme Carrefour, Auchan, Ikea ou la SNCF. Pendant une heure, ceux-ci n’ont pas pu effectuer les paiements par carte bancaire. La panne a été résolue rapidement, mais avait déjà provoqué un repli de l’action le lundi suivant.
Plus inquiétant, la conjoncture économique semble de moins en moins porteuse pour le groupe. En tant que spécialiste des systèmes de paiement électronique, son activité dépend directement du niveau de la consommation et fait du secteur un avant-poste de la santé économique. "Après un bon début d’année, nous sommes rentrés dans un deuxième semestre où la conjoncture mondiale a commencé à se détériorer, en particulier en Allemagne", déclare ainsi Gilles Grapinet dans un communiqué. L’Allemagne, qui constitue l’un des plus importants marchés pour la société française, devrait connaître une légère récession de son économie, avec un PIB en recul de 0,3% selon les prévisions de la Coface.

Le secteur du paiement aux avant-postes de la santé économique


La situation n’est que légèrement meilleure en France. Le gouvernement, pour l’élaboration du projet de loi de finances, table sur une croissance de 1% en 2023 et 1,4% l’année prochaine. Des prévisions un peu plus optimistes que celles des économistes de la Banque de France ou encore de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui ne prévoient pas plus de 0,9% de croissance en 2023 et autant en 2024.
Tous les pays sont concernés par cette atonie de l’économie, conséquence de la crise énergétique et de la situation géopolitique. Si la chute spectaculaire de Worldline fait figure d’exception, tous les opérateurs de systèmes de paiement font face à la méfiance généralisée des acteurs financiers. En Europe, des concurrents de Worldline comme l’italien Nexi, le néerlandais Adyen ou le britannique CAB Payment ont tous vu leur cours de Bourse se dégrader ces derniers mois. Même chose aux États-Unis, des entreprises comme Paypal ayant suivi ce chemin.
Arnaud Dumas

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